‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 173 sur 213 · LE CHEVALIER DE BELLE-ISLE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE BELLE-ISLE

Preux Chevalier, que Mars et sa maîtresse Puissent couyrir de myrle et de lauriers ! Or, écoutez un hère en grand' détresse. Qui craint bien Dieu, puis après les huissiers.

i. Piron, à l'occasion de cette pièce, a écrit une note explicative que nous allons donner. Oubliant sans doute qu'il l'avait faite , il en a écrit une seconde que les éditeurs nous semblent avoir rapportée à tort à une pièce différente. Selon nous, les deui notes ne sont qu'une variante. On va, du reste, an juger, car nous les donnons toutes deux :

« En arrivant à Paris , dit Piron , je me trouvai dans la nécessité d'entrer :; cbez le chevalier de Belle-Isle, qui m'employa à copier toutes sortes de » vieux grimoires du comte de Boulainvilliers , qu'il regardait comme les » oracles de la Sibylle. J'avais pour compagnon de travail un soldat aux » Gardes, qui, de son côté, copiait, à iO sols par jour, d'autres misères à sa » portée. Notre laboratoire commun était un bouge de laquais. Ayant travaillé » pendant quelques mois, n'entendaut pas parler du chevalier, ne l'ayant pas » même aperçu, et ayant besoin cfargent pour vivre, ie m'avisai d'attacher

Mon aubergiste, un de mes créanciers,

Pour qui, le plus, je me sens de tendresse

(Même deux fois par jour lui fais caresse),

Jà me reçoit si très-peu volontiers,

Qu'il ferme l'huis dès qu'il voit que j'arrive :

Si faut-il vivre et griffonner pour vous.

Je le voudrais; mais comment, entre nous.

Si n'ai pécune, entend-on que je vive?

Bien mieux : comment (je le demande à tous) ,

Si je ne vis, entend-on que j'écrive?

Je ne le sais. Or, donnez-moi de quoi.

Voilà le point. Puis excusez ma Muse

De vous offrir vers de pareil aloi*

Faim fait faillir : je l'ai : c'est mon excuse»

Vous déplaît-elle? eh bien, ôtez-la-moi.

» ces vers au col d'une cnienne de cnasse, qui nous ten?»li quelquefois compa-

• gme, espérant que le chevalier, en voyant ces vers, s'informerait au moins

• de qui ils étaient et me payerait; mais je fus trompé dans mon attente. ■

Voici la seconde note de Piron, plus abrégée, mais également piquante :

• Il y avait plus de six mois que le ciievalier de Belle-Isie m'employait » icopierje ne sais quelles vieilles rapsodies politiques, et qu'il ne me payait » pas. J'imaginai d'entourer de ces vers le collier de son chien de chasse fa- » vori, dans l'espoir que son maître s'informerait de qui pouvaient être ces

• vers, et qu'il me payerait; mais je n'euteudis parler ai des vers ni an I payement : ce qui m'engagea, huit ou quinze jours après, de me servir an

• même stratagème qui me réussit, car je fus payé. •

Nous donnerons les deux pièces à la suite l'une de l'auire. — C'est de la deuxième pièce, selon nous, qne Piron a dit qu'elle réussit et qu'elle le fit payer.

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