X\X GRESSET
des traits fort comiques. Celui de Florise est tel ( qu'il le fallait pour en faire une dupe de Cléon, et développer devant elle la fertile malignité du méchant : c'est une femme qui n'a, comme tant d'autres, que l'esprit de l'amant qui la gouverne. Lisette la peint ainsi :
Tour à tour je l'ai vue,
Ou folle on de bons sens, sauvage ou répandue; Six mois dans la morale et six dans les romans, Selon l'amant du jour et la couleur du temps; Ne pensant, ne voulant, n'étant rien d'elle-même, Et n'ayant d'âme enfin que par celui qu'elle aime.
Klle s'est donc mise à ôtre méchante, parce que la méchanceté de Cléon, pour qui elle a du goût, lui a paru le bon ton ; mais le poëte a eu soin de marquer la différence entre la méchanceté qui n'est que d'imitation, et celle qui est d'instinct. Lorsque Cléon parle à Florise du projet qu'il a d'imprimer des mémoires qui seront la chronique scandaleuse de la société, elle lui recommande une madame Orphise à qui elle en doit, et qui sans doute lui a enlevé quelque amant; mais quand il lui conseille de se séparer de son frère, et de plaider contre lui, elle répond :
Contre les préjugés dont votre âme est exempte, La mienne, par malheur, n'est pus aussi puissante^,
l. Terme impropre : rien n'est P'tis rare dans cette piùce.