DISSERTATION SUR LE MOT VASTE
A Messieurs de l'Académie française.
Après m'être condamné moi-même sur le mot Vaste, je me persuadais qu'on devait être content de ma rétractation : mais puisque Messieurs de l'Académie ont jugé à propos que leur censure fût ajoutée à la mienne, je déclare que mon désaveu n'était pas sincère ; c'était un pur effet de docilité et un assujettissement volontaire de mes sentiments à ceux de madame Mazarin 1. Aujourd'hui, je reprends contre eux la raison que j'avais quittée pour elle, et que tout honnête homme ferait vanité d'avoir perdue.
On peut disputer à Messieurs de l'Académie le droit de régler notre langue comme il leur plaît. 11 ne dépend pas des auteurs d'abolir de vieux termes, par dégoût, et d'en introduire de nouveaux, par fantaisie. Tout ce qu'on peut faire pour eux, c'est de les rendre maîtres de l'usage, lorsque l'usage n'est pas contraire au jugement et à la raison. Il y a des auteurs qui ont perfectionné les langues ; il y en a qui les ont corrompues ; et il faut revenir au bon sens, pour en juger. Jamais Rome n'a eu de si beaux esprits que sur la fin de la république : la raison en était qu'il y avait encore assez de liberté, parmi les Romains, pour donner de la force aux esprits, et assez de luxe pour leur donner de la politesse et de l'agrément. En ce temps, où la beauté delà langue était à son plus haut point ; ce temps où il y avait à Rome de si grands génies : César, Salluste, Cicéron, Hortensius, Brutus, Asinius Pollio, Curion, Catulle, Atticus, et beaucoup d'autres
Voici quelle fut l'occasion qui donna sujet à Saint-Evremond d'écrire celte dissertation. La duchesse avait dit : en louant Richelieu, qu'il avait l'esprit vaste; Saint-Évremond prétendit que l'expression n'était pas juste, et la discussion s'animant, on convint de s'en rapporter à l'Académie française, qui, consultée par l'abbé de Saint-Réal, décida que la critique de Saint-Evremond n'était pas fondée. Ce dernier répondit par la Dissertation que voici. (Note de M. Ch. Giraud.)
qu'il serait inutile de nommer; en ce temps, il était juste de se soumettre à leur senliment, et de recevoir avec docilité leurs dé- \ cisions. Mais lorsque la langue est venue à se corrompre, sous les empereurs, lorsqu'on préférait Lucain à Virgile, et Sénèque à Cicéron, était-on obligé d'assujettir la liberté de son jugement à l'autorité de ceux qui faisaient les beaux esprits? Et Pétrone n'est-il pas loué par tous les gens de bon goût, d'en avoir eu assez pour tourner en ridicule l'éloquence de son temps, pour avoir connu le faux jugement de son siècle, pour avoir donné à Virgile et à Horace toutes les louanges qui leur étaient dues? Borneras testis et tyrici, Romanusque Virgilius, et Horatii curiosa félicitas1.
Venons des Latins aux Français. Quand Nervèze2 faisait admirer sa fausse éloquence, la cour n'aurait-elle pas eu obligation à quelque bon esprit qui l'eût détrompée? Quand on a vu Coëffeteau charmer tout le monde, par ses métaphores, et que les maîtresses voiles de son éloquence 5 passaient pour une merveille ; quand la langue fleurie de Cohon4, qui n'avait ni force, ni solidité, plaisait à tous les faux polis, aux faux délicats; quand l'affectation de Balzac, qui ruinait la beauté naturelle des pensées, passait pour un style majestueux et magnifique, n'aurait-on pas rendu un grand service au public de s'opposer à l'autorité que ces messieurs se donnaient, et d'empêcher le mauvais goût, que chacun d'eux a établi différemment, dans son temps?
