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MONSIEUR LE DUC DE LA VRILLIÈRE

Monseigneur, quand je me présente.

Ordonnez qu'on me laisse entrer :

Si vous ne voulez vous montrer.

De vos bontés je vous exempte.

Allant vous en rendre, mardi.

Mille et mille actions de grâces,

Il me survint tant de disgrâ:;es, Que j'en suis encore étourdi.

La malicieuse Fortune, Pour me jouer tout le matin, Prit le rôle de la Rancune, Et lit de moi son Ragotin *.

J'étais sorti de ma chambrette, Des Muses tranquille retraite.

Et j'allais chez vous, Monseigneur, A pied comme un petit rimeur.

Vous demeurez au bout du monde.

Si les pas ne me coûtent rien.

Quand je vais voir les gens de bien.

C'est quand le beau temps me seconde; Mais il en avint autrement, Car le ciel, voilant sa lumière. Voulut impitoyablement Me baptiser à pleine aiguière.

Faut-il vous tracer un tableau Plus vrai que ceux de Largillière?

Sous les ailes d'un vieux chapeau Tenant à l'abri ma crinière.

Je cheminais en serpentant.

Pour éviter, à chaque instant.

I. La Rancune et Ragotin sont deux personnages du Roman ocmique, de Scarron.

458 EÇITRES

Une cascade, une rivière.

Des torrents, qu'à mes environs

Vomissait le haut des maisons.

En tout sens, en toute manière, Ma démarche en vain biaisait; Comme je suis court de visière, Mon mauvais ange me faisait Heurter de gouttière en gouttière.

Cependant l'orgueilleux ruisseau A mon courage ofire matière ; Je recule un pas en arrière, Et crois, léger comme un oiseau.

Franchir cette large barrière; Mais, à coup sûr, j'avais à Dieu Fait mal, ce jour-là, ma prière; Je partage en deux la carrière, Et je me plante au beau milieu.

A cette chute singulière.

De ma moue un Turc eût frémi.

En un bon grand pas et demi, Je sors de cette fondrière.

Jurant comme un suisse endormi Qu'un page a pincé par derrière.

Hélas ! que j'étais loin encor De r hémistiche en lettres d'or Du bel hôtel de La Vrillièf'»'

Enfin, je respire un moment; Phœbus avait percé la nue ; Je redresse mon col de grue Et suis mon chemin doucement.

Me voilà donc, avec prudence, Sautant de pavés en pavés, Les pieds sur la pointe élevés, Comme au premier pas d'une danse.

Qui m'eût vu marcher en cadence Eût dit que, durant le chemin, Je répétais la révérence Qu'à Monsieur de Saint- Florentin Préparait ma reconnaissance.

Mais que de peines sans profit!

Tout à coup un fiacre maudit, Croisant le pauvre philosophe, Vous lui vient broder son habit, A n'en pas laisser voir l'étofie.

Vingt mouches, pour dernier malheur, Qui n'étaient pas du bon faiseur, Volent à ma face interdite.

A cette apostrophe subite.

Les bras ouverts, je reste coi :

Un diable aspergé d'eau bénite N'eût pas enragé plus que moi I

Aux yeux de la foule attentive,

Je me secoue : enfin, j'arrive.

Mais proche de votre palais.

Arlequin fit son personnage.

De loin, j'avais eu du courage.

Je ne fus qu'un poltron de près ;

On ne peut l'être davantage.

De qui, de quoi donc avoir peur?

Rassurez votre humeur affable.

Ce n'est pas de vous, Monseigneur !

Vous humanisez la grandeur,

Et votre caractère aimable

Imprime un respect sans terreur.

Bien loin de m' être redoutable.

Vous êtes mon cher protecteur.

Vous m'avez été secourable.

Et j'augure bien du début.

Qui redoutais-je donc? Le diable,

L'ennemi de notre salut.

Non, je ne tiendrai point pour fable

Ce qu'on nous dit de Belzébut.

Las! il n'est que trop vrai!... le traître

Chez les grands vient nous apparaître,

Tantôt en suisse sans pitié.

Et tantôt en valet-de-pié

Qui nous barre l'aspect du maître,

Pour nous souvent plein d'amitié.

Ce diable est-il qualifié.

ÉPITRES 46i

Il n'en a que plus de malice.

Hélas! je l'ai bien éprouvé!

Déjà je me croyais sauvé; Déjà j'avais franchi le suisse, Passé la cour et le perron ; J'entre dans la salle prochaine Avec tout aussi peu de peine Que les ennuyeux chez Piron.

Hardiment j'ouvre une autre salle,

Et m'avançant huit ou dix pas,

De ma figure originale

J'incline le masque assez bas,

Et prie humblement qu'on m'annonce.

Un beau monsieur froid et bénin.

Représentant l'esprit malin,

Me fait une douce réponse;

Et tandis que très-poliment,

En vrai papelard, il m'exhorte

A patienter un moment,

De pas en pas, tout doucement.

Il me ramène vers la porte,

Où je recule un peu surpris.

Là, ne cessant de me promettre.

Sa bonté daigne me remettre

Où la témérité m'a cris.

Ainsi, quand aux pieds d'une belle, Sur l'herbe assis nonchalamment.

Un berger timide et fidèle Veut préparer l'heureux moment, De la bergère un peu rebelle D'abord il prend le pied mignon ; Puis, faisant le bon compagnon.

Admire la mule avec elle, L'ôte, la baise, la remet.

On souffre cette bagatelle :

Mon drôle, suivant son projet, Conçoit une audace nouvelle :

Sa main veut se glisser plus haut.

Dans l'espérance la plus douce.

Halte-là, s'il vous plaît; bientôt En vient une qui le repousse.

L'effronté reste un peu confus.

Et tel à peu près que je fus.

Voyons la fin de la querelle.

Au cœur, vrai souverain du lieu.

Un tendre regard en appelle ; L'un devine, l'autre chancelle j Aux poudres l'Amour met le feu :

Le cœur, à la main vigilante.

Ordonne de se retirer...

Monseigneur, quand je me présente.

Ordonnez au'on me laisse entrer.

Et puisse le cœur des bergères, Quand vous en serez aux genoux.

Aux mains qui feront les sévères.

Donner le même ordre pour vous !

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