‹ Œuvres choisies. Précédées d'une appréciation littéraireChapitre 30 sur 242 · LA. C II A HT R P. USE · texte numérisé non relu

LA. C II A HT R P. USE

Du lïilo OÙ je suis tninsplanlo.

l\Iais comment liiiro, on vérilé?

Entouré d'objets déplorables,

l'ourrai-jc de couleurs aimables

Kgayer le sombre tableau

De mon domicile nouveau?

Y répandrai-je cette aisance,

Ces sentiments, ces traits diserts,

Et cette molle négligence

Qui, mieux que l'exacte cadence,

Embellit les aimables vers?

Je ne suis plus dans ces bocages

Où , plein de riantes images,

J'aimai souvent à m'égarer;

Je n'ai plus ces fleurs, ces ombrages,

Ni vous-même pour m'inspirer.

Ouand, arraché de vos rivages

Par un destin trop rigoureux.

J'entrai dans ces manoirs sauvages,

Dieux ! quel contraste douloureux !

Au premier aspect de ces lieux,

Pénétré d'une horreur secrète,

Mon cœur, subitement flétri,

Dans une surprise muette

Resta longtemps enseveli.

Quoi qu'il en soit , je vis encore ,

Et, malgré vingt sujets divers

De regrets et de tristes airs,

Ne craignez point que je déplore

Mon infortune dans ces vers.

De l'assoupissante élégie

sa F, PITRE l'IUÎ.M 1 i;ua

Jo niopriso trop les fiuloiirs;

Plicbus me plon.^c on létli;irii;ie

Dès qu'il frodonno dos langueurs;

Je cesse d'estimer Ovide

Quand il vient, sur de foibles tons,

Me chanter, pleureur insipide,

De longues lamentations :

Un esprit mâle et vraiment sage,

Diins le plus invincible ennui,

Dédaignant le triste avantage

De se faire plaindre d'autrui,

Dans une égalité hardie

Foule aux pieds la terre et le sort,

Et joint au mépris de la vie

Un égal mépris de la mort;

Mais sans cette âpreté stoïque,

Vainqueur du chagrin léthargique,

Par un heureux tour de penser.

Je sais me faire un jeu comique

Des peines que je vais tracer.

Ainsi l'aimable poésie,

Qui dans le resle de la vie

Porte assez peu d'utilité,

De l'objet le moins agréable

Vient adoucir l'austérité,

Et nous sauve au moins par la fable

Des ennuis de la vérité.

C'est par cette vertu magique

Du télescope poétique

Que je retrouve encor les rJs

Dans la lucarne infortunée

OÙ la bizarre flostinée Viont de m'cntprrer à Paris.

Sur celle montagne empestée Où la foule toujours crottée De preslolets provinciaux Trotte sans cause et sans repos Vers ces demeures odieuses Où régnent les longs arguments Et les harangues ennuyeuses, Loin du séjour des agrcmonls; Enfin, pour fixer votre vue.

Dans cette pédantesque rue Où trente faquins d'imprimeurs, Avec un air de conséquence.

Donnent froidement audience A cent faméliques auteur?.

Il est un édifice immense Où, dans un loisir sludieux, Les doctes arts forment l'enfance Des fils (les héros et des dieux :

Là, du toit d'un cinquième élage Qui domine avec avantage Tout le climat grammairien, S'élève un antre aérien, Un astrologique hermilage, Oui paroîl mieux, dans le lointain, Le nid de quelque oiseau sauvage Que la retraite d'un humain.

C'est pourtant de cette guérite; C'est de ce céleste tombeau.

Que votre ami, nouveau stylite,

54 KPirui' PHiniIEUn.

A In luowr d'un noir flaniboau, IViiclio sur un lil sons rideau, n.uis un (l('sl!;U)illo d'orniile, Vous e;rin'oniu' aujourd'hui sans fard, Et pout-èlro sans trop do suite, Ces vers enfilés au liasard :

VA tandis que pour vous je veille Longtemps avant l'aube vermeille, Jùnpaqueté comme un Lapon, Cinquante rats à mon oreille Uonllcnt encore en faux-bourdon.

