GRESSET. XV
au lieu qu'on s'intéresse beaucoup h ceux d'Inès et de D. Pèdre. Le style ne manque pas d'une sorte de noblesse; mais il est sec et glacé, coupé et sentencieux, souvent incorrect et vague. Ce roman dramatique, où tout est forcé, eut pourtant du succès dans sa nouveauté. Il en fut redevable à une espèce d'engouement qui commençait à naître pour tout ce qui avait la couleur anglaise, et qui fit réussir dans le même temps Venise sauvée, aussi oubliée aujourd'hui quI'Édouarcl II/; mais surtout à la nouveauté d'un coup de théâtre, le premier en ce genre qu'on eût hasardé, et qui fut très-applaudi : c'est le coup de poignard dont Arondel frappe sur la scène un scélérat nommé Volfax, le complice de cette Alzonde, et l'ennemi de Vorcestre. 11 j^ avait de la hardiesse dans ce moj'^en ; et si les ressorts de l'intrigue eussent été meilleurs, un homme qui, dans une cour où il est encore inconnu, poignarde un coupable, et se remet tranquillement entre les mains des gardes, prêt à rendre compte de ce qu'il vient de faire, pourrait produire un grand effet. Mais de la manière dont tout est disposé, il n'en résulte rien qu'un éclaircissement facile que tout le monde a prévu; et, au lieu que ce coup de théâtre, placé dans un troisième acte et dans un bon plan , pourrait nouer très-fortement l'intrigue, il n'a lieu ici, à la fin du quatrième, que pour la dénouer tout de suite, comme Alexandre coupa le nœud gordien; et