‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 159 sur 274 · ODE AU PRINCE DE MELPHE · texte numérisé non relu

ODE AU PRINCE DE MELPHE

Si je voulois suivre Pindare, Qui en mille discours s'cgai'e Devant que venir à son poinct, Obscur je brouillerois cesle ode De cent propos : mais telle mode

1 Explétif. Rons., p. 20. 2. Entourant*. R.

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De louange ne me plaist point.

Il me plaist de chanter ta gloire D'un vers, lequel se face croire Par sa seule simplicité, Sans me distiller la cervelle Nuict et jour, pour rendre nouvelle Je ne sçay quelle antiquité.

Tirant d'une longue fable Un loz qui n'est véritable.

Pour farder l'honneur de ceux Qui, peints de telles louanges, Conune de plumes estranges, N'ont rien de louable en eux.

Si j*avais faute de matière.

Ou que d'une Uiade entière En toy je n'eusse l'argument, J'irois de ton antique race La vertu, l'honneur et la grâce Recercher sous le monument. . . [50] Mais comme errant par une prée *, De diverses fleurs diaprées, La vierge souvent n'a loisir, Panni tant de beautez nouvelles, De recognoistre les plus belles Et ne scait lesquelles choisir... [6]

Ainsi confus de merveilles Pour tant de vertus pareilles Qu'en toy reluire je voy, Je perds toute cognoissance.

Et pauvre par Tabondance Ne sçay que choisir en toy... [ÎU]

Allon voir, ma douce compagne, Les doux plaisirs de la campagne,

It Strophe célébra. Cf. lUtllherbe, p. iHô,

Ses prez, ses ondes et ses bois :

Là nous mènerons une vie Qui portera bien peu d'envie Aux délices des plus grands rois.

Allon voir ce bel édifice Que la nature et l'artifice Ont embelly de cent plaisirs :

Cest Aiz dont la belle demeure Peut arracher en moins d'une heure Nos plus ambitieux désirs.

Là d'une plaisante peine

Le cerf fuyant par la plaine

Ou le hèvre nous suvvrons :

Là sainctement solitaires,

Loin de procez et d'affaires,

Heureusement nous vivrons.

Là d'une musique fournie Nous orrons la douce harmonie, Dont les discors * mélodieux, De mille douceurs nompareilles Tirant l'ame par les oreilles, Nous feront compagnons des dieux.

Après le plaisir délectable Du luth, compagnon de la table, Nous gousterons les doctes sons, Les accords, la douceur, la grâce Dont mon Caraciol efface L'honneur des plus vieilles chansons.

Soit que de sa main divine

11 touche une ode latine,

Soit que d'une Thusque voix

Quelque beau chant il accorde.

Ou soit que changeant de corde

Il touche le luth francois... [54]

1. Sons qui ne vibrent pas à l'unisson (L.,hist., ex. identique).

Lorsqu' Apollon vient trci^bler sa prestresse De son divin et sainct affollement, Son teint, sa voix, il change horriblement, Et de mortel en elle rien ne laisse :

Mais aussi tost que ceste fureur cesse.

Son estomac enflé divinement Devient rassis, et tout soudainement Sa déité sous silence elle presse.

Et nul ne peut de Tamour bien chanter Si quelque objet ne se vient présenter.

Donc fi*il vous plaist que vos beautez je vnnle

AifoUez-moy de ceste douce eiTeur, Et m'inspirant une saincte fureur, Ouvrez ma bouche afin qu'elle vous chante.

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Si des nœuf Sœurs j*avois l'art mieux appris, Plus sobrement je voudrois en cscrire.

Pour ne donner occasion de dire Que mon sçavoir je mets à trop haut pris,

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