XXVIII GRESSET
rai il doit être tel qu'il n'y ait en lui de méprisable que le vice dont la censure est l'objet de la pièce.
Cette Ihéoric est très-déliée, et demande quelque explication, parce que, si elle n'est pas bien entendue, elle semble au premier coup d'œil contraire à la moralité, reconnue pour une des premières lois dramatiques, et c'est la méprise où sont tombés les détracteurs outrés du théâtre.
Pourquoi, ont-ils dit, faire admirer la présence d'esprit d'un scélérat comme Tartufe? Pourquoi rendre la méchanceté de Cléou si séduisante à force d'esprit? Pour mieux remplir l'objet que l'art se propose.
En effet, il ne serait pas bien merveilleux que l'on détestât le crime sans talent , ou que l'on méprisât le vice sans esprit; mais donner à l'un et à l'autre tout ce qu'il y a de plus capable d'éblouir, et pourtant amener le spectateur en dernier résultat à les condamner et à les flétrir, voilà ce qui est digne du plus beau de tous les arts. Si Tartufe était un maladroit sur la scène, l'hypocrite du parterre serait rassuré, et dirait : J'en sais davantage. Mais il ne commet pas une faute; il est-le plus fin et le plus avisé de tous les hommes, et pourtant il échoue.
La conséquence est frappante : c'est que l'hypocrisie, malgré toutes ses ruses, est tôt ou tard confondue. De même, si l'auteur du Mëchanl veut faire tomber ce faux air do supériorité que donne si aisé-