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cœur de cette jeune personne, qui pourtant doit avoir assez de cette fierté qui sied à son sexe, pour être très-blessée de la conduite injurieuse que Valère a tenue d'abord. Le retour de l'amant devait être prompt; mais celui de sa maîtresse devait être plus acheté ; et il n'est pas adroit de mettre derrière la scène ces sortes de situations, dont l'effet est toujours sûr, pour peu qu'on sache les traiter.
Molière pensait bien différemment, lui qui a emploj'é cinq fois dans son théâtre les scènes de réconciliation. Ce n'est pas là qu'il faut craindre les ressemblances : c'est un moyen qui appartient à tout le monde, parce qu'il est si fécond, qu'il y a cent manières d'en varier l'emploi; et, en particulier, la situation respective de Valère et de Chloé ne ressemblait à aucune autre, elle était susceptible des plus heureux développements.
Enfin Gresset est bien moins excusable que Piron, car il est fort douteux que le plan de la Màiromanie comportât plus d'intérêt, et peut-être à l'examen trouverait-on que l'auteur a été obligé de faire le sacrifice de cette partie à l'ensemble et à la supériorité de toutes les autres; Gresset, au contraire, a négligé ou repoussé ce que son plan lui offrait. Ce qui distingue son ouvrage, ce qui le fera vivre, c'est la perfection du style : de celui de la Métromanie au sien il y a cette différence, que l'un appartient plus particulièrement au sujet, et que l'autre est
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le meilleur modèle de la manière dont il faut écrire la comédie dans un siècle où le grand usage de la société a épuré le langage de ce qu'on appelle hi bonne compagnie, et môme de tout ce qui n'est pas peuple.
L'esprit poétique domine plus dans la Métro manie, et le ton du monde dans le Méchant. Une aisance gracieuse, une précision élégante, des aperçus rapides, devenus plus faciles depuis que l'esprit de chacun peut sans peine s'augmenter de celui de tous; beaucoup d'idées légèrement effleurées, parce qu'il n'est pas de bon air de rien approfondir; des traits au lieu de raisons, des riens tournés d'une façon piquante : tel est en général le caractère de la conversation; tel est le tour d'esprit dont on prend l'habitude dans des cercles nombreux où l'on se rassemide sans se choisir, et où l'on parle de tout sans s'intéresser à rien.
C'est ce ton-là que Gresset a parfaitement saisi dans le rôle du méchant, qui est plus homme du monde que tous les autres personnages de la pièce. Comme il a de l'esprit, sa conversation est le modèle de ce persilluge qui commençait alors à être de mode, et qui a pris depuis toutes les formes suivant la portée de ceux qui l'affectaient : il consiste principalement à traiter avec légèreté les choses sérieuses. En voici un exemple dans la réponse de Cléon, lorsque Ariste lui a dit :
XXIV GRF.SSET.
Tout serait cxpli(nu\ si l'on cessait do nuire. Si la iiuVliaiicclé iiO chcrcliait :\ détruire...
Un honnête homme se fâcherait et diMnanderait rcxplication d'une pareille phrase; mais que dit Cléon?
OIi ! bon ! (luiHc, folie ! l"l(es-vous de ces gens
Soupçonneux, ombrageux? Croyez-vous aux méchants?
Et rOaliscz-vous cet ùtrc imaginaire,
Ce petit préjugé qui ne va qu'au vulgaire?
l'our moi, je n'y crois. pas : soit dit sans intérêt,
Tout le monde est méchant, et personne ne l'est.
On reçoit et l'on rond; on est ;\ peu prés quille.
Parlez-vous des propos? Comme il n'est ni mérite,
Ni goût, ni jugement, qui ne soit contredit,
Que rien n'est vrai sur rien, qu'importe ce qu'on dit?
Tel sera mon héros, et tel sera le vôtre.
1/aiglc d'une maison n'est qu'un sot dans une autre ;
Je dis ici qu'Érastc est un mauvais plaisant;
Eh bien ! on dit ailleurs qu'Érastc est amusant.
Si vous parlez des faits et des tracasseries,
Je n'y vois dans le fond que des plaisanteries;
Et si vous attachez du crime à tout cela,
beaucoup d'honnêtes gens sont de ces fripons-là.
L'agrément couvre tout, il rend tout légitime.
Aujourd'hui dans le monde on ne connaît qu'un crime;
C'est l'ennui : pour le fuir, tous les moyens sont bons.
Il gagnerait bientôt les meilleures maisons.
Si l'on s'aimait si fort : l'amusement circule
Par les préventions, les torts, le ridicule.
Au reste, chacun parle et fait comme il l'entend;
Tout est mal, tout est bien , tout le monde est content.