SCENE XV
ATÉ
Qui ai mis sur terre les conquérants, les femmes et les
îorgents.
La bonne marchandise!
ATÉ
On ne me connaît pas! on me va connaître I on me va connaître !
MOMUS
Mais, madame la déesse de malheur, vous conviendrez que ce titre-là n'est pas un billet d'entrée dans une fête, et que c'est plutôt un passe-port pour aller à tous les diables, oii vous voulez bien que je vous envoie, au nom de la compagnie?
ATÉ
Poussez, monsieur Momus; fort bien, poussez! j'aime à vous voir sur ce ton-là plaisanter avec moi! cela est digne d'une tête sensée comme la vôtre. Je t'apprendrai que sil ne faut pas m'inviler pour le plaisir que je fais, il faut m'inviter pour le mal que je puis faire. Tu vas voir beau jeu, attends! attends!
MOMUS
Ah! madame, point d'esclandre, on n'est ici que pour se divertir.
ATÉ
Et voilà le mal, justement. Qu'on se querelle, qu'on s'é- Irangle et qu'on se batle dans une maison, fe la laisse en paix : voilà qui est bien. Mais qu'on y rie, qu'on y chante et
qu'on y danse : point de pardon; on me le payera; allons! allons! tapage! tapage!
Ah! madame, à quoi songez- vous? Une jolie femme comme vous, faire tapage chez un brave colonel ! Eh mais I ce serait le monde renversé. Cela nous déshonorerait tous les deux.
ATÉ
Continue ! continue ! rira bien qui rira le dernier.
MOMUS
Faisons mieux : rions tous autant les uns que les autres. Holà! violons, gai! qu'on se réveille! Allons, mettons Madame en belle humeur. Madame, un petit rigaudon ! un petit rigaudon '!
ATÉ
Attends, vieux fou! je vas te donner la bouriée, à toi... Mais non, pour te mieux punir, ce n'est pas à toi, c'est à tes magots d'enfants que je veux m'en prendre!
(Elle avacoe vers les eufants, qui crient.]
1. Je ae puis ouLlier dans le dix-hnitiime siècle ce qui m'a fait rire hier dans la soixante- quatrième année du dii-neuvième. Ces lazzi du jcyeux colonel Momus à la déesse de malheur. Até, me font penser à une saynète humourislique et toute récente, qui n'a pas encore été jouée : Polichinelle et la Mort, par M. Champfleury. Elle est impr mée dans un recueil intitulé : Les bons contes font les bons amis (chez ïriichy, libraire-éditeur). Il faut voir la colère de la Mort en poursuivant Polichinelle; celui-ci paye d'un lardon chaque coup de faux... qui porte à faux, La Mort finit par être mise en pièces par le bâton de Polichinelle. On assiste presque à la représentation, en feuilletant l'amusant recueil, tant les dessins parlants de M. Morin y accompagnent à propos et y figurent bien le texte.