Acte I, scie* xii
DE piuoN m
MEZZETIN
AiB : Lanturelu, Que voulez-vous dire?
PIERROT
Que tous ces tours-là Ne me font point rire.
MEZZETIN
Qu'est-ce donc qu'il a?
Est-il en délire?
PIERROT
Faites bieoi le résolu.
MEZZETIN
LanturelUf lanturelu, lautorelul
PIEBROT.
Monsieur Grippe-cire, ne m'échauffez pas les oreilles I
MEZZETIN
Monsieur Grippe-suif, ne m'échauffez pas les miennes I
PIBRBOT.
AiB : Voulez-voui $as>oir qui des dpme.
Vous savez que les cuisiniers Se fùclient assez volontiers, Et que les drôles de ma sorte Ont la tOte chaude...
MEZZETIN
Oui, vraiment !
Mais chaude ou froide, que m'importa !
Tout cela m'est indififérent.
PIEBROT, en foreur.
AiB : des Trembleurs.
J'ai trop été pacifique!
Crains qu'enfin je ne me pique!
Pille maître et domestique :
Mais ne viens pas jusqu'à moi.
MEZZETIN
Je ne sais d'où vient ta rage :
Mais, parbleu ! tu n'es pas sage De m'accuser de pillage, Toi qui pilles plus que moi.
PIERROT
AlB : Le fameux Diogène,
Je saurai, double traître, Te nuire auprès du nuûtre, En tout temps, en tous lieux :
Et pour premiers déboires, Je vais sur tes mémoires Loi faire ouvrir les jenx.
MEZZETIN
Sur mes mémoires ! Songes-tu que les tiens en sont toujours le premier article?
DE PIRON -^l-^
PIERROT
Même air.
R est temps qu'on traverse Certain petit commerce Avec le boulanger.
MEZZETIN
Crois-tu que je te passe Les tours de passe-passe Que je sais du boucher?
PIERROT
Air : Vous en venez, ahl je vois bien que vous en venes.
Et cette épouse clandestine.
Qui fait mal aller la cuisine, Et chez qui tout le meilleur va :
On le saura, on le saura!
Ta vieille femme le saura :
Elle le saura!
MEZZETIN
Même air»
Et la marmite de cette autre Qui bout aux dépens de la nôtre, Penses-tu que je m'en tairai ?
Je le dirai, je le dirai l ^
A Colombine j'en parlerai!
Je le lui dira;
ta
J!4 LES UPÉRÂS-GÛMIQUËS
PIERROT
Air : Mordienne de vous.
Tu le lui diras ?
MEZZETIIf.
Seulement commence :
Fais le premier pas !
PIERROT
Je perds patience !
(Il lui saute à la gorge.)
Tu le lui diras?
( Us se battent en disant le reste : Mezzetin s'échappe, et Pierrot couit après. )
Gibier de potence , Tu le lui diras?
(L'Ane yient.)
MEZZETIN
Viens, viens; tu verras!
L'ANE, .eal.
(Il trouve ce que Tenait d'apporter Mezzetin, mange tout, et, arec ses pieds de devant, boit à même. Cette fois, c'est maître Aliboron qui vole les deux voleurs. )
Nous ne voulions que montrer quelques parades au lecteur en le conduisant devant les tréteaux. J'ai extrait tant bien que mal quelques scènes. Ayant lu d'u\i bout à l'autre tous ces opéras-comiques, qu'en général on lit très-peu, j'ai découpé ce qui m'a paru pouvoir en donner du moins une rapide idée, cédant peut-être un peu trop parfois à mon propre caprice. Je serai plus sévère dans le choix de pièces qu'on trouvera à la suite de cette analyse*. — J'ai laissé de côté toutes les parodies, genre familier à Piron : ce sont choses faites pour être oubliées et qui ne se comprennent plus le lendemain. — Passé le saint, passée la fête. On ne rit plus quand on ne sait de quoi, et alors on s'ennuie et l'on bâille.
Une seule exception pourtant, et une dei^nièrë anecdote : Un arlequin de la Comédie italienne avait mis, en l'année 1725 ou 26, la cabriole à la mode. Le petit Thomasâin était tous les soirs redemandé dans la pièce de Timon, après la chuté du rideau, pour refaire une cabriole nouvelle. C'était le tra,it final de la comédie. Le parterre criait : « Bis ! le rideau ! la cabriole ! Thomasiin] » Il fallait qué le rideau se levât et qu'Ài'lequin revint faire sa culbute. Les auteurs durent monter des pièces à cabriole exprès pour lui. Le public en exigeait une à la fin de toute représentation. Le goût s'en répandit bientôt dans toutes
1. Nous n'en donnons que deui, mais le recueil, pour être suffisamment complet et choisi, devrait offrir encore r Antre de Tfûphonitts, le Mariage de Motnm, Crédit est mort, l'Enrôlemenl d'Arlequin^ le Claperman, le Fâcheux Veuvage. (Celui-ci fut joué trois joars de suite à l'Opéra, les trois derniers jours de la foire, en l'année 1725 ou 26.) C'est ainsi que nous proposerions de faire un choix dans les opéras-comiques de Piron. Nous voudrions bien y joindre la Rose, mais décidément il y a trop de houlette. Nous ne sommes plus au temps de nos aîeUx, où le roman de la fiove, avec tout^on allégorie mibutieuse, trouvait grftce et faveur anprè!> des plus savants comme des plus galants.
