‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 120 sur 213 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

mon bidet sur ses quatre jambes, comme sur qualie piliers: Quand branlerons-nous d'ici ?

(Pyrrha revient, le chapeau plein : Arlequin le vide, se le renfonce dans la tête, broche son destrier, lâche la bride et s'envole en criant : )

Quelle fureur trouble mes sens!

Quel feu d'enfer en moi s'allume !

Démon des fions fions, je te sens !

Vite, qu'on m'apporte une plume i...

(Les deux derniers vers se perdent dans les nues, où l'emporte Pégase.)

PYRRHA, qui le croit perdu, fait tous les gestes d'une femme au désespoir, et qui pense de nouveau être seule au monde.

ARLEQUIN, à la faveur d'un beau saut périlleui, dont Francisque^ se tirait en maître de l'art, retombe des nues sur le théâtre.

Ouf ! C'est pour l'amour de toi, que je reviens à terre : je serais dans l'Olympe à cette heure, si je ne m'étais heureusement accroché après l'arc-en-ciel, d'oij j'ai fait le joli saut que tu viens de voir : heureux de l'avoir perdu, comme toi de l'avoir trouvé. Où en serais-tu ? Quel chien de cheval estce là? S'il n'est aux cieux, il est à tous les diables. Il va toujours trop haut ou trop bas. Bien fou qui s'y frottera désormais, fussent les pages ' des grandes et petites écuries...

1. Parodie des quatre premiers vers des fameux couplets de 1710, imputés à J. B. Rousseau, et qui eurent pour lui des conséquences si funestes.

2. L'entrepreneur de l'Opéra-Comique, qui jouait les rôles d'Arlequin.

3. Les pages avaient, à ce qu'il paraît, leur entrée gratuite dans les théâtres de la Foire; Arleqaii. leur fait ici une allusion ad hominem.

34b ARLEQUIN-DEUCALION

Or çù, ma chère moitié, parlons d'autre chose. Remrons aans le domestique, et voyons aux affaires du ménage. Nous voilà face à face, pour le coup, et bien au large. Il n'y a plus que nous d'homme et de femme sur la terre! Le beau lit de Grandeur! Qu'en dis-tu? Il est temps, depuis je ne sais quand, de nous rapprocher une bonne fois, et de nous faire quelque petite compagnie; ou bien, seul à seul, nous allons furieusement nous ennuyer. Hélas ! oià est le temps que nous peuplions plus que nous ne voulions, et sans qu'il en fût besoin ! Nous avions un enfant tous les ans : c'était une rente inlaillible; et, malheureusement, nous n'avions alors que celle-là. Comme tout vient mal à propos! En ce temps-là, nous n'avions rien à laisser : aujourd'hui que nous regorgeons de biens, nous nous trouvons sans héritiers. Je ne sais; le cœur me dit pourtant qu'il m'en viendra de façon ou d'uulre. Entrons dans le temple de Thémis, que voilà. Graissons le marteau pour que la porte s'ouvre. Avec des offrandes, on a des oracles... Mais quoi! on nous prévient! Une invisible main ouvre les deux battants ! L'Amour et la plus jeune des Grâces nous font signe d'avancer. Ce sont deux jolies divinités qui s'intéressent à la population : nous ne pouvons agir sous de meilleurs auspices.

''/Amour et une jeune Grâce exécutèrent un pas de deux, qui fut fort applaudi : c'était le début de MUe Salle et de son frère, devenus depuis si célèbres.)

Nous laissons à Piron et à son premier éditeur la responsabilité de cette Sûdicatioa scénique et biographique que nous reproduisons textuellement.

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