‹ Œuvres choisies;Chapitre 10 sur 64 · SCÈNE IL SERISAY, CHAPELAIN, S1LHON, BOISROBEIU · texte numérisé non relu

SCÈNE IL SERISAY, CHAPELAIN, S1LHON, BOISROBEIU

SERISAY, à Chapelain.

Vous attendiez ici une heure fortunée Où la réforme enfin doit être terminée.

CHAPELAIN

Depuis plus de huit ans nous attendons ce jour,

Où doit être réglé tout langage dë cour.

Mais que les ignorants vont en dire d'injures !

SERISAY.

Nous saurons mépriser de sots et vains murmures.

BOISROBERT

Nous allons bientôt voir un de nos mécontents Résolu de se plaindre et de nous et du temps.

CHAPELAIN

C'est Silhon, irrité contre l'Académie, Et prêt à la traiter de mortelle ennemie.

SERISAY.

Et de sa haine encor quel est le fondement ?

CHAPELAIN

Nous réformons un mot propre au raisonnement. Il laissera sans or tous discours politiques, Et n'écrira jamais des affaires publiques. Silhon est violent : s'il parle contre nous

DE SAÏNT-ÉVREMOND,

SERISAY.

Monsieur le chancelier calmera son courroux.

BOISROBERT

Faut-il un chancelier pour calmer sa colère; Godeau m'a répondu d'entreprendre l'affaire : Il doit attaquer or, que Silhon aime tant, Aussi bien que parfois, et pour ce que, et d'autant

SILHON entre.

À dire vrai, messieurs, c'est une chose étrange : On a beau mériter honneur, gloire, louange; Affermir tant qu'on peut l'autorité des lois ; Faire service à Dieu, travailler pour les rois ; Prescrire le devoir et du peuple et du prince ; Instruire un potentat à régler sa province 1 : Il faut avoir l'affront de voir des esprits doux Gagner chez nos auteurs plus de crédit que nous

SERISAY.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit cette injustice

BOISROBERT

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a vu du caprice

SILHON.

Les siècles, Boisrobert, sont assez différents : On blâmait autrefois les hommes ignorants ; La science aujourd'hui donne fort peu d'estime : En savoir plus que vous n'est pas un petit crime.

BOISROBERT

J'aime les ignorants d'avoir tant de bonheur.

SILHON.

Vous n'avez pas manqué d'acquérir cet honneur.

SERISAY.

Eli ! pour l'amour de moi finissez la querelle,

Soyons, soyons unis d'une amitié fidèle.

Encor, monsieur Silhon, de quoi vous plaignez-vous ?

BOISROBERT

Un mot qu'on veut changer lui donne ce courroux.

1 Silhon a fait un traite de l'Immortalité de l'âme, un livre de politique intitule le Ministre d'État, et quelques autres ouvrages. (D. M.)

SILHON.

C'est un mot, il est vrai, mais de grande importance.

BOISROBERT

On pourrait s'en passer bien mieux que de finance.

SILHON.

Il est pourtant utile, et le sera toujours. Or trouve bien sa place en de graves discours. En affaire, au barreau, dans la théologie, Or est fort positif et de grande énergie.

SERISAY.

Je vois venir à nous la sibylle Gournai :

Quel supplice, bon Dieu ! m'avez-vous ordonné !

SILHON.

Elle mérite bien que vous fassiez cas d'elle.

BOISROBERT

A soixante et dix ans elle est encore pucelle.

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