‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 187 sur 213 · AU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

AU ROI DE PRUSSE

Favori brillant du destin. Héros du Nord et du Païaïasse, De l'aimable Cour de Berlin, L'Auguste à la fois et l'Horace; Roi, dont le nom de toutes parts Vole et revole sur les ailes De la Victoire et des Beaux-Arts; Roi, qu*un témoin, des plus ûdèles.

Nous assure être fils de Mars Et de l'une des neuf Pucelles * ; Titres pour être des amis

1. € Jft m'avisai, par pure plaisanterie, de faire cette Épître au roi de Trusse, 4 l'imitation de celle que lui venait d'écrire M. de Voltaire, qm commenc* Ainsi {1er novembre 1744) :

Dd néros de la Germanie Et du plus bel esprit des rois.

Je n'ai reçn, depuis trois mois, Ni beanx vers ni prose jolie, etc. •

2. Dans cette Épitre , Voltaire appelle le roi de Prusse , • &ls de Mars et de Calliope. *

Et de Voltaire et de Louis; Titres de noblesse amphibie Pour être dignement assis Au trône et dans l'Académie ; Titres d'oii naît la faculté, Le beau talent, le don commode De faire, avec facilité.

Une chanson comme un traité, Une conquête comme une ode; Prince, enfin, terrible et charmant, Dont, pour tout dire élégamment, La main royale est occupée A manier également Le compas, la lyre et l'épée; 0 le plus bel esprit des rois!

Par quelle rigueur impolie N'avoir écrit depuis trois mois « Ni beaux vers ni prose jolie » A ce roi de nos beaux esprits I Il peut le tenir à mépris :

Crois-moi, fais pour lui la folie De laisser là tes beaux projets, Tes alliés, tous tes sujets.

L'empereur et son adversaire *; Qu'ils aillent par delà les ponts !

1. Charles VII et la magnanime reine de Hongrie, Marie-Thérèse. C'était

pendant la guerre de la Succession d'Autriche (17 il -1748).

Voltaire te parle : réponds;

C'est là, c'est là ta grande affaire.

Sache, quand il a la bonté

De relancer Ta Majesté,

Qu'il te sied fort mal de te taire.

Est-ce donc tout que lui déplaire?

Lui déplaire est le vrai danger

Pour qui veut vivre dans l'histoire ;

Sa vanité vaut bien ta gloire.

Et les deux sont à ménager.

Garde-toi de désobliger

Le divin auteur de Mérope :

Si tu l'oses, je ne sais pas

Ce que diront et tes soldats,

Tes peuples, l'empire et l'Europe.

Peut-être ne diront-ils mot :

Soit. Mais que diront Thîriot

Et les messieurs de chez Procope?

Eh ! qui de ces messieurs, grand roi.

Offensé dans son capitaine.

Voudra jamais prendre la peine

De composer un vers pour toi?

Reviens donc à résipiscence, Et romps au plus tôt le silence.

Si d'abord du sien, puis du leur.

Tu ne veux subir la rigueur Dont tu sens trop la conséquence.

Mais encore un plus grand malheur A craindre, en cas d'impénitence ; C'est qu'en rêve, il est dangereux.

Ce Voltaire si doucereux!

En rêve, son audace éclate; En rêve, il cajola ta sœur * !

Prends garde que, dans sa fureur.

En rêve, un jour, il ne te batte.

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