Si ma chambre est ronde ou carrée C'est ce que je no dirai pas; Tout ce que j'en sais, sans compas, C'est que, depuis l'oblique entrée, Dans cette cage resserrée On peut former jusqu'à six pas.

Une lucarne mal vitrée.

Près d'une gouttière livrée A. d'intcrniinablcs sabbats.

Où l'université des chats, A minuit, en robo fourrée.

Vient tenir ses l)ruyants états; Une table nii-démembréc, Près du plus humble des grabats; Six brins de paille délabrée, Tressés sur deux vieux échalas :

Voilà les meubles délicats Dont ma chartreuse est décorée, Et que les frères de Borée Bouleversent avec fracas,

Lorsque sur ma niche élhcrée Ils préludent aux fiers combats Qu'ils vont livrer sur vos climats, Ou quand leur troupe conjurée Y vient préparer ces frimas Oui versent sur chaque contrée Les catarrhes et le trépas.

Je n'outre rien : telle est en somme La demeure où je vis en paix, Concitoyen du peuple gnome, Des sylphides et des follets :

Telles 011 nous peint les tanières Où gisent, ainsi qu'au tombeau, Les pythonisses, les sorcières.

Dans le donjon d'un vieux château ; Ou tel est le sublime siège D'où, flanqué des trente-deux vents, L'auteur de l'almanach de Liège Lorgne l'histoire du beau temps,

Et fabrique avec privilège

Ses astronomiques romans.

Sur ce portrait abominable

On penseroit qu'en lieu pareil

Il n'est point d'instant délectable

Que dans les heures du sommeil.

l'our moi, qui d'un poids équitable

Ai pesé des foibles mortels

Et les biens et les maux réels,

Qui sais qu'un bonheur véritable

Ne dépendit jamais des lieux,

Que le Palais le plus pompeux

56 ÉPirUK riîRMTftRR.

Souvont renferme un misérable, Et qu'un désort peut être aimable Pour quiconqu3 sait rire heureux; De ce Caucase inhabitable Je me fais l'Olympe des dieux.

Là, dans la liberté suprême, Semant de fleurs tous mes instants, Dans l'empire de l'hiver mémo Je trouve les jours du printemps.

Calme heureux! loisir solitaire!

Quand on jouit de ta douceur, Quel antre n'a pas de quoi plaire?

Quelle caverne es* étrangère Lorsqu'on y trouve le bonheur:

Lorsqu'on y vit sans spectateur Dans le silence littéraire, Loin de tout importum jaseur; Loin des froids discours du vulgaire, Et des hauts tons de la grandeur; Loin de ces troupes doucereuses Où d'insipides précieuses.

Et de petits fats ignorants.

Viennent, conduits par la Folie, S'ennuyer en cérémonie, El s'endormir en compliments; Loin de ces plates coteries Où l'on voit souvent réunies L'ignorance en petit manteau, La bigoterie en lunet'es, La minauderie en corn'^ttes.

Et la réforme en grand chapeau ;

Loin de ce médisant infâme Qui de l'imposture et du blâme Est l'impur et bruyant écho; Loin de ces sots atrabilaires Qui, cousus de petits mystères, Ne nous parlent qvCincof/nito ; Loin de ces ignobles Zoïles, De ces enfileurs de dactyles, Coiffés de phrases imbéciles Et de classiques préjugés.

Et qui, de l'enveloppe épaisse Des pédants de Rome et de Grèce N'étant point encor dégagés.

Portent leur petite sentence Sur la rime et sur les auteurs Avec autant de connoissance Qu'un aveugle en a des couleurs; Loin de ces voix acariâtres Qui, dogmatisant sur des riens.

Apportent dans les entretiens Le bruit des bancs opiniâtres, Et la profonde déraison De ces disputes soldatesques Oià l'on s'insulte à l'unisson Pour des misères pédantesques.

Qui sont bien moins la vérité Que les rêves creux et burlesques De la crédule antiquité ; Loin de la gravité chinoise De ce vieux druide empesé Qui sous un air symétrisé,

Hl'irUli r REMI EUE.

l'ai'Io il trois temps, rit à la loisc, Uouardc d'un œil apprèlé, El m'onimic avec dii^nité; Loin de tous ces faux cénobites Qui, voués cncor tout entiers Aux vanités qu'ils ont proscrites, Errant de quartiers en quartiers.

