GRESSET. XXIX
ment la méchanceté, et qui fait que tant de sots s'efforcent d'être méchants, y réussira-t-il en ne donnant à son personnage ni agrément ni séduction? Vraiment, dirait chacun à part soi, ce n'est pasains; que la méchanceté peut réussir; un tel homme n'est qu'odieux et dégoûtant: et le dégoût et l'indignation ne tomberaient que sur le personnage, et non pas sur son vice.
Mais que fait l'artiste qui sait son métier, et qui a bien compris la loi que j'explique? Il sépare habilement le vice et le personnage vicieux; il donne à celui-ci tous les avantages naturels qu'il peut avoir, et qui lui laissent dans le cadre dramatique la place distinguée qu'il doit occuper; et comme tous ces avantages ne le garantissent pas de l'opprobre qui l'accable à la fin de la pièce, quand il est reconnu pour ce qu'il est, il résulte que, plus il a montré de de qualités estimables et de dehors heureux, plus le vice, qui ternit tout, inspire de mépris et d'aversion.
L'ouvrage de Gresset a donc un mérite précieux dans la comédie, celui d'être d'autant plus moral, que le caractère de son méchant a toute la séduction dont il est susceptible. Les autres caractères principaux sont aussi très-judicieusement conçus. Celui de Géronte est mêlé d'entêtement et de bonhomie, et ce que l'auteur appelle en lui le démon de la propriété est une nuance particulière qui a fourni