RONDEAU
Vivent les bruns, en dépit des blondins ! Vive la brune, en dépit de la blonde!
Dans tes tournois, dis-nous, dieu des jardins, Des deux couleurs laquelle est plus féconde En beaux faits d'arme et gentils paladins 1
Blonde aura bien beaux doigts incarnadins, Blonds auront bien jolis airs grenadins ; Mais quant au point où ta gloire se fonde, Vivent les bruns l
Du ciel un jour laissant les citadins^ Vénus tâta des galants de ce monde :
Pour tous les blonds elle n'eut que dédains. Si qu'on l'ouït, en finissant sa ronàCy Dire tout haut et se plaignant des reins : « Vivent les bruns! »
Air : De la Frelane.
Vive notre vénérable abbé * Qui siège à table mieux qu'au jubé I Le service était, ma foi, bien tombé : Sans lui, le réfectoire était flambé. Son devancier parlait latin ; Celui-ci se connaît en vin; C'est un bon vivant.
Nargue du savant !
Qu'est-ce que la drogue qu'il nous vend? Du vent.
Souvent.
Tout est mieux dans l'ordre qu'auparavant. L'abbé, le moine, le frère servant.
N'observent le silence qu'en buvant.
1. Il s'agit de l'abbé Legendre, frère de M"* Doublet, • le premier homme de table qu'il y ait ea, a dit Collé, et le dernier des Français qui en ait encore soutenu les plaisirs. • Voilà, certes, un brevet de joyeuseté qu'on na contestera pas.
Jamais de carême, ni d'avent :
L'abbé les a mis hors du couvent.
Dans cti bel institut de son estoc.
Chacun de nous vit ferme comme un roc
Pas un, de son froc,
Ne ferait le troc, Pour tout l'or du monde en bloc.
Tic toc, chic choc, cric croc !
Chantons frère Roc,
En vidant ce broc.
Vive notre vénérable abbé, Qui siège à table mieux qu'au jubé!
Le service était, ma foi, bien tombé : Sans lui, le réfectoire était flambé.
Air : De l'ouverture de Bellérophon.
Prends ton froc.
Ton sac et ton broc; Sus! frère Roc, Va faire le pieux escroc.
Dans le dortoir.
Tout est. ce soir^
Au désespoir; Il y faut pourvoir; C'est ton devoir.
J'ai voulu voir Notre réservoir; J'ai visité la cave et le saloir :
Tout le salé S'en est allé.
Est avalé ; Le vin de Condrieu Nous dit adieu ; Père Mathieu Blasphème, au lieu De prier Dieu.
Si ton retour n'est prompt.
Tous nos moines se damneront.
Prends ton minois Humble et courtois, Ta doucereuse voix, Et le cordon de saint François.
. Le sexe, plein de charité Pour la communauté, Fournira de quoi mettre au pot.
Tends à propos ton esquipot; L'affaire est de ton tripot; Mais sois fidèle au dépôt.
Le diable Étranglerait
Qui rognerait Notre prébende respectable.
Va, reviens.
Et te souviens Qu'un bon frère quêteur vaut mieux que cent gardiens,
Sur l'air de Cahin-caha.
Dans ma jeunesse, Cythère fut la Cour Où je fis mon séjour :
Sur l'écbelle d'Amour Je montais nuit et jour.
Et remontais sans cesse.
Aujourd'iiui ce n'est plus cela.
Sérieux et grave, Du régime esclave.
Je lis Boerhave, Descends dans ma cave.
Et remonte caliin-caha.
Et remonte cahin-calia.
Sur l'air : Comment faxrt.
Les saumaises, les casaubons, Ne sont que de petits garçons, Auprès du bonhomme Grégoire :
Lui seul il en sait plus que tous.
Que sait-il? me demandez-vous; Il sait boire.
A%r à boire.
Amour, adieu pour la dernière fois!
Que Bacchus, avec toi, partage la victoire : La moitié de ma vie a coulé sous tes lois; J'en passerai le reste à boire.
Tu voudrais m' arrêter en vain; Nargue d'Iris et de ses charmes!
Ton funeste flambeau s'est éteint dans mes larmes; Que celui de mes jours s'éteigne dans le iki,
SaO CHANSONS
Air : Jupin de grand matin.
Ce petit air badin,
Ce transport soudain Marque un mauvais dessein :
Tout ce train Me lasse à la fin :
De dessus mon sein Retirez cette main.
Que fait l'autre à mes pieds?
Vous essayez De passer le genou :
Êtes- vous fou?
Voulez-vous bi^n finir, Et vous tenir !
Il arrivera, monsieur.
Un malheur.
Ah ! c'est trop s'oublier !
Je vais crier :
Tout me manque à la fois^
Et force, et voix...
En entrant, avez-vous Tiré da moins sur nous Les verroux?
« Songe à finir, disait une rusée
A Fontenelle, attentif à briller.
Qu'hier au soir, je fus mal avisée
De te laisser ici déshabiller!
L'aurore luit ; mes gens vont s'éveiller ! »
— « Rassurez-vous, lui repart Fontenelle, La nuit sera, si je veux, éternelle.
Puisque du jour je tiens l'astre en mes bras. »
— « Encor î pour Dieu, bel esprit, ce dit-elle. Deviens un sot, finis, ou bien t'en vas! »
N'allez la voir de près comme j'ai fait. Ou votre cœur m'en dira des nouvelles.
