‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 188 sur 213 · ÉPITRE AU ROI · texte numérisé non relu

ÉPITRE AU ROI

Four obtenir à M. de Fontenelle la permission de passer les TuileritJd en chaise à porteurs.

Prince, honneur de la monarchie}

Roi, délices de vos sujets

Et le désespoir de l'envie ;

Grand, juste, heureux dans vos projets^

Sur l'éloge de qui s'accordent

L'étranger et le citoyen,

Et qu'avec confiance abordent

La noblesse et le plébéien ;

Protecteur de tous gens de bien,

Nommément de l'Académie,

Dont j'ai l'honneur d'être doyen,

Grâce à près de cent ans de vie :

Daignez, Sire, je vous supplie,

Me continuer le moyen

Que j'avais de voir une amie *

1. Cette amie était peut-être Mme de lencin (qui était aussi l'amie de Pi* ion), malade déjà et morte en 1749, l'année suivante. La^late de cette Épitr» nous est donnée plus loin par une indication précise (1748J.

476 ÊPITRES

En prison, de l'autorité

Des juges de la Faculté,

Et pour fait de cacochymie.

Hélas! entre elle et moi, le sort.

Pour éternelles galeries.

Vient de poser, du sud au nord,

La rivière et les Tuileries !

Deux serviteurs, auparavant.

L'un derrière, l'autre devant.

Et moi, tant bien que mal à l'aise.

Entre la goutte et mes vieux ans, Écuyers assez déplaisants.

Empaqueté dans une chaise.

Chez cette dame, à petit bruit, Depuis nombre et nombre d'années.

Tous les jolis jours que Dieu fit.

Nous allions les après-dînées.

J'arrivais là sans m'échaufler :

Peu de pas en faisaient Taffaire.

Là, près d'elle, nonagénaire, J'achevais de philosopher, Passant le temps de ma visite Au centre d'un cercle d'élite.

Attentif à ma faible voix; Y parlant beaux-arts et nature.

Sciences et littérature,

EPITRES kll

Même y politiquant parfois :

Mais cela, Sire, je vous jure.

Par amour pour vous toute pure.

Seulement pour faire, à mon choix,

Venir, comme par aventure.

Le petit mot sur vbs exploits.

Et pour bénir les destinées

D'avoir prolongé mes années

Jusqu'aux jours heureux que je vois ;

Jours de paix, et de paix durable,

Paix glorieuse au nom français * ,

Digne ouvrage du plus aimable

Et du plus aimé de nos rois.

J'en eusse eu bien encore à dire,

Avant mes cent ans révolus ;

Eh ! quel temps y pourrait suffire ?

Des sentiments qui vous sent dus

Et que votre personne inspire.

Le cœur s'emplit de plus en plus.

L'orateur, en paix comme en guerre.

Jamais ne fut donc mieux en fonds.

Je triompherais, j'en réponds :

Mais voilà ma tribune à terre.

Et mes gens par delà les ponts.

1 Pau d'Aix-U-ChapeUe '1748).

A travers vos jardins, en chaise, Permettez que je coure après ; D'un détour affreux, qu'il vous plaise Me sauver la honte et les frais !

Oui, la honte, car j'envisage Que ce serait acte peu sage Et tout des plus irréguliers.

Qu'un homme lettré de mon âge Prît le chemin des écoliers.

Si Votre Majesté bénigne D'un Boiî trouve ce placet digne, Foi de doyen, je lui promets, Le premier jour d'Académie, Avant trois heures et demie.

De le dire à tous mes cadets.

A cette nouvelle, je gage Que je vais, en bruyants parloirs, Changer vos tranquilles dortoirs, Tous nos fauteuils en trémoussoirs.

Et faire, devant votre image.

Jouer trente-neuf encensoirs.

Puis, envers vous, faut-il ensuite Qu'en belles phrases je m'acquitte.

J'aurai la clef des réservoirs.

Je serai là, dans l'hippodrome OiJ Pégase a ses plus beaux airs.

Dans l'endroit de votre royaume.

Le plus fertile en gens diserts. Sur une si riche matière, Rester court en terrain si beau, Dans le milieu de la rivière.

Ce serait ne point trouver d'eau.

En ce pays de connaissance.

Depuis environ soixante ans.

Sous mes yeux, la reconnaissance, Au sein de la pure éloquence, Puise et repuise à tous moments.

Pour faits de bien moindre importance, De merveilleux remercîments.

Mon crédit, en ces lieux, se vante D'en faire faire à votre gré; i:t pour un que je vous devrai.

Je vous en garantis quarante.

ODE ANAGRÉONTIQUE

Je bénissais ma faible vue :

« Heureux, disais-je, le malheur

Qui ferme la seule avenue

Par où l'amour entre en un cœurl »

Hélas! de cette attente vaine, Le fils de Vénus, irrité.

Entre les mains de Célimène Mit un luth qu'il avait monté!

J'ouvre l'oreille; que de charmes!

L'amour entre avec les accords.

Je brûle : on me hait; que de larmesl Que de regrets et de remords I

Quoi ! chez moi ce feu tyrannique Par cent portes pourra passer.

Lorsque Célimène a l'unique Par où je le puisse chasser!

Page 1