Figurer, dessiner*. B. 2. Conlideiils *. R. B
LES KËtiRETS. 203
•oc»-
Un plus sçavant que moy, Paschal, ira songer Avecques l'Ascréan dessus la double cyme ; Et pour estre de ceux dont on fait plus d'estime Dedans Fonde au cheval tout nud s'ira plonger.
Quant à moy, je ne veux, pour un vers allonger, M*accourcir le cerveau, ni pour polir ma rynie, Me consumer Tesprit d'une soigneuse lime, Frapper dessus ma table ou mes ongles ronger.
Aussi veux-je, Paschal, que ce que je compose Soit une prose en ryme ou une ryme en prose, Et ne veux pour cela le laurier mériter.
Et peut estre que tel se pense bien habile, Qui trouvant de mes vers la ryme si facile.
En vain travaillera, me voulant imiter.
oo
N*estant, comme je suis, encor exercité* Par tant et tant de maux au jeu de la Fortune, Je suivois d'Apollon la trace non commmie.
D'une saincte fureur sainctemint agité.
Ores ne sentant plus ceste divinité, Mais picqué du souci qui fïscheux m'imporlune, Une adresse j'ay pris beaucoup plus opportune A qui se sent forcé de la nécessité.
Et c'^est pourquoy (Seigneur) ayant perdu la trace, Que suit vostre Ronsard par les champs de la grâce. Je m'adresse où je voy le chemin plus batu :
li £iei\Cifi'cqi uuxvi*s* (L., élyiiii; les deux formes daub N.);
Ne me bastant * le cœur, la force, ni l'haleine, De suivre, comme luy, par sueur et par peine, Ce pénible sentier qui meine à la vertu.
-oo
(^ Je ne veux feuilleter les exemplaires grecs,
Je ne veux retracer les beaux traicts d'un Horace,
Et moins veux imiter d'un Pétrarque la grâce,
Ou la voix d'un Ronsard, pour chanter mes regrets.
Ceux qui sont de Phœbus vrais poètes sacrez Animeront leurs vers d'une plus grande audace : Moy, qui suis agité d'une fureur plus basse, Je n'entre si avant en si profonds secrets.
Je me contenteray de simplement escrire Ce que la passion seulement me fait dire.
Sans recercher ailleurs plus graves argumens.
Aussi n'ay-je entrepris d'imiter en ce livre Ceux qui par leurs escrits se vantent de revivre, Et se tirer tout vifs dehors des monumens.
•oo
"^ Ceux qui sont amoureux leurs amoiurs chanteront. Ceux qui ayment llionneur chanteront de la gloire. Ceux qui sont près du roy publieront sa victoire. Ceux qui sont courtisans leurs faveurs vanteront :
Ceux qui ayment les arts les sciences diront. Ceux qui sont vertueux pour tels se feront croire, Ceux qui ayment le vin deviseront de boire.
Ceux qui sont de loisir de fables escriront :
1. Suflisaot, du verbe baster, Th. Fr. Gl.; Joiiain, Gl. SainU; sufKre« êlre ea état (L.; Roquuf.; Et. Pas (nier, éd. Feu j;.).
Ceux qui scHit mesdtsans se plairont à mesdire, Ceux qui sont moins fascheux diront des roots pour rire, Ceux qui sont plus Yaiilans vanteront leur valeur :
Ceux qui se plaisent trop chanteront leur louange, Ceux qui veulent flatter feront d'un diable un ange : Moy, qui suis malheureux, je plaindray mon malheur.
oo
las ! où est maintenant ce mespris de fortune? Où est ce cœur vainqueur de toute adversité, Cest honneste désir de l'immortalité, Et ceste honneste flamme au peuple non conunune ?
Où sont ces doux plaisirs qu'au soir, sous la nuict brune, Les Muses me donnoient, alors qu'en liberté Dessus le verd tapy d'un rivage esquarté Je les menois danser aux rayons de la lune * ?
Maintenant la fortune est maistresse de moy.
Et mon cœur, qui souloit astre maistre de soy, Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuyent.
De la postérité je n'ay plus de soucy, Ceste divine ardeur, je ne l'ai plus aussy, Et les Muses de moy, comme estranges', s*enfuyent.
-oo-
Ce pendant que la court mes ouvrages lisoit.
Et que la sœur du roy, l'unique Marguerite, Me faisant plus d'honneur que n'estoit mon mérite, De son bel œil divin mes vers favorisoit,
Une fureur d'esprit au ciel me conduisoit D'une aile qui la mort et les siècles évite ;