VERS
Que j'attachai, le jour de l'an, au cou d'une chienne appelée Princetse, appartenant au chevalier de Belle-Isle.
Puissiez-vous, Chevalier, an milieu des batailles
Où vous emportera la défense des lis, Donner la chasse aux ennemis Ainsi que je la donne aux cailles!
Ou, si l'Amour vous tient par hasard sous sa loi. Puisse l'heureuse et tendre amante Qui vous aura donné sa foi Être, s'il se peut, caressante Et fidèle encor plus que moi !
Vous n'aurez pas l'âme assez fière Pour blâmer ce petit transport D'une Princesse que le sort A rendu votre prisonnière.
Et qui veut de bon cœur l'être jusqu'à sa mort. Si j'avais pu gagner les plaines Et m' échapper de ma rrison.
Vous auriez eu, de ma façon.
Quelques perdrix pour vos étrennes.
Puisque je ne l'ai pu, vous n'aurez que des vœux. Qu'est-ce que des vœux? Rien. Miiis meltez-vous en tête
Que les pauvres chiens sont des gueux.
Je suis chien ; qui pis est, poëte :
Pour une excuse, j'en ai deux.
MADEMOISELLE GHÉRÉ^
Saint-Ouen, 173Î.
0 bel objet désiré
Du plus amoureux des hommes,
0 mon aimable Chéré,
Que n'êtes- vous où nous sommes !
1. Les éditeurs de Voltaire et même ceux de Piron ont commis, an snjtx de cette Ep'tre, une singnliire erreur, que je suis le premiei a signaler. Un« certaine EpUre à une A/Ue Ch... ayant été attribuée à Voltaire par le Journal Encyclopédique du mois de juin 1770 et dans une publication de Laus de Boissy, le Secrétaire du Parnasse, les éditeurs dont je pa4l se sont imaginé ïu'il s'agissait de l'Épître de Piron A W'e Chéré. Comme "Voltaire avait pro-
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Jamais plus juste désir N'anima mon cœur sincère :
Les belles, faites pour plaire, Sont faites pour le plaisir; Et c'en est ici l'asile, De ces plaisirs tant aimés.
La paix les tient renfermés Dans ce prieuré tranquille.
Hier, il en était plem :
J'en vois naître aujourd'hui mille Mille y renaîtront demain.
Je n'y ressens qu'un chagrin. C'est que le temps soit mobile, Et que son sable inhumain Trace déjà le chemin Qui nous ramène à la yille.
lesté très-vivement dans une lettre du 7 décembre 1770, adressée à Boissy, contre celte attribution qui lui avait été faite d'une Epîlre à une 1/i'e Ch..., ils n'ont pas hésité à faire l'application des critiques de Voltaire à la pièce nème de Piron : ils n'ont pas pris garde que les mots , les expressions que relève Voltaire, ne s'y rencontrent nullement, comme cela saute aux yeux à une simple lecture. La première source de cette erreur qui fait Piron responsable de ce qu'il n'a jamais écrit paraît être dans une note de Delangle, éditeur de la Correspondance de Voltaire (1831). — Il restait toujours pour les curieux, et très-curieux, un point à éclaircir : de qui pouvait être cotte Épttre à Afile Ch..., actrice de la Comédie de Marseille? Le tome premier du Seerè^ taire du Parnasse, qui manque à la Bibliothèque Impériale, et que la Bibliothèque de l'Arsenal possède, nous apprend par un errata et par une lettw même d'explication écrite par Boissy à M. de Voltaire, que l'auteur de cett« pièce, toute marseillaise, est un M. de Verlac de la Bastide.
ÊPItRE» kil
Uécrirai-je ces plaisirs Que rappelle chaque aurore.
Plus riants que les Zéphyrs, Quand ils vont caresser Flore?
Mais pourquoi les peindre? Hélas!
Un seul mot les rend croyables.
Et vante assez leurs appas.
Ils m'ont rendu supportables Des lieux où vous n'étiez pas.
Je veux toutefois les peindre.
Pour occuper mon loisir :
Y puissé-je réussir De manière à vous contraindre A venir vous éclaircir Par le propre témoignage Des beaux yeux qu'on désira !
Des plaisirs, en ce cas-là.
Parfait serait l'assemblage :
Les peigne alors qui pourra!
De quatre heureux personnages Que nous nous trouvons ici,
Deux sont fous et deux sont sages
Providence en tout ceci ;
Mélange qui. Dieu merci,
Sans relâche nous ballotte,
Et nous promène à grands pas •
Du compas à la marotte.
De la marotte au compas.
Figurez-vous le tracas D'un quatrain de cette espèce, Et voyez courir sans cesse La sagesse après les rats.
Les rats après la sagesse.
Tantôt les règles en jeu.
Et tantôt les purs caprices.
Voilà quant aux gens du lieu; Voici quant à ses délices.
Sachez que premièrement Le prioral ermitage Consiste en un bâtiment Mal conçu pour l'ornement.
Très-bien conçu pour l'usage.
Tout s'y resserre ou s'étend Selon son juste mérite; C'est pour cela, dit l'ermite, ^ Que le réfectoire est grand Et la chapelle petite.
Aussi l'heureux parasite, De la cave au galetas.
Voit cette sentence écrite [ « Courte messe et long repas. »
Rien ne manque aux délicats :
Table en entremets féconde.
Cave où le nectar abonde.
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Et la glacière à deux pas;
Les lits les meilleurs du monde;
Plume entre deux matelas.
Doux somme entre deux beaux draps;
Un calme dont rien n'approche :
Jamais le moindre Tracas
De carrosses ni de cloche :
Paix, bombance, liberté;
Liberté sans anicroche.
L'horloge, à la vérité.
Qui voudra nous le reproche !
Rarement est remonté.
Mais non pas le tournebroche.
Une autre félicité.
Après Bénédicité,
C'est de voir, par la fenêtre
De notre salie à manger.
Cueillir dans le potager
La fraise qui vient de naître;
De voir la petite faux
Moissonner, à notre vue.
Là, de jeunes artichauts,
Ici, la tendre laitue.
Le pourpier et l'estragon
Qui, tout à l'heure, en salade,
Va piquer, près du dindon, ^
L'appétit le plus malade.
Du même endroit, nous voyons Venir l'innocence mênie , Lise, qui, sur des clayons, Nous apporte de la crème.
Blanche un peu plus que sa main.
Mais moins blanche que son sein.
Et que la perle enfantine D'un râtelier des plus nets, Que ne touchèrent jamais Capperon ni Carmeline*,
C'est elle aussi qui, le soir, En cent postiu*es gentilles (Où, sans jupe ni mouchoir, Vous seriez charmante à voir).
Dresse et redresse nos quilles :
Jeu tout des plus innocents.
Où, pour aiguiser nos dents.
Quand la faim nous abandonné.
Nous nous exerçons un temps, Avant que le souper sonne.
Le quiller est dans un bois Qui touche à la maisonnette.
Bois d'une beauté complète.