J'avoue qu'on n'a pas le même droit, contre Messieurs de l'Académie. Vaugelas, d'Ablancourt, Patru, ont mis notre langue dans sa perfection; et je ne doute point que ceux qui écrivent, aujourd'hui, ne la maintiennent dans l'état où ils l'ont mise. Mais si quelque jour une fausse idée de politesse rendait le discours faible et languissant ; si pour aimer trop à faire des contes et à écrire des nouvelles, on s'étudiait à une facilité affectée, qui ne peut être autre chose qu'un faux naturel ; si un trop grand attachement à la pureté produisait enfin de la sécheresse ; si pour
1 Pétrone, Satyr., c. cxvm.
2 Nervèse a publié un volume à'Épîtres morales pleines de phœbus et de galimatias.
5 Expressions de Coëffeteau.
4 Célèbre prédicateur et ensuite évêque de Nîmes, mort en 1670
DE SALNT-ÈVKEMOND.
suivre toujours l'ordre de la pensée, on ôLait à notre langue le beau lour qu'elle peut avoir ; et que, la dépouillant de tout ornement, on la rendît barbare, pensant la rendre naturelle; alors ne serait-il pas juste de s'opposer à des corrupteurs qui ruineraient le bon et véritable style, pour en former un nouveau, aussi peu propre à exprimer les sentiments forts que les pensées délicates?
Qu'ai-je affaire de rappeler le passé, ou de prévoir l'avenir ? Je reconnais la juridiction de l'Académie : qu'elle décide si Vaste est en usage, ou s'il n'y est pas; je me rendrai à son jugement. Mais pour connaître la force et la propriété du terme, pour savoir si c'est un blâme ou une louange, elle me permettra de m'en rapporter à la raison. Ce petit discours fera voir si je l'ai eue.
J'avais soutenu qu Esprit vaste se prend en bonne, ou en mauvaise part, selon les choses qui s'y trouvent ajoutées ; qu'un Esprit vaste, merveilleux, pénétrant, marquait une capacité admirable ; et qu'au contraire un Esprit vaste et démesuré, était un esprit qui se perdait en des pensées vagues : en de belles, mais vaines idées, en des desseins trop grands, et peu proportionnés aux moyens qui nous peuvent faire réussir. Mon opinion me paraissait assez modérée. Il me prend envie de nier que Vaste puisse, jamais, être une louange, et que rien soit capable de rectifier cette qualité. Le grand est une perfection dans les esprits, le vaste toujours un vice. L'étendue juste et réglée fait le grand, la grandeur démesurée fait le vaste : vastitas, grandeur excessive.
Le vaste et ï affreux ont bien du rapport : les choses vastes ne conviennent point avec celles qui font sur nous une impression agréable. Vasta solitudo n'est pas de ces solitudes qui donnent un repos délicieux, qui charment les peines des amants, qui enchantent les maux des misérables ; c'est une solitude sauvage, où nous nous étonnons d'être seuls, où nous regrettons la perte de la compagnie, où le souvenir des plaisirs perdus nous afflige, où le sentiment des maux présents nous tourmente. Une maison vaste a quelque chose d'affreux à la vue ; des appartements vastes n'ont jamais donné envie à personne d'y loger ; des Jardins vastes ne sauraient avoir, ni l'agrément qui vient de l'art, ni les grâces que peut donner la nature ; de vastes forêts nous effrayent ; la vue se dissipe et se perd à regarder de vastes campagnes.
Les rivières d'une juste grandeur nous font voir des bords agréables, et nous inspirent insensiblement la douceur de leur cours paisible : les fleuves trop larges , les débordements, les inondations nous déplaisent par leurs agitations; nos yeux ne uniraient souffrir leur vaste étendue. Les pays sauvages qui n'ont point encore reçu de culture, les pays ruinés par la désolation de la guerre, les terres désertes et abandonnées, ont quelque chose de vaste qui fait naître en nous, comme un sentiment secret d'horreur, vastus, quasi vastatus ; Vaste est à peu près la même chose que gâté, que ruiné. Passons des solitudes, des forêts, des campagnes, des rivières, aux animaux et aux hommes.
Les baleines, les éléphants, se nomment Vasta et immanes bellux. Ce que les poëtes ont peint de plus monstrueux, les Cyclopes, les géants, sont nommés vastes :
VASTOS que ab rupe Cyclopas Prospicio 1 .
VASTA se mole moventem Pastorem Polyphemum.
Parmi les hommes, ceux qui excédaient notre stature ordinaire, ceux que la grosseur ou la grandeur distinguait des autres, étaient nommés chez les Latins, Vasta corpora.