Vont, dans d'équivoques visites, Porter leurs faces parasites, Et le dégoût de leurs moutiers; Loin de ces faussets du Parnasse, Qui , pour avoir glapi parfois Quelque épilhalame h la glace Dans un petit monde bourgeois, Ne causent plus qu'en folles rimes, Ne vous parlent que d'Apollon, De Pégase et de Cupidon , Et telles fadeurs synonymes.

Ignorant que ce vieux jargon , Relégué dans l'ombre des classes.

N'est plus aujourd'hui de saison Chez la brillante fiction , Que les tendres lyres des Grâces Se montent sur un autre ton, Et qu'enfin, do la foule obsure Qui rampe au marais d'Hélicon Pour sauver ses vers et son nom, Il faut être sans imposture L'interprète de la nature.

Et le peintre ds la raison ; Loin enfin, loin de la présence

LA CHARIREUSE.

l)e ces timides discoureurs Qui, non guéris de l'ignorance Dont on a pétri leur enfance, lîeslcnt noyés dans mille erreurs.

El damnent toute âme sensée Qui, loin de la route tracée Cherchant la persuasion, Ose soustraire sa pensée A l'aveugle prévention.

A ces traits je pourrois, Aminte, Ajouter encor d'autres mœurs; Jlais sur cette légère empreinte D'un peuple d'ennuyeux causeurs, Dont j'ai nuancé les couleurs, Jugez si toute solitude Qui nous sauve de leurs vains bruits N'est point l'asile et le pourpris De l'entière béatitude ! Que dis-je? est-on seul, après lout, Lorsque, louché des plaisirs sages.

On s'entretient dans les ouvrages Des dieux de la lyre et du goût?

Par une illusion charmante, Que produit la verve brillante De ces chantres ingénieux , Eux-mêmes s'offrent à mes yeux, Non sous ces vêtements funèbres, Non sous ces dehors odieux Qu'apportent du sein des ténèbres Les fantômes des malheureux, Ouand, \engeurs fies crimes célèbres,

eO ÉPI TUF. PRE M II: RE.

Ils monlenl ;uix terrostrcs lieux; Mais sous cette parure aisée, Sous ces lauriers vainqueurs du sort, Que les citoyens d'Elysée Sauvent du souftlc de la mort.

Tantôt de l'azur d'un nuage Plus brillant que les plus beaii\ jours, Je vois sortir l'ombre volage D'Anacréon, ce tendre sage, Le Nestor du galant rivage, Le Patriarche des Amours.

Épris de son doux badinage, Horace accourt à ses accents, Horace, l'ami du bon sens.

Philosophe sans verbiage.

Et poëte sans fade encens.

Autour de ces ombres aimables, Couronnés de roses durables, Chapelle, Chaulieu, Pavillon, Et la naïve Deshoulières, Viennent unir leurs voix légères.

Et font badiner la raison; Tandis que le Ta.-se et Milton, Pour eux des trompettes guerrières Adoucissent le double ton.

Tantôt à ce folâtre groupe Je vois succéder une troupe De morts un peu plus sérieux, Mais non moins charmants à mes yeux Je vois Saint-Réal et Montagne Entre Sénèque et Lucien :

Saint-Èvromont les acconipagiio;

Sur la recherche du vrai bien

Je lo vois porter la lumière;

La Rochefoucauld, La Bruyère,

Viennent embellir l'entretien.

Bornant au doux fruit de leurs plume?

Ma bibliollièque et mes vœux,

Je laisse aux savantas poudreux

Ce vaste chaos de volumes

Dont l'erreur et les sots divers

Ont infatué l'univers,

Et qui, sous le nom de science,

Semés et reproduits partout.

Immortalisent l'ignorance,

Les mensonges , et le faux goût.

C'est ainsi que, par la présence De ces morts vainqueurs des deslins, On se console de l'absence, De l'oubli même des humains.

