‹ Œuvres choisies. Précédées d'une appréciation littéraireChapitre 40 sur 242 · JESUITE · texte numérisé non relu

JESUITE

Dk la paisible solitude Où, 'oin de toute servituao, La liberté file mes jours.

Ramené par un goût futile Sur les délires de la ville, Si j'en voulois suivre le cours, Et savoir l'histoire nouvelle Du domaine et des favoris De la brillants bagatelle, La divinité de Paris, Le dédale des aventures.

Les affîchcs et les brochures, Les colifichets des auteurs, Et la gazette des coulisses ,

Avec le roman des actrices, Et les querelles des rimeurs, Je n'adresserois cette épître Qu'à l'un de ces oisifs errants Qui chaque soir sur leur pupitre Rapportent tous les vers courants, Et qui, dans le changeant empire Des Amours et de la Satire, Acteurs, spectateurs tour à tour, Possèdent toujours à merveille L'historiette de la veille Avec l'étiquette du jour.

Je pourrois décorer ces rimes De quelqu'un de ces noms sublimes Devant qui l'humble adulateur De ses muses pusillanimes Vient étaler la pesanteur.

Si je savois louer en face, Et, dans un éloge imposteur, Au ton rampant de la fadeur Faire descendre l'art d'Horace Mais du vrai seul trop partisan, l\Ion Apollon , peu courtisan , Préfère l'entretien d'un sage Et le simple nom d'un ami Aux titres ainsi qu'au suiïrage D'un grand dans la pompe endormi.

Pour les protecteurs que j'honore Que seroient mes foiblcs accents?

Ainsi que les dieux qu'on adore, Us sont au-dessus de l'encens.

IJO ÉPITPvE CINQUIEME.

C'osl donc VOUS seul que sans coplraiiile, i:t saus intérêt, et sans feinte , J'appelle en ces bois enchantés , Moins révérend qu'aimable père, Vous dont l'esprit, le caractère, Et les airs ne sont point montés Sur le ton sottement austère De cent tristes paternités, Qui, manquant du talent de plaire Et de toute légèreté, Pour dissimuler la misère D'un esprit sans aménité.

D'une sagesse minaudière Affichent la sévérité , Et ne sortent de leur tanière Que sous la lugubre bannière De la grave formalité :

Vous, dis-je, ce père vanté.

Vous, ce philosophe tranquille-, De Minerve l'heureux pupille.

Et l'enfant de la liberté , Comment donc avez-vous quitté Les délices de cet asile Pour aller reprendre à la ville Les chaînes de la gravité?

Amant et favorrdes Muses, Et paresseux conséquemmenl, Je ne vous trouve point d'excuses Pour avoir fui si promptemenl.

Le désir des bords de la Seine Soudain vous auroit-il repris"?

AU p. BOUGEANT. lll

Non, aux lieux d'où je vous écris

Je me persuade sans peine

Qu'on peut se passer de Paris.

Hérilier de l'antique enclume

De quelque pédant ignoré,

Et, pour reforger maint volume

Aux antres latins enterré,

Iriez-vous, comme les Saumaiscs,

Immolant aux doctes fadaises

L'esprit et la félicité,

Partager avec privilège

Des patriarches du collège

L'ennuyeuse immortalité?

Non, l'esprit des aimables sages

N'est point né pour les gros ouvrages

Souvent publics incognilo;

Le dieu du goût et du génie

A rarement eu la manie

Des honneurs de l'in-folio.

Quoi! sur votre philosophie.

Que les rayons de l'enjoùment

Faisoient briller d'un feu charmant,

La profane mélancolie

Auroit-elle, malgré les jeux,

Porté ses nuages affreux?

Martyr de la misanthropie,

Fuiriez-vous ce peu d'agréments

Qui nous fait supporter la vie,

Les entretiens où tout se plie

au naturel des sentiments ,

Les doux transports de l'harmonie,

m H 1' I r 1! E CI N Q f I i; M B.

ni les jeux do la poésio, Knfin lous les onchanlonioiUs De la meillourc compagnie?

Et par quelle bizarrerie, An.chorète casanier, Pour aller encore essuyer L'éternité du vin de Brio, Auriez-vous quitté le nectar D'Aï, d'Arbois, et de Poniar?

Non, vous tenez de la nature Un jugement trop lumineux ; Vous avez trop cetle tournure Oui fait et le sage et l'heureux , Pour vous condamner au silence, Loin de ces biens et de ces jeux, Dont la tranquille jouissance, Proscrite chez le peuple sot, Distingue le mortel qui pense De l'aulomate et du cagot :

Et quand l'esprit mélancoliquo Pourroit des ennuis ténébreux Dans une âme philosophique Verser le poison léthargique, Ce n'eût point été dans ces lieux, Dans un temple de l'allégresse, Que le bandeau de la tristesse Se fût répandu sur vos yeux.

Mais pourquoi donner au mystère, Pourquoi reprocher au hasard De ce prompt et triste dé[)art La cause trop involontaire?

Oui, vous seriez encore à nous Si vous étiez vous-môme à vous.

Si j'écrivois à quelque belle , Je lui dirois peut-être aussi Que depuis sa fuite cruelle Les oiseaux languissent ici; Que tous les amours avec elle Ont fui nos champs à tire-d'ailc; Qu'on n'entend plus les chalumeaux; Qu'on ne connoît plus les échos; Enfin la longue kyrielle De tout le phébus ancien :

Et sans doute il n'en scroit rien ; Tous nos moineaux à l'ordinaire Vaqueroient à leurs fonctions; Sans chagrines réflexions

Les amours songeroient à plaire;

Myrlile, toujours pius heureux,

Uniroit son chiffre amoureux

Avec celui de sa bergère;

Et les ruisseaux apparemment

Entre les fleurs et la fougère

N'en iroient pas plus lentement :

Mais, sans ces fideurs de nd\l!o^

Je vous dirai fort simplement

Que jamais ce séjour tranquille

N'a vu l'automne plus charmant;

Loin du tumulte qu'il abhorre.

Le plaisir avec chaque aurore

Renaît sur ces vallons chéris;

Des guirlandes de la Jeunesse

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