ACTE III, SCÈNE VII
Nous sommes, vous et moi, membres de comédie. Notre corps n'admet point la méthode hardie De s'arroger ainsi la pleine autorité ; Et l'on ne connaît point chez nous de primauté.
bALIVEAU, à part.
C'est à moi de plier, après mon incartade.
DAMIS, gïiemeut.
Répétons donc en paix. Voyons, mon camarade. Te suis un fils...
BALIVSAU, à part.
J'ai ri. Me voilà désarmé.
DAMIS
Et vous, un père...
BALIVEAU
Eh! oui, bourreau, tu m'as nommé.
Je n'ai que trop pour toi des entrailles de père. Et ce fut le seul bien que te laissa mon frère. Quel usage en fais-tu? Qu'ont servi tous mes soins?
DAMIS
A me mettre en état de les implorer moins. Mon oncle, vous avez cultivé mon enfance. Je ne mets point de borne à ma reconnaissance. Et c'est pour le prouver que je veux désormais Commencer par tâcher d'en mettre à vos bienfaits; Me suffire à moi-même en volant à la gloire. Et chercher la fortune au Temple de Mémoire.
BALIVEAU
OÙ la vas-tu chercher ? Ce Temple prétendu (Pour parler ton jargon) n'est qu'un pays perdu, Où la nécessité, de travaux consumée, Au sein du sot orgueil se repaît de fumée. Eh ! malheureux ! crois-moi, fuis ce terroir ingrate Prends un parti solide et fais choix d'un état Qu'ainsi que le talent, le bon sens autorise; Qui te distingue et non qui te singularise; Où le génie heureux brille avec dignité. Tel qu'enfin le barreau l'offre à ta vanité.
Le barreau I
BALIVEAU
Protégeant la veuve et la pupille, C'est là qu'à l'honorable on peut joindre l'utile ; Sur la gloire et le gain établir sa maison, Et ne devoir qu'à soi sa fortune et son nom.
DAMIS
Ce mélange de gloire et de gain m'importune. On doit tout à l'honneur et rien à la fortune. Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier, A tout l'or du Pérou, préfère un beau laurier. L'avocat se peut-il égaler au poète ?
De ce dernier la gloire est durable et complète ; Il vit longtemps après que l'autre a disparu. Scarron même l'emporte aujourd'hui sur Patru.