les salles de spectacles; à un moment il ne fut plus question que de la cabriole d'Arlequin; chaque parterre voulut avoir la sienne ; et comme Thomassin ne pouvait promener son talent sur toutes les scènes, il fut élu, malgré lui, professeur de cabrioles. Les comédiennes elles-mêmes, avides de gloire et de réputation, et jalouses d'un succès d'un jour, demandaient partout un rôle d'homme : elles voulaient toutes faire Arlequin, et venaient à son école prendre des leçons d'imitation. Elles le regardaient bien et tâchaient d'apprendre son geste de mémoire; puis elles faisaient des répétitions dans le cabinet, devant la glace. Chaque artiste dramatique en ce temps-là se vit obligé d'apprendre à faire des cabrioles. — La Comédie française songea alors qu'il n'était que temps de s'élever elle-même à la hauteur du théâtre de la Foire. EUe s'étudia à faire la cabriole aussi. On lui monta pour ses débuts en ce genre 17mpromptu de la Folie j espèce de farce foraine dont Legrand était l'auteur, et dans laquelle les comédiens français parodièrent à qui mieux mieux leurs confrères des Italiens. — Un gentil lutin de la Comédie française, mademoiselle Legrand, la fille de l'auteur, réclama pour elle la batte, le masque et le costume bariolé à mille pièces d'Arlequin. Elle s'attendait bien qu'on lui demanderait la cabriole , elle ne fit pas trop attendre le public pour exécuter la sienne; aux premiers cris de cabriole! elle tourna sur elle-même, la tête en bas, les jambes en l'air et retomba sur ses pieds. Le saut s'était exécuté comme dans un éclair, aussi vite que la pensée. Le parterre était satisfait, il avait son Arlequin faisant la cabriole; on la lui redemanda tous les soirs.
Son succès fit du bruit, et la Foire, jabuse à son tour, nt voulut pas être en reste. Piron, dans le prologue de sa parodie û'Atii, introduisit la scène suivante .
LA FOIRE, ARLEQUIN, caché et déguisé sous des T&temenU de femme.
LA FOIRE, lai demande :
Et VOUS, la belle fille, quels talents avez-vous pour brille sur un théâtre?
ARLEQUIN
J'ai tout.
LA FOIRE
Mais qu'êtes- vous ordinairement dans une pièce?
ARLEQUIN
Je suis tout.
LA FOIREo
Mais encore, dites- moi, quels rôles y faites-vous?
Je fais tout.
AlB : Voici les Dragons qui viennent.
Je fais comme on veut, madame; La folle et le fou :
Je chante, danse, déclamô) Je fais la fille, la femme,
Et l'homme itou,
Et l'homme itou.
LA FOIRE
Air : Lere la.
J'ai tout, je suis tout, je fais tout,
Je fais l'hommd et la ferame itou ;
Seule elle est une troupe entière.
Lere la, 1ère lanière, 1ère la, 1ère lanla.
ARLEQUIN
Ne VOUS moquez pas ; mettez-moi seulement à l'épreuVe.
Air : Me promenant un matin, etc.
J'ai le jeu vif et badin :
Je joins l'art à la nature ;
Turelure,
Turelure !
Je suis un petit lutin, Latu, latin, tintin, terelintintin !
Et très-fertile en posture ;
Turelure,
Turelure I Et lonlanla, je veux enfin, Je veux faire votre Arlequin.
LA FOIRE
Vous, mademoiselle ? Une fille, en habits d'Arlequin I
ARLEQUIN
OÙ est la difficulté ? J'en serai quitte pour attacher ma ceinture un pied plus bas.
DE PIRON 3i9
LA FOIRE
AlH : dé Robiri turelutê.
Sous ce vêtement bouffon, Pour le coup je serai sûre De la vertu d'un tendron,
'iureluré, D'en bas jusqu'à la ceinture, Robin turelure, lure.
Quoi, mademoiselle, vous prendriez les tons d'un Arlequin? vous auriez son geste? vous feriez sa grimace? vous!
ARLEQUIN
AlB : Du haut en bai.
Je la ferai.
Reposez-vous sur ma parole ;
Je la ferai. Et, de plus, j'y réussirai. *
LA FOIRE
Mais à la fin de votre rôle.
Si l'on criait : la cabriole?
ARLEQUIN, faisant la cabriole.
Je la ferai.
Tenez, la voilà ; qu'à cela ne tienne : mille pour une. Nous sommes bien à une cabriole près , nous autres comédiennes.
Air : La bonne aventure, o gué.
Dans les troupes d'histrions,
Fille qui s'enrôle A déjà pris des leçons Et fait galroent, sans façons,
Une cabriole, 0 gué;
Une cabriole.
(Il s'en Ta, en faisant encore une cabriole.)
Et c'est aussi la meilleure manière de finir une analyse du théâtre de Pirou.
Jules Troubat.
ARLEQUIN-DEUCÂLION