‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 254 sur 274 · Dissimulation % rem et hist.j N · texte numérisé non relu

Dissimulation % rem et hist.j N

L'usage et différence et vertu d'un chacun,

Lesquels* pour présider en la part plus insigne,

Sont de plus gi'and service et qualité plus digne :

Comme l'œil, le sentir et ce nerf sinueux,

Qui par le labyrinth' * d'un chemin tortueux

Le son de l'air frappé conduit en la partie.

Qui discourt sur cela dont elle est avertie :

Le pertuis de l'ouye et les trois petits os,

Qui sont à cest effect en nos tempes enclos :

De quel sage artifice et nécessaire usage

La nature a hasti ce petit cartilage.

Qui, de l'oreille estant le fidèle portier,

Droit sur le petit trou du caverneux sentier

Bat éternellement, si d'une humeur espesse.

Qui pour sa grand' froideur résoudre ne se laisse,

Son bat * continuel ne se treuve arresté.

D'où vient ce fascheux mal, qu'on nomme surdité :

Fascheux à l'ignorant, qui ne se fortifie

Des divines raisons de la philosophie.

Je ne veux estrc icy de la secte de ceux Qui disent n'eslre mal, tant soit-il angoisseux, Fors celuy dont nostre ame est atteinte et saisie. Et que tout auti'e mal n'est que par fantasie. Combien que le né sourd est pai* tel vice exclus Du sens qu'on dit acquis, ne s'en fasche non plus (Comme l'on peut juger) que d'estre né sans ailes Ou n'esgaller au cours les bestes plus isnelles ', En force les taureaux, les poissons au nager. Ou de ne se pouvoir, comme un dsQmon, changer : D'autant que le regret vient de la cognoissance Du bien duquel on a perdu la jouissance.

Et qu'on ne doit aucun estimer malheureux Pour ne jouir du bien dont il n'est désireux. Non plus qu'est un cheval ou autre beste telle

1. L'e e^t surabouilaul i voy. 2. Ballement (L. : Bat., 1). \i. 250. 5. HapideS"".

Pour n'avoir comme nous la raison naturelle.

Si est-ce toutefois que pour l'homme estre né Un animal docile,, auquel est ordonné, Contre le naturel de chacune autre beste, D'eslever, plus divin, aux estoiles la leste, Si, par estre né sourd, il ne peut concevoir Rien plus haut que cela que ses yeux peuvent voir, Sans cognoistre ccluy qui homme l'a fait naistre, Malheureux je l'estime, or' qu'il ne le pense estre : Aussi bien que l'on dit (et nous tenons ce poinct) N'estre plus grand malheur que cil * de n'estre point.

Mais cestuy là, Ronsard, qui n'est sourd de nature, Ains * l'est par accident, s'il a par noumture Quelque sçavoir acquis, c'est un sourd animal, Privé d'un peu de bien et de beaucoup de mal. Car tout le bien qu'on peut recevoir par l'oreille Procède ou d'un doux son, qui nostre esprit reveille. Ou d'un plaisant propos, dont nostre entendement Reçoit en l'escoutant quelque contentement.

Or' celuy qui est sourd, si tel défaut luy nie Le plaisir qui provient d'une douce harmonie. Aussi est-il privé de sentir mainte fois L'ennuy d'un faux accord, une mauvaise voix, Un fascheux instrument, un bruit, une tempesle, Une cloche, une forge, un rompement de teste, Le bruit d'une charrette et la douce chanson D'un asne qui se plaingt en effroyable son.

Et s'il ne peut gouster le plaisir délectable Qu'on a d'un bon propos qui se tient à la lable. Aussi n'est-il suject à l'importun caquet D'un indocte prescheur ou d'un fascheux parquet , Au babil d'une femme, au long prosne d'un prestre. Au gronder d'un vallet, aux injures d'un maistre, Au causer d'un bouffon, aux broquars d'une com't, Qui font cent fois le jour désirer d'eslre sourd.

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