SCÈNE XIII
MATHURINE
Assurément.
GROS-JEAN
Eh! mais, ma pauvre Malhurine, je crois...
MATHURINE
Mathurine! Mathurine! passez vote chemin, Mathurin. Tenez, Mathurine est bian devenue mademoiselle pour vous, monsieur le manant. Lé jan de ce biau palais-ci vous valont bian , j^ crois , et s'ils me traitont tretous comme eune madame; et je commence bian d'en être eune itou dea! J'ai de biaux habits; on me nourrit à bouche que veux- lu ! Je ne fais œuvre de mes dix doigts; on ne veut pas tant seulement que je grouille. Qu'est-ce qui faut donc encore pour être madame ? Malgré ça, à la fin de ma journée , on me demande : Madame la nourrice n'est-elle pas fatiguée ? — « Un peu. » — Et pis, je dors la grasse matinée, il faut voir! Et pis,dez que je sis levée, pendant qu'on me fait brave, c'est de la part de madame stelle-ci; c'est de la part de madame stelle-là, pour savoir comment vous avez passé la nuit. — uTai été agitée; et elle? — Fort bien. — J'en suis bien aise. » — Et si, au fond, je m'en embarrasse comme de ça! Eh bian! ne me vlà-t-il pas eune madame toute crachée? Adieu, monsieur Gros-Jean, je vous recommande bian nos pourciaux : faites bonne chère, et n'épargnez pas le beurre, la vache a du lait. (Elle »cDt t'ea
aller.)
GROS -JE AN, rarrèunt.
Ehi laisse-moi du moins te reluquer à mon gogo! t'es si gentille avec ce braveris-ià! Hailas! le magister a bian
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raison de dire queuquefois : « rores mores , — les honneurs cliangent les mœurs. » V'ià Mathurine en pié : adieu le pauvre Gros -Jean ! (n pienre.)
MATHURINE, atlendrie.
Oh! mais, dame, itou, si tu veux faire comme ça, j'oublierai l'ordonnance.
GROS-JEAN
Ouoi! Mathurine, toi qu'es si piteuse, t'aurais bian le courage de me laisser en aller, sans me baillé queuque^ petite signifiance d'amitié?
MATHURINE
Oh! ne pleure donc pas. Gros- Jean; tu n'as que faire de tant geindre; acoute. J'ai biau dire et biau faire, tout ci, tout ça, je sis ce que j'étais dans le fond; je le sens bian. Tians! je t'aime toujours comme je t'aimais : et je voudrais que les médecins fussiont bian loin, avec leuz ordonnances. Mais tant y a que je sis nourrice; et que je ne le sis qu'à condition que jeleux obéirai. Je gagne ici gros; vois-tu? v'ià deujà eune bourse toute pleine d'argent qu'on m'a baillée.
GROS-JEAN, plus gai, la vidant dans son chapeau.
Jarnigoi! t'as, ma foi! bian raison de dire que tu gagnes gros. Tatigué que v'ià d'écus, Mathurine ! je n'en avions de nos jours tant veus ensemble !
MATHURINE
Tu ne pleures donc plus à c'theure?
GROS-JEAN
Par ma fi ! il ne coûtent guère à d'aucunes gens ! Eh que-