A l'abri de leurs noirs orages , Sur la cime de mon rocher.

Je vois à mes pieds les naufrages Qu'ils vont imprudemment chercher. Pourquoi dans leur foule importune Voudriez-vous me rétablir ?

Leur estime ni leur fortune Ne me causent point un désir.

Pourrois-je, en proie aux soins vulgaires, Dans la commune illusion, Offusquer mes propres lumières Du baiideiiu de l'opinion?

(J2 F.PITHE l'RHMIKKB.

Irois-je, iidulalcur sordide.

Encenser un sot dans l'éclat,

Amuser un Crcsus stupidp,

Et nionseigneuriser un fat;

Sur des espérances frivoles

Adorer avec lâcheté

Ces chimériques fariboles

De grandeur et de dignité;

Et, vil client do la fierté,

A de méprisables idoles

['restituer la vérité?

Irois-je, par d'indignes brigue s

M'ouvrir des palais fastueux,

Languir dans de folles fatigues

Ramper à replis tortueux

Dans de puériles intrigues,

Sans oser être vertueux ?

De la sublime poésie

Profanant l'aimable harmonie,

Irois-je, par de vains accents,

Chatouiller l'oreille engourdie

De cent ignares importants,

Dont l'ame massive, assoupie

Dans des organes impuissants,

Ou livrée aux fougues des sens,

Ignore les dons du génie,

Et les plaisirs des sentiments?

Irois-je pâlir sur la rime

Dans un siècle insensible aux arts,

Et de ce rien qu'on nomme estime

Affronter les nombreux hasards?

Fa d'ailleurs, quand la poésie, Sortant de la nuit du tombeau, Rej)fendroit le sceptre et la vie Sous quelque Richelieu nouveau, Pourrois-je au char de l'immortelle M'cnchalncr encor plus long-temps?

Ouand j'aurai passé mon printemps l'ourrai-je vivre encor pour elle?

Car enfin au lyrique essor, Fait l'our nos bouillantes années, Dans de plus solides journées Voudrois-jc me livrer encor?

Persuadé que l'harmonie Ne verso ses heureux présents Que sur le matin de la vie, Et que, sans un peu de folie.

On ne rime plus à trente ans, Suivrois-je un jour a pas pesants Ces vieilles muses douairières.

Ces mères septuagénaires Du madrigal et des sonnets, Qui, n'ayant été que poètes, Rimaillent encore en lunettes, Et meurent au bruit des sifflets?

Égaré dans le noir dédale Où le fantôme de Thémis, Couché sur la pourpre et les lis Penche la balance inégale, Et tire d'une urne vénale Des arrêts dictés par Cypris, Irois-je, orateur mercenaire

Du faux et (le la vérilô, Cliari^c d'une haine élrangèrc, Vendre aux querelles du vul,i:;aire Ma voix et ma tranquillité, Et dans l'antre de la cliieane, Aux lois d'un tribunal profane Pliant la loi de l'Immortel, Par une éloquence anglicane Saper et le trône et l'autel ?

Aux sentiments de la nature, Aux plaisirs de la vérité, Préférant le goût frelaté Des plaisirs que fait l'imposture, Ou qu'invente la vanité, Voudrois-je partager ma vie Entre les jeux de la folio Et l'ennui de l'oisiveté , Et trouver la mélancolie Dans le sein de la volui)té?

Non, non; avant que je m'oncliaîno Dans aucun de ces vils partis, Vos rivages verront la Seine Revenir aux lieux d'oiî j'écris.

Des mortels j'ai vu les cliimères; Sur leurs fortunes mensongères .l'ai vu régner la folle erreur; J'ai vu mille peines cruelles Sous un vain masque de bonheur, Mille petitesses réelles Sous une ccorce de grandeur, Mille lâchetés infidèles

Sous un coloris de candeur; Et j'ai dit au fond de mon coeur :

Heureux qui dans la paix secrète D'une libre et sûre retraite Vit ignoré, content de peu, Et qui ne se voit point sans cesse Jouet de l'aveugle déesse, Ou dupe de l'aveugle Dieu!

