‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 109 sur 213 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

J'offre à vos yeux l'uniijue et précieux reste du feu genre luimain, dont, si cela vous plaît, au lieu de notre é^ithalame, nous ferons l'épitaphe. Oui, madame, vous voyez le genre tout entier, tant mille que femelle, dans mon seul individu. Mes frères et moi, il n'y a qu'un instant, nous étions rangés sur la surface de la terre, comme des pièces d'échecs sur un échiquier. Rois, reines, cavaliers, piétons, et fous de toutes couleurs, étaient à leurs places. Les dieux s'en jouaient : nous allions et venions à tort, à travers, à leur gré. Je ne sais quel mauvais joueur d'entre eux eut un échec et mat qui lui fit perdre la partie. C'était sa faute : il voulut que ce fût celle des pièces; et, comme ceux qui perdent aux cartes et qui les mordent de rage, dans la sienne, il ramassa pêle-mêle et jeta tout, cul sur tête, dans cette boîte que vous voyez (eu se moniraui), pious, cavuliers, reines, rois et fous; je suis la petite boîte qui renferme un si bon onguent. Que de moi ressortent canaille et potentats! Prenez la clef, et rouvrez à cette malheureuse multitude. Marions-nous. C'est sauter un peu légèrement de la barrière au but : c'est un trait de mon métier. D'ailleurs, ne nous flattons point; nous n'avons pas de temps à perdre, vous ni moi. Je suis d'un certain âge, aussi bien que vous autres, pucelles de céans. Reculer la queue du roman jusqu'à son douzième volume, ce serait risquer la postérité; et vous toutes, comme moi, êtes ici de moitié dans le profit. Car enfin, que je meure sans lignée, adieu les hommes : plus d'hommes, plus de fous; donc plus de poètes : et qui vous cultivera dès lors^Qui vous invoquera? Que fereZ-VOUS? (Mplpomêoe le regarde drfdslgiieajemcot ♦

••en va : Arlequin l'arrête.) Madame, êteS-VOUS mueUe? (il crie de

toutes ses forces) êtes-vous sourde? (a part.) Attends, attends,

voici, voici qui te rendra l'ouïe, (ll tire uu silflel, et lui en donne DD grand coup dans le tuyau de l'oreille. Mclpomène fait un saut et lui lance

un regard de fureur.) Hé, qui diable, madame, on ne saurait avoir raison de vous, sans ce petit instrument-là! (n reprend le

ton hér<»ïque.)

Eh bien ! puis-je à présent, Puis-je espérer l'honneur ou mon amour aspire?

(Elle redouble d'indignation, et lui, reprend le ton comique. )

Ah ! vous ne voulez pas ! Nous allons donc bien rire !

( Sur le ton fier. )

Venez, allons au temple, où je veux, malgré vous. Vous jurer à l'autel tout l'amoixr d'un époux *.

Oh! pour le coup, vous avez raison de faire la mme; je suis en faute. Pardonnez-moi ce vilain mot d'époux : je voulais mieux dire. Ne vous promettre en effet que l'amour d'un époux, ce ne serait pas vous promettre grand'chose... Vous me plantez là! Ah, c'est donc tout de bon! (ii la retient «ucore

par le bras, et, perdant tout respect) : ParlcZ doUC, hé, madame

la bégueule, c'est bien faire la renchérie! Sentez- vous bien ce que vous refusez? Ne suis-je pas actuellement le plus grand parti de l'univers, le ciel même y compris? Apprenez

1. Ces deux vers sont encore narcdifts de Romulus, acte I, scène n.

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