MÉTAMORPHOSE D'UNE ROSE
Comme sur l'arbre sec la veufvc tourterelle Regrette ses amom*s d'une triste (juerelle *, Ainsi de mon mary le trespas gémissant, En pleurs je consumois mon aage languissant :
Quand pour chasser de moy ceste tristesse enclose, Mon destin consentit que je devinsse rose.
Qui d'un poignant hallicr se hérisse à l'entour, Pour Taire résistance aux assauts de l'amour.
Je suis, comme j'estois, d'odeur naive et franche. Mes bras sont transformez en espineuse branche, Mes pieds en tige' verd, et tout le demeurant De mon corps est changé en rosier bien fleurant.
Les plis de mon habit sont escailleuses poinctes. Qui en rondeur csgalle autour de moy sont joinctes : Et ce qui entr' ouvert monstre un peu de rougeur Imite de mon ris la première douceur.
Mes cheveux sont changez en feuilles qui verdoyent, Et ces petits rayons, qui vivement flamboyent Au centre de ma rose, imitent de mes yeux Les feux jadis égaux à deux flammes des cieux.
La beauté de mon teinct à l'aurore pareille N'a du sang de Venus pris sa couleur vermeille, Mais de ceste rougeur que la pudicité Imprime sur le front de la virginité.
Les grâces, dont le ciel m'avoit favorisée, Or' que rose je suis, me servent de rosée.
Et l'honneur qui en moy a fleury si long temps, S'y garde encor entier d'un éternel printemps.
La plus longue frescheur des roses est bornée Par le cours naturel d'une seule journée :
\. Plainte •. 2. Alors masc*. R. B.
Mais cesle gayeté qu'on voit en moy fleurir, Par l'injure du temps ne pourra dépérir,
A nul je ne défends ni l'odeui' ni la veue, Mais si quelque indiscret vouloit à Timpourveue * S'en approcher trop près, il ne s'en iroit point Sans esprouyer comment ma chaste rigueur poingt>.
Que nul n'espère donc de ravir ceste rose, Puisqu'au jardin d'honneur elle est si bien enclose, Où plus soigneusement elle est gardée encor Que du dragon veillant n'estoient les pommes d'or.
Celuy qui la vertu a choisi pour sa guide', Ce sera celuy seul qui en sera l'Alcide :
A luy seul j'ouvriray la porte du verger *, Où heureux il pourra me cueillir sans danger.
Qu'auti'ement on n'espcre en mon coem» faire bresche Car je ne crains Amour, ni son arc, ni sa flesche : J'esteins, comme il me plaist, son brandon furieux, Les ailes je luy couppe et débande les yeux.
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