A la sombre misanthropie Je ne dois point ces sentiments ' D'une fausse philosophie Je hais les vains raisonnements; Et jamais la bigoterie Ne décida mes jugements.

Une indifférence suprême, Voilà mon principe et ma loi; Tout lieu, tout destin, tout système Par là devient égal pour moi.

Où je vois naître la journée.

Là, content, j'en attends la fin, Prêt à partir le lendemain, Si l'ordre de la destinée Vient m'ouvrir un nouveau chemin

Sans opposer un goût rebelle A ce domaine souverain. Je me suis fait du sort humain Une peinture trop fidèle; Souvent dans les champêtres lieuT Ce portrait frappera vos yeux :

En promenant vos rêveries Dans le silence des prairies,

Vous voyez un foible rameau Qui, par les jeux du vague Éolc, Enlevé de quelque arbrisseau, Quitte sa tige, tombe, vole Sur la surface d'un ruisseau; Làc, par une invincible pente.

Forcé d'errer et de changer, Il flotte au gré de l'onde errante Et d'un mouvement étranger; Souvent il paroît, il surnage, Souvent il est au fond des eaux ; Il rencontre sur son passage Tous les jours des pays nouveaux, Tantôt un fertile rivage Bordé de coteaux fortunés, Tantôt une rive sauvage, Et des déserts abandonnés :

Parmi ces erreurs continues Il fuit, il vogue jusqu'au jour Qui l'ensevelit à son tour Au sein de ces mers inconnues Oh tout s'abîme sans retour.

Mais, qu'ai-je fait? Pardon, Aminte, Si je viens de moraliser; Dans une lettre sans contrainte Je ne prétendois que causer.

Où sont, hélas! ces douces heures Où, dans vos aimables demeures.

Partageant vos discours charmants, Je partageois vos sentiments?

Dans ces solitudes riantes

LA CHARTREUSE. ffl

Ouj'nci me verrai-Jo do retour?

Courez, volez, heures trop lentes

Oui retardez cet heureux jour!

Oui, dès que les desu's aimables.

Joints aux souvenirs délectables,

Bremportent vers ce doux séjour,

Paris n'a plus rien qui me pique.

Dans ce jardin si magnifique, .

Embelli par la main des rois.

Je regrette ce bois rustique Où l'écho répétoit nos voix.

Sur ces rives tumultueuses Où les passions fastueuses Font régner le luxe et le bruit Jusque dans l'ombre de la nuit, Je regrette ce tendre asile Où sous des feuillages secrets Le Sommeil repose tranquille Dans les bras de l'aimable Paix.

A l'aspect de ces eaux captives Ou'en mille formes fugitives L'art sait enchaîner dans les airs, Je regrette cette onde pure Qui, libre dans les antres verts, Suit la pente de la nature, Et ne connoît point d'autres fers.

En admirant la mélodie Do ces voix, de ces sons parfaits, Où le goût brillant d'Ausonie Se mêle aux agréments françois, Je regrette les chansonnettes

Et le son des simples muselles

Donl rctenlissent les colcaux,

Quand vos bergères fortunées,

Sur le soir des belles journées,

Ramènent gai ment leurs troupeaux.

Dans ces palais où la Mollesse,

Peinte par les mains de l'Amour

Sur une toile enchanteresse,

Offre les fastes de sa cour,

Je regrette ces jeunes hêtres

Où ma muse plus d'une fois

Grava les louanges champêtres

Des divinités de vos bois.

Parmi la foule trop habile

Des beaux diseurs du nouveau style,

Qui, par de bizarres détours.

Quittant le ton de la nature,

Répandent sur tous leurs discours

L'académique enluminure

Et le vernis des nouveaux tours,

Je regrette la bonhomie,

L'air loyal, l'esprit non pointu,

Et le patois tout ingénu

Du curé de la seigneurie,

Qui, n'usant point sa belle vie

Sur des écrits laborieux.

Parle comme nos bons aïeux ,

Et donneroit, je le parie.

L'histoire, les héros, les dieux,

Et toute la mythologie.

Pour un quartaut de Condrieux.

