ÉLÉGIE D'AMOUR
S'il m*cn souvient, vous me disles un jour.
En vous tenant quelque propos d'amour, Que vous n'estiez de si léger courage Que de juger du cœur par le visage :
Qu'Amour si tost ne se peut enflammer, Qu'il faut premier cognoistre que * d'aimer.
Et que hastif je voulois faire gerbe D'une moisson qui est encor' en herbe.
Vos argumens sont fort à redouter, Mais s'il vous plaist mes raisons escouter.
Vous cognoistrez qu'à vaincre ils sont faciles. Et qu'ils ne sont ni Hectors ni Achilles.
Quant au premier, je ne veux soustenir Que vous deviez pour oracle tenir Tout ce qu'on dit, ni que (soit vraye ou feinte) Dessus le front tous] ours l'amour soit peinte. Les cœurs humains un labyrinthe sont, Qui maints destours, maintes cachettes ont, Où l'on se perd, qui n'a le fil pour guide D'un bon esprit, et jugement solide.
Or avez-vous l'esprit si cler-voyant, Que nul destour, tant soit-il fourvoyant.
Vos pas certains pourroil tromper, en sorte Qu'ils n'ayent tousjours la raison pour escorte ? Vos yeux, Madame, ont pouvoir de percer La nue espesse, et le ciel traverser, Passer le roc, sonder le creux de l'onde.
Et voyager sous la terre profonde.
Qui pourroit donc empescher leur vigueur De pénétrer au plus profond d'un cœur,