Beauté n'est rien : son principal attrait, C'est cet air fin, ces grâces naturelles,* Ce qui jadis entre trois Immortelles, Fit dire à c'il qui les considéra :
« Toutes les trois sont également belles; Mais c'est pourtant celle-ci qui l'aura. »
C'est trop peu que d'une amourette,
Pour satisfaire à tous mes vœux :
A la vestale, à la coquette,
Tour à tour je fais les doux yeux ;
Et c'est le sort le plus heureux,
Où l'homme à mon gré puisse atteindre
La vestale allume les feux,
Et l'autre sert à les éteindre.
Le dieu d'Amour, un jour en voltigeant, Vit la bergère à qui je rends hommage ; tt Certes, dit-il, ce visage est trop gent. Pour n'en avoir une éternelle image. »
Couleurs adonc il met en étalage, Pinceau mignon dont le charme ravit; Rien pe manquait pour commencer l'ouvrage j Fors une toile, et mon cœur en servit.
Dont bien me fâche, au beau milieu du cœur Je porte empreint le portrait d'une blonde :
ÉPIGRÂMMES 553
Us, c'est bonté, puis après c'est rigueur l One il ne lut humeur si vagabonde.
Autant vaudrait se reposer sur Tonde.
Or, trop est trop : va- t'en, luis, vole. Amour; Pour elle, en moi, ne fais plus long séjour, i'uis, te dis: Ouais! Fuis donc! Point de nouvelles 1 D'où vient ceci? Je devine le tour :
Le l'eu de ses regards aura brûlé tes ailes.
Vous brûlez d'être possesseur De celte jeune demoiselle.
Que de grâces! quelle douceuil Vous diriez un ange lemelie.
La tenez- vous, et vous tient-elle; Sous Teuveloppe, qui d'abord Vous plut, et vous tenta si Tort, Vous trouvez le diable et sa grille.
Qui vous font envier le sort D'ixion, Tantale et Sisyphe.
Un beau matin, Torgueilleux Cupidon, ^ Voulant de cœurs faire nioisson nouvelle.
5o4 ÉPIGRAMMES
Prit son carquois, son arc et son brandon. Puis descendit de la voûte éternelle.
Mais vous voyant, il dit : « J'en ai dans l'aile, Et suis sur terre inutile aujourd'hui. Plus de beautés sont en cette mortelle, Que je n'eus onc de traits en mon étui. »
A la Bl...
Lise dit que je ne vois goutte, Et de mes mauvais yeux se moque à tout moment. Lise, vous avez tort ; pensez-vous qu'on en doute,
Depuis qu'on m'a vu votre amant?
Je soupirais, devisant à part moi Du sort félon qui par trop me rudoie.
« Ami, d'où vient, dit Nanon, tel émoi? » Mes maux cuisants bientôt je lui déploie : Puis, en parlant, je la vois qui larmoie. 0 doux soiilas ! Adieu, détresse, ennuis ! Qu'à son vouloir Fortune me foudroie!
M'amour me plaint, plus à plaindre ne suis.
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En envoyant à l'illustre Crébillon un exemplaire de ma comédie des Fils ingrats (1728).
Tout de moi vous pèse et vous choque :
Je n'ai plus espoir ni demi.
D'une amitié peu réciproque.
Adieu le nœud mal affermi !
Mais, malgré le sort ennemi,
Mon hommage est tel qu'il doit être :
Ne pouvant le rendre à l'ami,
Qu'au moins je le rende à mon maître!
Dans un bon corps, Nature et Maladie Étaient aux mains. Une aveugle vient là C'est Médecine, une aveugle étourdie, Qui croit par force y mettre le holà.
A droite, à gauche, ainsi donc la voilà, Sans savoir où, qui frappe à l'aventure, Sur celle-ci, comme sur celle-là, Tant qu'une enfin céda. Ce fut Na«'ire.
Î5?>fi ÉPIGRAMMES
Contre Vdbhé Des Fontatnei.
Un écrivain fameux par cent libelles Croit que sa plume est la lance d'Argail : Au haut du Pinde, entre les neuf Pucelles, Il est planté comme un épouvantail.
Que fait le bouc en si joli bercail?
S'y plairait-il? Penserait-il y plaire?
Non. C'est l'eunuque au milieu du sérail : Il n'y fait rien, et nuit à qui veut faire.
Je ferai peindre un satyre bien gras.
Nez aplati, front sans pudeur aucune, Queue au derrière, oreilles de Midas, De Cerberus les trois gueules en une, Mordant partout, aboyant à la lune.
Bref, en carré deux morceaux de linon Je ferai pendre au col du compagnon.
L'ourlet bien blanc, et la toile bien bleue : De prime abord, à ce portrait mignon.
Je gage, abbé, que ton chien battra queue *.
1. Dans un remarquable article à propos de Firon, M. Paul de Saint- Vie-
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Nymphes des bois^ s'il vous rencontre un jour, Ce beau sylvain, que je veux faire peindre. Ne fuyez point. Contre vous son amour N'entreprend rien : vous n'avez rien à craindre. Par courtoisie, il pourrait pourtant feindre Une algarade; alors doublez le pas, Pour feindre aussi : mais laissez- vous atteindre Vous le verrez dans un bel embarras !