Premier que, avant que
Kt là au vray descouvrir la pensée
D'un amoureux, s'elle * est saine ou blessée ?
Quant est de moy, je ne pris oncq plaisir A contrefaire un amoureux désir.
Comme ceux là qui aiment par la plume, Et, sans aimer, font Tamour par coustume.
Je ne suis point si subtil artisan Que de pouvoir, d'un pailler courtisan, D'un faux souspir et d'une larme feinte Monslrer dehors une amitié contraincte.
Dissimulant mon visage par art. Car je ne suis ni Thuscan, ni Lombard.
Qu'Amour si tost en nos cœurs ne s'enflamme.
Certainement je confesse, Madame, Que qui de soy ne se peut enflammer, Le temps luy sert de beaucoup à aimer :
Et n'a dit mal, qui dit qu'à sa naissance L'amour est faible et de peu de puissance.
Mais il s'entend de ces froides amours Qui sont ainsi qu'on void un petit ours, Lequel n'est rien qu'une masse difforme, A qui sa mère en léchant donne forme.
Le vray amour naist du premier regard.
Et ne veut point se façonner par art :
Et c'est pourquoy ces moitiés séparées.
Estant jadis par le monde égarées.
Se retrouvans si bien se rejoignoient.
Que jamais plus elles ne s'esloignoient.
J'ay plusieurs poincts, que je pourrois induire A ce propos, si je voulois déduire Ce fait au long, et demonstrer comment L'amour s'engendre en nous premièrement.
Quelle est sa fin, son essence et nature, D'où vient souvent qu'on aime à l'adventure Un incognu, et ne sçait-on pourquoy.