ACTE III, SCÈNE VII
Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome,
Lieux propres autrefois à produire un grand homme.
L'antre de la chicane et sa barbare voix
N'y défiguraient pas l'éloquence et les lois.
Que des traces du monstre on purge la tribune,
J'y monte, et mes talents, voués à la fortune,
Jusqu'à la prose encor voudront bien dérogef.
Mais l'abus ne pouvant si tôt se corriger,
Qu'on me laisse, à mon gré, n'aspirant qu'à la gloire.
Des titres du Parnasse anoblir ma mémoire.
Et primer dans un art plus au-dessus du droit.
Plus grave, plus sensé, plus noble qu'on ne croit.
La fraude impunément, dans le siècle où nous sommes.
Foule aux pieds l'équité, si précieuse aux hommes :
Est-il, pour un esprit solide et généreux.
Une cause plus belle à plaider devant eux?
Que la fortune donc me soit mère ou marâtre,
C'en est fait : pour barreau, je choisis le théâtre;
Pour client, la vertu; pour lois, la vérité;
Et pour juges, mon siècle et la postérité.
BALIVEAU
I::h bien ! porte plus haut ton espoir et tes vues. A ces beaux sentiments les dignités sont dues, la moitié de mon bien remise en ton pouvoir, Parmi nos sénateurs, s'offre à te faire asseoir. Ton esprit généreux, si la vertu t'est chère. Si tu prends à sa cause un intérêt sincère, *
iNe préférera pas, la croyant en danger. L'effort de la défendre au droit de la juger.
.Non, mais d'un si beau droit l'abus est trop facile. L'esprit est généreux et le cœur est fragile. Qu'un juge incorruptible est un homme étonnant! Du guerrier le mérite est sans doute éminent; Mais presque tout consiste au mépris de la vie, Et de servir son roi la glorieuse envie, L'espérance, l'exemple, un je ne sais quel prix, L'horreur du mépris même inspire ce mépris. Mais avoir à braver le sourire ou les larmes D'une solliciteuse aimable et sous les armes! Tout sensible, tout homme enfin que vous soyez, Sans oser être ému, la voir presque à vos pieds ! Jusqu'à la cruauté pousser le stoïcisme ! Je ne me sens point fait pour un tel héroïsme. De tous nos magistrats la vertu nous confond, Et je ne conçois pas comment ces messieurs font. La mienne donc se borne au mépris des richesses ; A chanter des héros de toutes les espèces; A sauver, s'il se peut, par mes travaux constants. Et leurs noms et le mien des injures du temps. Infortuné ! je touche à mon cinquième lustre Sans avoir publié rien qui me rende illustre ! On m'ignore, et je rampe encore à l'âge heureux Où Corneille et Racine étaient déjà fameux!