CHAPITRE I
DE l'origine des LANGUES^
Si là nature (dont quelque personnage de gi^and* renommée non sans raison a douté, si on la devoit appeller mère ou marastre^) eust donné aux hommes un commun vouloir et consentement, outre les inniçmerables* commoditez qui en fussent précédées, l'inconstance humaine n'eust eu besoin de se forger tant de manières de parler. Laquelle diversité et confusion se peut à hon droit appeller la tour de Babel. Doncques les langues ne sont nées d'elles mesmes en façon d'herbes, racines et arbres, les unes infirmes et débiles en leurs espèces, les autres saines et robustes, et plus aptes à porter le fais des conceptions humaines : mais toute leur vertu est née au monde du vouloir et arbiti*e des mortels. Cela (ce me semble) est une grande raison pourquoy on ne doit ainsi louer une langue, et blasmer l'autre, veu qu'elles viennent toutes