SCÈNE II
SAINT-AMANT, FARET, CHAPELAIN, GOMBAULD, SERISAY, M. LE CHANCELIER, etc.
SAINT-AMANT
Pour tout emploi chez vous, seigneurs académiques, Nous serons vos buveurs et poètes bachiques.
FARET
Nous perdons le respect ; mais, ô grand chancelier, Vous aurez la bonté de vouloir l'oublier.
CHAPELAIN
Il ne vous reste plus qu'à parler de la guerre, Qui dans le cabaret se fait à coups de verre.
1 L'Académie Savait point au commencement de lieu fixe pour tenir ses assemblées. On les tenait tantôt chez un des académiciens, et tantôt chez un autre; mais enfin, dit M. Pellisson, en Tannée 1643, le 16 février, après la mort du cardinal de Richelieu, M. le chancelier fit dire à la compagnie qu'il désirait qu'à l'avenir elle s'assemblât chez lui. M. le chancelier n'était pas encore protecteur de l'Académie, cependant M. de Saint-Évremond a trouvé à propos de supposer le contraire, supposition qui lui fournit plusieurs traits fort plaisants. (D. M.)
GOMBAULD
Qu'à dire des chansons qui vantent la liqueur Dont le père Bacchus réjouit votre cœur.
SAINT-AiJANT.
Prenez soin de notre langage, Auteurs polis et curieux ; Et nous laissez le doux usage D'un vin frais et délicieux.
Que d'Apollon la docte troupe, Vieillisse à réformer les mots ; Celle de Bacchus dans la coupe Ira chercher sa joie et trouver son repos.
FARET
Si l'esprit et la suffisance,
Si l'avantage de raison,
Ne paraissent point dans l'enfance,
Et demeurent comme en prison, C'est qu'on suce le lait d'une pauvre nourrice i Et Dieu, qui conduit tout sagement à sa fin, De nos divins talents réserve Y exercice Pour le temps précieux que nous boirons du vin.
SERISAY.
Nous sommes satisfaits de vos stances bachiques. Et vous êtes reçus buveurs académiques.
Mais de peur de vieillir à réformer les mots, Nous allons travailler, laissez-nous en repos : La chose qui se traite est assez d'importance,
FARET
Nous nous tairons.
M. LE CHANCELIER
Sortez ; c'est le mieux, que je pense.
FARET
Si nous vous offensons, monsieur le chancelier. Vous aurez la bonté de vouloir l'oublier.