Peu s'en faut*. B. 3. Voy.la Déf.de la langue fr
2. Vùy. la Vie de Virgile, par 4. Horace, Èpit., I, m, 18. l)onat. Notes de M. H.-L. Notes de M. M.^L.
de finir mes sonnets par ceste grâce, qu'entre les autres langues s'est faict propre l'epigramme françois, diligence qu'on peut facilement recognoistre aux œuvres de Cassola italien, disent, pour ceste raison, que je l'ay imité, bien que de ce temps-là il ne me fust cogneu seulement de nom, ou Apollon jamais ne me soit en aide. Je ne me suis beaucoup travaillé en mes escripts de ressembler autre que moy-mesme : et si en quelque endroit j'ay usurpé quelques figures et façons de parler à l'imitation des estrangers, aussi n'avoit aucun loy ou privilège de le me defencfre. Je dy encor' cecy, lecteur, à fin que tu ne penses que j'aye rien emprunté des nostres, si d'adventure tu venois à rencontrer quelques epithetes, quelques phrases et figures prises des anciens et appropriées à l'usage de nostre vulgaire. Si deux peintres s'eiïbrcent de représenter au naturel quelque vif pourtraict, il est impossible qu'ils ne se rencontrent en mesmes traicts et linéamens, ayans mesme exemplaire ^ devant eux. Combien voit-on entre les Latins imitateurs des Grecs, entre les modernes Italiens imitateurs des Latins, de commencemens et de fins de vers, de couleurs et figures poétiques quasi semblables? Je ne parle point des orateurs. Ceux qui voudront considérer le style des Ciceroniens ou autres ne trouveront estrange la ressemblance qu'ont ou pourront avoir les poëmes françois, si chacun s'efforce d'escrire par imitation des estrangers. Tous arts et sciences ont leurs termes naturels. Tous mestiers ont leurs propres outils. Toutes langues ont leurs mots et locutions usitées : et qui n'en voudroit user, il se faudroit forger à part nouveaux arts, nouveaux mestiers et nouvelles langues. Ce que j'ay dict, cestuy-cy l'a dict encor', et cestuy-là* : aussi les Muses n'ont restraint, ny enfermé en l'esprit de deux ou trois tout ce qui se peut dire de bonne grâce en nostre poésie. S'il y a quelques fautes en mes escrits,
i. Modèle (L.). p. 328, des citations de Montai
2. Voy. A. Chénier, éd. 1872, gne, la Fontaine et la Bruyère.
aussi ne sont tous les autres parfaicts. Ceux ([ui avec raison me voudront faire ce bien de me reprendre, je mettray peine d*en faire mon profit. Car je ne suis du nombre de ceux (pii aiment mieux défendre leurs fautes que les corriger. Mais si quelques-uns directement ou indirectement (comme on dict) me vouloyent taxer, non point avec la raison et modestie accoustumées en toutes honnestes controversies ' de lettres, mais seulement avec une petite manière d'irrision* et contoumement de nez, je les adverty qu'ils n'attendent aucune response de moy : car je ne veux pas faire tant d'bonneur à telles besies masquées, que je les estime seulement dignes de ma cbolere. Si quelques-uns Youloyent renouyeller la farce de Marot et de Sagon, je ne suis pour les en empescher ; mais il faut qu'ils cerchent autre badin pour jouer ce rolle ayecques eux. Yoila un petit dessein, lecteur, de ce que je pourroy' bien respondre à mes calomniateurs si je vouloy' prendre la peine de leur tenir plus long propos. Quant à ceux qui blasment en moy ceste estude poétique, comme totalement innutile, s'ils veulent combattre contre la poésie, elle a des armes pour se desfendre : s'ils plaignent l'empescbement de ma promotion, je les i^emercie de leur bonne volonté. Ceux qui aiment le jeu, les banquets et autres menus plaisirs, qu'ils y passent et le jour et la nmct si bon leur semble. Quant à moy, n'ayant autre passe-temps de plus grand plaisir, je donneray volontiers quelques heures à la poésie. Et combien ce m'est un labeur peu laborieux et coustumier, si ce n'est ou faisant quelque voyage, ou en un lieu qui n'ait autre plus joyeuse occupation, bien l'entendent ceux qui me hantent de h* miliarité. J'aime la poésie, et me tire bien souvent la Muse (comme dict quelqu'un ') furtivement en son œuvre t mais je n'y suis tant affecté * que facilement je ne m'en Retire, si la fortune me veut présenter quelque chose où
i. Controverse (L., hist.; N.). 3. Ovide, TWstet» IV^ x, 19. 2. Moquerie (L., qui ne cite Notes de M. M.-Li (tueCotgrave; N.). 4» Appliqué*
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avecipieB plus grand fruict je puisse occuper mon esprit. Je te prie doncques, amy lecteur, me faire ce bien de penser que ma petite Muse, telle qu'elle est, n*est toutefois esdaye ou mercenaire comme d*un tas de rimeurs à gages : elle est serve tant seulement de mon plaisir. Je te prie encores ne trouver mauvais cest advertissement, ou t'ennuyer de sa longueur, comme outrepassant les bornes d'une epistre. En recompense de quoy, je te fay présent de mon Olive, augmentée de plus de la moitié, et d'une Musagncsomachie, c'estr-à-dire la Guerre des Muses et de rignorance. Ceux qui ne trouvent rien bon, sinon ce qui sort de leur main, y trouveront à mordre en beaucoup de lieux : mesme en cest endroit où je fay mention de quelques sçavans hommes de nostre France. Les uns diront que j'en ay laissé, que je ne devoy' pas oublier; les autres, que je n'ay pas gardé Tordre, nommant quelques-uns les derniers, qui meritoyent bien estre au premier rang. Je n'ay qu'une petite response à toutes ces objections frivoles : c'est que mon intention n'estoit alors d'escrire une histoire mais une poésie. £t combien ce genre d'escrire est peu conscientieux en telles choses, je m'en rapporte seulement à ceux qui l'entendent. Mais pourquoy prens-je tant de peine, lecteur, à préoccuper * l'excuse de ce qui sera trouvé (peut estre) la moindre faute de mes œuvres? J'ay toujours estimé la poésie comme un somptueux banquet, où chacun est le bien venu, et n^y force l'on personne de manger d'une viande, ou boire d'un vin s'il n'est à son goust, qui le sera (possible) à celuy d'un autre. C'est encor' la raison pourquoy j'ay si peu curieur sèment regardé à l'orthographe, la voyant aujourd'huy aussi diverse qu'il y a de sorte d'escri vains*. J'approuve et loue grandement les raisons de ceux qui l'ont voulu reformer; mais voyant que telle nouveauté desplaist autant aux doctes conmie aux indoctes, j'aime beaucoup mieux
1. Présenter d'avance, préve- 2. Et d'imprimiurs, aurait-il nir, lat. (L., ex. de Malh. ; N.). dû ajouter.
louer leur intention que la suyvre : pource que je ne fay pas imprimer mes œuvres en intention qu'ils serrent de cornets aux apoticaires, ou qu'on les employé à quelque autre plus yil mestier. Si tu trouves quelques fautes en l'impression tu ne t'en dois prendre à moy, qui m'en suis rapporté à la foy d'autruy : puis le labeur de la correction est tel, singulièrement en un œuvre nouveau, que tous les yeux d'Argus ne fourniroyent à voir les fautes qui s'y trouvent.
Adieu, amy lecteur.