‹ Œuvres choisies. Précédées d'une appréciation littéraireChapitre 145 sur 242 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Fait pour être chéri, ne serez-vous cité Que pour le complaisant d'un homme détesté

VA LE RE

Je vois tout le contraire, on le recherche, on l'aime; Je voudrois que chacun me détestât de même : On se l'arraciie au moins; je l'ai vu quelquefois A des soupers divins retenu pour un mois ; Quand il est à Paris, il ne peut y suffire : ]Mc direz-vous qu'on hait un homme qu'on désire?

ARISTE

Que dans ses procédés l'homme est inconséquent!

On recherche un esprit dont on hait le talent :

On applaudit aux traits du méchant qu'on abhorre;

Et, loin de le proscrire, on l'encourage encore.

Miiis convenez aussi qu'avec ce mauvais ton,

Tous ces gens, dont il est l'oracle ou le bouffon.

Craignent pour eux le sort des absents qu'il leur livre,

Et que tous avec lui seroient fâchés de vivre :

On le voit une fois, il peut être applaudi;

Jlais quelqu'un voudroit-il en faire son ami?

VALÈRE

On le craint, c'est beaucoup.

ARISTE

Mérite pito} able î Pour les esprits sensés est-il donc redoutable? C'est ordinairement à de foi blés rivaux Qu'il adresse les traits de ses mauvais propos. Quel honneur trouvez-vous à poursuivre, à confondre, A désoler quelqu'un qui ne peut vous répondre? Ce triomphe honteux de la méchanceté Réunit la bassesse et l'inhumanité.

n.U> I.K Mi;ClIANT.

(Jiiand sur IVsprit d'un aulrc on a quelque avantage, N'est-il pas plus flallour d'en nicrilcr l'hommage, Do voiler, d'onhardir la foihicsso d'aiilrui, ni d'en être à la fois et l'amour et l'appui?

VALÈRK.

Qu'elle soit un peu plus, un peu moins vertueuse, Nous ni'avoùicz du moins que sa vie est heureuse. On épuise bientôt une société ; On sait tout votre esprit, vous n'êtes plus fiHé Quand vous n'cHes plus neuf; il faut une autre scène Et d'autres spcclaleurs : il passe, il se promène Dans les cercles divers, sans gêne, sans lien; Il a la fleur de tout, n'est esclave de rien...

Vous le croyez heureux? Quelle âme méprisable!

Si c'est là son bonheur, c'est être misérable,

lîltranger au milieu de la société,

Jit partout fugitif, et partout rejeté.

Vous connoîtrez bientôt par voire expérience

Que le bonheur du cœur est dans la confiance :

Un commerce de suite avec les mêmes gens,

L'union des plaisirs, des goûts, des sentiments,

Une société peu nombreuse, et qui s'aime,

Où vous pensez tout haut, où vous êtes vous-même.

Sans lendemain, sans crainte et sans malignité,

Dans le sein de la paix et de la sûreté;

Voilà le seul bonheur honorable et paisible

D'un esprit raisonnable, et d'un cœur né sensible.

Sans amis, sans repos, suspect et dangereux,

L'homme frivole et vague est déjà malheuren t "

Mais jugez avec moi combien l'est davantage

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