A M. ORRY
Si par la Lise impitoyable
Qui vient d'enrhumer tout Paris
Je ne me fusse trouvé pris,
Et si, sur l'avis détestable
D'un vieil empirique pendable,
Je ne me fusse encor muni
Des feux d'une fièvre effroyable,
Que je n'aurois point eus sans lui.
Or, dans les chimères qu'inspire
Un transport, un brûlant délire,
De fantômes environné,
(Je m'en souviens) j'imaginai
Que rayé du nombre des êtres.
Par Ilippocrate empoisonné,
J'étois où gisent nos ancêtres;
Là, près d'un fleuve infortuné,
Et parmi la défunte troupe.
Qui, pour passer à l'autre bord,
Attendoit la noire chaloupe,
M'occupant peu, m'ennuyant fort,
Et no sachant enfin que faire,
(Car que fait-on quand on est mort?)
Je rappelois ma vie entière,
Et ne reprochois rien au sort.
Non, si par la métempsycose.
Me disois-je, on quittoit ces lieux
Pour revoir la clarté des cieux.
Et que le chc.ix suivît mes vœux.
Je ne serois rien autre chose
Que ce que m'uvoient fait les dieux.
Par un ministre digne d'eux,
MO A M. ()i;UV.
Sans i)rojot, sans inquirliulc, Libre de toute servitude, (Cherchant tour à tour et quiliaiit Et le monde et la solitude, Entre les i)laisirs et l'ctiide Je vivois obscur et content.
D'un délire ce fut l'image, Il l'éloit de la vérité.
Vous, qui recevez mon hommage, D'un loisir qui fut votre ouvrage Confirmez la tranquillité; Ainsi, gravée en traits de flamme, La gratitude de mon sort, Immortelle comme mon âme, Me suivra jusqu'au sombre bord.
PITUE HUITIÈME.