Ainsi de mes plaisirs d'automne Je me remets l'enchantement; Et, de la tardive Pomone Rappelant le règne charmant, Je me redis incessamment :

Dans ces solitudes riantes Quand me verrai-je de retour?

Courez, volez, heures trop lentes Qui retardez cet heureux jour!

Claire fontaine, aimable Isore, Rive où les Grâces font éclore Des fleurs et des jeux éternels.

Près de ta source, avant l'aurore, Quand rcviendrai-je boire encore L'oubli des soins et des mortels?

Dans cette gracieuse attente, Aminte, l'amitié constante Entretenant mon souvenir, EWe endort ma peine présente Dans les songes de l'avenir.

Lorsque le dieu de la lumière, Échappé des feux du lion.

Du dieu que couronne le lierre Ouvrira l'aimable saison, J'en jure le pèlerinage :

Envolé de mon ermitage, Je vous apparoUrai soudain Dans ce parc d'éternel ombrage, Où souvent vous rêvez en sage.

Les lettres d'Usbeck "a la main; Ou bien dans ce vallon fertile

EPITRK PREMIERE.

OÙ, chorchant un socrot asilo,

Kl trouvant des périls nouv(aux,

La perdrix, en vain fugitive,

Rappelle sa troupe craintive

Que nous cliassons sur les coteaux.

Vous me verrez toujours le môme,

Mortel sans soin, ami sans fard,

Pensant par goût, rimant sans art,

Et vivant dans un calme extrême

Au gré du temps et du hasard.

lii, dans de charmantes parties,

Dluimeurs liantes assorties,

l'ortant des esprits dégagés

De soucis et de préjugés.

Et retranchant de notre vie

Les façons, la cérémonie,

Et tout populaire fardeau,

Loin de l'humaine comédie,

Et comme en un monde nouveau.

Dans une charmante pratique

Nous réaliserons enfin

Cette petite république

Si longtemps projetée en vain:

Une divinité commode, L'Amitié, sans bruit, sans éclat.

Fondera ce nouvel état; La Franchise en fera le code, Les Jeux en seront le sénat; Et sur un tribunal de roses, Siège de notre consulat.

L'Enjoùment juj^era les causes.

L/V CIIAIITHKUSK. 71

On exclura do ce climat

Tout ce qui porte l'air d'étude :

La Raison, quittant son ton rude,

Prendra le ton du sentiment;

La Vertu n'y sera point prude;

L'Esprit n'y sera point | cdant;

Le Savoir n'y sera mettable

Que sous les traits de l'A-grément :

Pourvu que l'on sache être aimable,

On y saura siidisammcnt :

Oh y proscrira l'étalage

Des phrasiers, des rhéteurs bouffis :

Rien n'y prendra le nom d'ouvrage;

Mais, sous le nom de badinage,

Il sera quelquefois permis

De rimer quelques chansonnettes.

Et d'embellir quelques sornettes

Du poétique coloris,

En répandant avec finesse

Une nuance de sagesse

Jusque sur Bacchus vl les Ris.

Par un arrêt on vauiicvilles

On bannira les faux p'aisants,

Les cagois fades et rampants.

Les complimcn!;eurs imbéciles.

Et le peuple de froids savants.

Enfin cet heureux coin du mondiî

N'aura pour but dans ses statuts

Que de nous soustraire aux abi;s

Dont ce bon univers abonde.

Toujours siii' cfià lieux enchantcms

•» LA CIIARTRRUSli:.

Le soll'il, levé sans nuages, Fournira son cours sans orages, Et se couchera dans les (leurs. Pour prévenir la décadenco Du nouvel établissement, Nul indiscret, nul inconstant N'entrera dans la confidence :

Ce canton veut être inconnu.

Ses charmes, sa béatitude, Pour base ayant la solitude.

S'il devient peuple, il est perdu.

Les états de la ré[)ublique Chaque automne s'assembleront, Et là notre regret unique, Nos uniques peines seront De ne pouvoir toute l'année Suivre cette loi fortunée De philosophiques loisirs, Jusqu'à ce moment où la Parque Emporte dans la même barque Nos jeux, nos cœurs, et nos plaisirs.

EPITRK DEUXIEME.

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