‹ Œuvres choisies. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 56 sur 213 · ACTE III, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IX

DORANTE

Eh fi ! l'air ingénu sied mal à votre front, Ll eu doute affecté n'est qu'un nouvel affront.

DAMIS

C'est la pure franchise. En vérité^ j'ignore...

DORANTE

Quoi, monsieur? Que Lueile est celle que j'adore?

DAMIS

Non. Quand j'ai vu tantôt mes vers entre ses mains...

Vous m'avez insulté, c'est de quoi je me plains.

DAMlS.

En quoi donc?

DORANTE

Oui, c'est vous qui les lui faisiez lire.

DAMIS

Moi!

DORANTE

Vous. Plus je souffrais, plus je vous voyais rire..-,

DAMIS

De ce qu'innocemment, la belle, malgré vous. Révélait un secret dont vous étiez jaloux.

DORANTE

Non. Mais de la noirceur de cette âme cruelle. Et du plaisir malin de jouir avec elle ^

De la confusion d'un rival malheureux Que vous avez joué de concert tous les deux.

C'est à quoi votre esprit, depuis un mois, s'occupe; Mais je ne serai pas jusqu'au bout votre dupe. Je veux, de mon côté, mettre aussi les railleurs, Et votre épithalame ira servir ailleurs.

DAMIS

Ah ! ce mot échappé me fait enfin comprendre...

Songez vite au parti que vous avez à prendre.

DAMIS

Dorante !

DORAME.

Vous voulez temporiser en vain.

Renoncez à Lucile, ou l'épée à la main î

DAMIS

Opposons quelque flegme aux vapeurs de la bile :

La valeur n'est valeur qu'autant qu'elle est tranquille.

Et je vois...

DORANTE

Oh! je vois qu'un versificateur Entend l'art de rimer mieux que le point d'honneur.

DAMIS

C'en est trop. A vous-même, un mot eût pu vous rendre; Je ne le dirais plus, voulussiez-vous l'entendre. C'est moi qui maintenant vous demande raison. Cependant on pourrait nous voir de la maison. La place, pour nous battre, ici près est meilleure. Marchons !

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