SCENE PREMIERE ARLEQUIN, PYRRHA
ARLEQUIN, à Pjrrha,
Y eiitends-lu quelque chose?
PYRRHA fait signe que noD.
ARLEQUIN
Ma foi, ni moi non plus : il vaudrait autant ne nous avoir rien dit. Que nous prenions les os de notre grand'mère, et, qu'après nous être voilés, nous les jetions derrière nous! c'est là de l'algèbre. Notre grand'mère ? Est-ce de la mienne, ou de la tienne, ou des deux que l'Oracle veut parler? Ce ne saurait être de la mienne : je suis petit-tils de Prométhée : il n'eut jamais de femme. Tout le monde sait qu'il fabriqua mon père de ses propres mains et qu'il l'anima avec un verre ardent. Pour ta grand'mère à toi, tu n'ignores pas que nous la mîmes, il y a plus de vingt ans, sur un bûcher bien allumé, et que le vent emporta les cendres ù tous les diables. Cours après. Je m'y perds. 0 déesse Thémis ! qu'on vous reconnaît bien à ce maudit jargon-là î Je courais à vous, comme on fait pour trouver des lumières; et nie voici plus emlîerlucoqué, et plus incornifistibulé que jamais! Le piquant,
c'est qu'elle m'a dit que, moyennant cela, elle et moi, nous aurions plus de monde que nous ne voudrons ; et je voudrais déjà, aussi bien que toi, voir autour de nous une famille de quinze ou vingt enfants tout formés, comme elle nous promet qu'ils seront tout en naissant. Mais nous renvoyer aussi, pour cela, aux os de nos grand'mères, c'est ne plus rien nous dire. Quand même nous les aurions, le beau passe-temps de les jeter, d'engendrer en les jetant derrière soi ! Le pré ne vaut pas encore si fort la fauchure, que du moins la fauchure ne dût avoir les agréments de l'ancienne façon ! (ii rète profondément.) Patience I Je crois entrevoir d'oià vient l'obscurité dont on nous a régalés. Nous avions les mains vides. Ce n'est pas là le compte de la divinité du lieu. Je lui ai bien, à la vérité, beaucoup promis; mais elle veut du comptant, comme s'il y avait à cette heure quelque chose à risquer avec moi ! avec le monarque universel ! Voilà pourtant l'enclouure, ou je suis bien trompé!... Paix! paix! Je vois venir un autre oracle qui pourra nous expliquer celui-là.