‹ Œuvres choisies. Précédées d'une appréciation littéraireChapitre 91 sur 242 · ACTE I, SCÈNE H. 2ô!ï · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE H. 2ô!ï

Ne pendant, ne voulant, n'étant rien d'clle-môme, Et n'ayant d'âme enfln que par celui qu'elle aime. Or, comrne je la vois, de bonne qu'elle étoit, N'avoir qu'un ton méchant, ton qu'elle détcstoit, Je conclus que Cléon est assez bien chez elle. Autre conclusion tout aussi naturelle :

Elle en prendra conseil ; vous en croirez le sien l'our notre mariage, et nous ne tenons rien.

GÉRONTE

Ah I je voudrois le voir! corbleul tu vas connoître Si je ne suis qu'un sot, ou si je suis le maître. J'en vais dire deux mots à ma très-chère sœur. Et la faire expliquer. J'ai déjà sur le cœur Qu'elle s'est peu prêtée à bien traiter Ariste ; Tu m'y IViis réfléchir : outre un accueil fort triste, Elle m'avoit tout l'air de se moquer de lui, Et ne lui répondoit qu'avec un ton d'ennui-: Oh! par exemple, ici tu ne peux pas me dire Que Cléon ait montré le moindre goût de nuire, Ni de choquer Ariste, ou de contrarier Un projet dont ma sœur paroissoit s'ennuyer. Car il ne disoit mot.

LISETTE

Non : mais à la sourdine .

Quand Ariste parloit, Cléon faisoil la mine; Il animoit madame en l'approuvant tout bas . Son air, des demi-mots que vous n'entendiez pas, Certain ricanement, un silence perfide, Voilà comme il parloit, el tout cela décide. Vraiment il n'ira pas se montrer tel qu'il est, Vous présent : il entend trop bien son intérêt;

iDfl LE MÉCHANT.

Il se sert de Florise, et sait se satisfiiire Du mal qu'il ne fait point par le mal qu'il fait faire. EnGn, à me prêcher vous perdez votre temps. Je ne l'aimerai pas, j'abhorre les méchants : Leur esprit me déplaît comme leur caractère ; Et les bons cœurs ont seuls le talent de me plaire. Vous, monsieur, par exemple, à parler sans fa^on, ie vous aime; pourquoi? c'est que vous êtes bon.

GÉRONTE

Moi! je ne suis pas bon. Et c'est une sottise Que pour un compliment...

LISETTE

Oui , bonté c'est bôlise , Selon ce beau docteur : mais vous en reviendrez. En attendant, en vain vous vous en défendrez, Vous n'êtes pas méchant , et vous ne pouvez l'être. Quelquefois , je le sais, vous voulez le paroître ; Vous ôtes comme un autre, emporté , violent, Et \ous vous fâchez même assez honnêtement : Mais au fond la bonté fait votre caractère, Vous aimez qu'on vous aime, et je vous en révère.

GÉ RONTE.

Ma sœur vient : tu vas voir si j'ai tant de douceur, Et si je suis si bon.

Voyons.

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