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ce n'est pas ainsi qu'il faut couper le nœud d'un drame.
Vers la fin de sa vie, Gresset, qui vivait depuis trente ans dans l'oubli dos Muses, dans l'exercice des devoirs de la religion et dans les jouissances tranquilles de l'amitié et de la société, se laissa tirer du fond de sa retraite d'Amiens pour venir à Paris, sur le brillant théâtre de l'Académie française, qui attirait alors tous les yeux.
Il venait répondre, comme directeur choisi parle sort, à un nouveau membre de la compagnie : il aurait pu s'en dispenser, et céda mal à propos à une tentation dangereuse, celle de rajeunir une vieille réputation, dont lui-même semblait depuis si longtemps fort peu occupé.
Il ne la soutint point du tout; et son discours parut d'autant plus mauvais, que le sujet promettait davantage : c'était l'influence des mœurs sur le langage, qui pouvait fournir un excellent discours, et même plus qu'un discours. Non-seulement Gresset ne saisit point son sujet, mais il manqua même aux convenances locales, qui ne permettaient pas de prendre dans une assemblée respectable le ton badin d'une scène de comédie, ni de descendre à des détails qui passeraient à peine dans une satire. Ou peut en juger par ce seul morceau :
« Quel étrange idiome est associé h. nos mœurs par les dé- Ih'cs du luxe, et par les variations dos fantaisies dans les
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meubles, les halùts, les coifl'urcs, les ragoûts, les voitures! Quelle foule de ternies essentiels depuis l'ottomane jusqu'h la diiffonnière , depuis le frac jusqu'au caraco, depuis les baijneuses jusqu'aux iphigénies , depuis le cafj/'/oJef jusqu'à 1» icsobligeanle l etc. »
On peut imaginer les murmures qui éclatèreut dans un public tel que celui qui se rassemblait aux séances académiques, et clans un temps où les bienséances de tout genre étaient encore un objet d'iittention.
il était trop visible que l'orateur provincial se méprenait sur tout, et n'était plus au fait de rien. Qu'y a t-il de commun entre le génie d'une langue et ces dénominations arbitraires de quelques objets d'un usage journalier? Qui peut ignorer que ce sont les ouvriers de luxe qui donnent des noms aux inventions successives de leur art? Est-ce chez les selliers et les marchandes de modes qu'il faut chercher les variations de notre idiome? Et qu'importe qu'on appelle aujourd'hui caraco ce qu'on appelait hier ;)ei-e«-rai>.' L'un vaut bien l'autre. Les noms^ des modes en tout genre tiennent souvent à des événements du jour, et passent comme eux : c'est un artifice des marchands pour attirer et renouveler l'attention. Voltaire n'a pas dédaigné de rappeler dans son Siècle de Louis .\7F l'origine de cette parure qu'on appelait sleinkevque , parce qu'à cette journée fameuse les princes de Conti et de Yendôm»
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avaieiU lotir inoiuiioir passé autour de leur cou. Aujourd'hui un opéra, uu faclum, un charlatan, tout ce qui fait du bruit , crée des noms de tabatières et de bonnets. C'est une branche de l'industrie française, et nullement un objet de littérature ou de morale.
Quant aux expressions exagérées et précieuses dont Gresset parlait aussi, elles ne sont pas plus d'un temps que d'un autre : toujours elles ont été à l'usage de la multitude, et toujours on s'en est moqué, depuis Molière jusqu'à Vadé. Il y a d'ailleurs dans le langage journalier un genre d'exagération convenu, dont personne n'est dupe, et qui date de loin. Il y avait longtemps qu'on était désolé de ne pas dîner avec vous j quand Gresset s'avisa de s'en formaliser, et il aurait pu de même s'inscrire en faux contre le très-hamble serviteur, quand on n'est ni humble ni serviteur, et surtout qu'on n'a point l'honiieur de l'être.
Il eût été plus important et plus instructif d'examiner l'origine du style précieux, affecté, entortillé, si commun chez les écrivains de nos jours; de cette foule de termes abstraits, prodigués hors de propos, même dans les ouvrages de mérite, et qui ne servent qu'à hérisser et obscurcir le style ; de cotte profusion de mouvements oratoires et de figures outrées dans les plus petits sujets.
Il convenait à un académicien de rechercher les