GRESSET. XXV
Non seulement ces vers sont de la tournure la plus facile et la plus agréable, mais c'est Ki ce que j'appelle, dans une comédie, des peintures de mœurs. On s'aperçoit bien, il est vrai, que le méchant charge un peu le tableau pour plaider sa cause, et généralise le plus qu'il peut, sans se confondre dans la foule; mais on sent en même temps qu'il y a un fonds de vérité dans ce qu'il dit; que ce grand air d'insouciance sur tout, dernier terme de l'esprit de société qui accoutume à tout, tient nécessairement à une extrême immoralité, dont les causes ne seraient pas difficiles à trouver dans ce même esprit de société, qui, à force de perfectionner les formes, a corrompu les choses, et, en devenant la première des lois, a trop affaibli toutes les autres. Ce mot si remarquable, rien n'est vrai sur rien, est d'une grande et funeste étendue; il a tout détérioré, depuis la morale jusqu'aux arts. C'est le refrain des fripons et des esprits faux, et il faut bien qu'ils y trouvent leur compte : avec ce mot les uns s'excusent de tout, les autres se dispensent de raisonner sur rien.
Le rôle du méchant est encore un exemple de ces nuances mobiles et passagères que peut saisir successivement le pinceau des poètes comiques. Le ton que Gresset lui donne est celui qu'avaient mis à la mode, depuis l'époque de la Régence, des sociétés d'un haut rang, des femmes malheureusement trop