‹ Œuvres choisies, pub. avec une notice biographiqueChapitre 3 sur 274 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Les œuvres choisies de Joachim du Bellay forment le troisième volume de la collection des poêles du seizième siècle, collection que nous espérons conduire à bonne fin dans un avenir rapproché. Si, après Ronsard, nous avons donné la préférence à Baïf, c'est que les éditions de ce dernier s.ont d'une excessive rareté et d'un prix désespérant pour les bibliophiles. Il n'en est pas de même des' œuvres de Joachim du Bellay : les moindres bibliothèques en possèdent de bonnes éditions du seizième siècle. De plus elles ont été rééditées en 1866, par M. Marty- Lave^iux, et forment deux des volumes déjà parus de la Pléiade Française. En outre, dès 1841, M. Pavie avait publié les Œuvres choisies, précédées d'une notice biographique écrite par Sainte-Beuve. Du Bellay était ainsi en possession d'une réputation qui, après avoir traversé le dix-septième siècle, nous était arrivée presque intacte : il pouvait attendis. Sainte- Beuve d'ailleurs avait ressenti pour du Bellay une sympathie qui le ramena vers lui à plusieurs reprises ; et il avait entretenu autour de son nom ce bruit cher à la mémoire des poêles Après lui avoir consacré plusieurs pages dans V Histoire de la Poésie française au seizième siècle y il y revint en 1842;

Yi AVERTISSEMENT.

et, dans la seconde édition de cet ouvrage, il s'étendit de nouveau sur du Bellay dans un appendice considérable. La publication de M. Marty-La veaux fournit au critique une nouvelle occasion de se développer encore et tout à loisir sur ce favori des Muses. Cette fois, ce fut pendant un temps inusité qu'il maintint l'attention du monde lettré sm* du Bellay, dans les cahiers d'avril, de juin et d'août du Journal des savants^, l

Après les articles étendus et complets de Sainte- Beuve, l'étude biographique de M. Marty-Laveaux, la publication de quelques sonnets inédits par M. de Montaiglon, et le mémoire de M. Révillout au ,

sujet des lettres de du Bellay conservées à Montpellier, il semble difiicile, à moins de découvertes inattendues, de dire désormais des choses bien neuves sur Joachim du Bellay. C'est pourquoi nous avons cru qu'en télé de ses Œuvres choisies il convenait de ne pas s'étendre outre mesm^ sur un sujet aussi familier aux lecteurs. Il faut prendre son parti de quelques points obscurs, et passer outre, laissant à l'avenir et au hasard le soin de résoudre les petits problèmes encore insolubles que présentent la vie de du Bellay. Notre notice biographique sera donc aussi courte que possible ; nous ne négligerons pas cependant l'occasion de poiler un jugement sur le poëte et sur ses œuvres.

Cette édition est faite sm* le plan précédemment adopté pour les éditions de Ronsard et de Baïf. Les notes sont concises, et toutefois, au moyen d'un système d'abréviations déjà connu des lecteui's, four- ,

i. Ces trois articles furent réimprimés dans le treizième et dernier volume des Nouveaux Lundis,

AVERTISSEMENT. vu

nissent d'assez nombreux renseignements philologiques. Les lettres Rou B, placées à la suite des notes, renvoient aux remarques faites au sujet du même mot dans les éditions de Ronsard ou de Baïf. L'annotation et les index relieront ainsi les uns aux autres tous les volumes consacrés aux poètes du seizième siècle.

La publication des œuvi'es de du Bellay offrira

; toujours deux sortes de difficultés, les unes relatives à

la distribution des pièces, les autres à l'orthogi^aphe. Quelques recueils publiés par du Bellay forment un tout complet, peu susceptible de modifications : tels sont, pai* exemple, VOlive, les Regrets, les Antiquités de Rome ; mais d'autres, tels que les Œuvres poétiques^ le Recueil de poésie, etc., reçurent des additions successives et ne préswitent pas une composition identique dans les diverses éditions. On hésite souvent sur ia place qu'il convient de donner à une pièce. Nous n'avons pas cru nécessaire d'adopter les ti*anspositions faites par M. Marty-Laveaux : il s'agissait ici d'oeuvres choisies, et il nous a pain utile de nous conformer au plan des éditions qui sont le plus communément entre les mains des lecteurs modernes.

Quant à l'orthographe nous avons sciemment mis de côté celle des premières éditions, suivie au contraire très-fidèlement par M. Marty-Laveaux. Du Bellay, comme il l'avoue ingénument dans la préface de V Olive, se souciait fort peu des différents systèmes adoptés par les écrivains de son temps. Par

, paresse et par indifférence, il corrigeait fort négli-

gemment ses épreuves, et il laissait cavalièrement

f les fautes sur la conscience de ses éditeurs. Les

vni AVERTISSEMENT.

proies et les correcteurs, se sentant la bride sur le cou, se laissaient aller volontiers à tous leurs caprices, introduisant partout ces lettres parasites que le peuple par instinct avait rejeté de la prononciation et que les savants d'alors s'ingéniaient à reprendre aux formes littéraires du latin. Ce que nous offrent donc les différentes éditions des œuvres de du Bellay, c'est l'orthographe assez prétentieuse des imprimeurs et non l'orthographe raisonnée ou instinctive du poëte. C'est ainsi que partout le pluriel des mots en é et la seconde persoime du pluriel des verbes sont adoucis en ez^ tandis que du Bellay, comme le témoignent les lettres manuscrites de Montpellier, se sert toujours de la terminaison es. Nous nous sommes donc contentés de prendre une édition estimée des œuvres complètes, celle de Rouen, 1597, et d'en adopter l'orthographe, en choisissant encore parmi les formes diverses d'un mot celle qui se rapproche le plus de la prononciation et de l'orthogi-aphe actuelles. En résumé nous avons évité de vieillir sans nécessité l'orthographe d'un poëte qui est bien souvent moderne par le style ou par la pensée.

Après avoir dit en quoi nous nous sommes séparés de M. Marty-Laveaux, il est juste d'ajouter que nous avons eu constamment son édition sous les yeux et que nous lui devons beaucoup tant pour l'établissement que pour l'éclaircissement du texte. Nous avons d'ailleurs eu le soin d'indiquer* toutes les remarques que nous lui avons empruntées.

Page 1