\astus a passé jusqu'aux coutumes et aux manières. Caton, qui avait d'ailleurs tant de bonnes qualités, était un homme vastis moribus, à ce que disaient les Romains. Il n'y avait aucune élégance en ses discours, aucune grâce, ni en sa personne, ni en ses actions : il avait un air rustique et sauvage, en toutes choses. Les Allemands, aujourd'hui civilisés et polis, en beaucoup de lieux, voulaient autrefois que ce qui était chez eux et autour d'eux, eût quelque chose de vaste. Leur habitation, leur train, leur suite, leurs équipages, leurs assemblées, leurs festins, vastum aliquid redolebant ; c'est-à-dire, qu'ils se plaisaient à une grandeur démesurée, où il n'y avait ni politesse, ni ornement. J'ai remarqué que le mot de Vaste a quatre ou cinq significations, dans Cicéron, toutes en mauvaise part : Vasta solitudo, Vastus et
1 Vit - . Mmid. 1. III, v. 647-648 et 656-57
DE SALNT-ÉYREMOND.
agrestis1, Vasta et immanis bellua2, Vastam et hiantem orationem*. La signification la plus ordinaire de Vastus, c'est trop spacieux, trop étendu, trop grand, démesuré.
On me dira peut-être que vaste ne signifie pas, en français, ce que Vastus peut signifier en latin, dans tous les sens qu'on lui a donnés, Je l'avoue. Mais pourquoi ne conservera-t-il pas sa signification la plus naturelle, comme douleur, volupté, liberté, faveur, honneur, affliction, consolation, et mille mots de cette nature-là, conservent la leur? Encore y a-t-il une raison pour vaste, qui ne se trouve point pour les autres ; c'est qu'il n'y a jamais eu de terme français qui exprimât \éritablement ce que le Vastus des Latins savait exprimer ; et nous ne l'avons pas rendu français, pour augmenter un nombre de mots qui signifient la même chose ; c'est pour donner à notre langue ce qui lui manquait, ce qui la rendait défectueuse.
Nous pensons plus fortement que nous ne nous exprimons : il y a toujours une partie de notre pensée qui nous demeure. Nous ne la communiquons presque jamais pleinement ; et c'est par l'esprit de pénétration, plus que par l'intelligence des paroles, que nous entrons tout à fait dans la conception des auteurs. Cependant, comme si nous appréhendions de bien entendre ce que pensent les autres, ou de faire comprendre ce que nous pensons nousmêmes, nous affaiblissons les termes qui auraient la force de l'exprimer. Mais, en dépit que nous en ayons, Vaste conservera, en français, la véritable signification qu'il a en latin. On dit trop vaste,, comme on dit trop insolent, trop extravagant, trop avare ; et c'est l'excès d'une méchante qualité : on ne dit point assez vaste, parce qu' assez marque une situation, une consistance, une mesure juste et raisonnable ; et du moment qu'une chose est vaste, il y a de l'excès, il y a du trop : assez ne saurait jamais lui convenir. Venons à examiner particulièrement I'Esprit vaste, puisque c'est le sujet de la question.
Ce que nous appelons I'Esprit, se distingue en trois facultés : le jugement, la mémoire, l'imagination. Un jugement peut être
* Cicéron, in Somn* Scip., § G; de Oratore, lib. I, § 25.
2 De Divin., lib. I, § 14.
5 Rhelor. ad Herenn., lib. IV, g 12.
loué d'être solide, d'être profond, d'être délicat à discerner, juste à définir ; mais à mon avis, jamais homme de bon sens ne lui donnera la qualité de vaste. On dit qu'une mémoire est heureuse, quelle est fidèle, qu'elle est propre à recevoir et à garder les espèces : mais il n'est pas venu à ma connaissance qu'on l'ait nommée vaste qu'une fois1, à mon avis, mal à propos. Vaste se peut appliquer à une imagination qui s'égare, qui se perd, qui se forme des visions et des chimères.
Je n'ignore pas qu'on a prétendu louer Aristote, en lui attribuant un génie vaste. On a cru que cette même qualité de vaste était une grande louange pour Homère. On dit qu'Alexandre, que Pyrrhus, que Catilina, que César, que Charles-Quint, que le cardinal de Piichelieu, ont eu I'Esprit VxVSte : mais si on prend la peine de bien examiner tout ce qu'ils ont fait, on trouvera que les beaux ouvrages, que les belles actions doivent s'attribuer aux autres qualités de leur esprit, et que les erreurs et les fautes doivent êlre imputées à ce qu'ils ont eu de vaste. Ils ont eu ce vaste, je l'avoue : mais ç'a été leur vice, et un vice qui ne leur est pardonnable, qu'en considération de leurs vertus. C'est une erreur de notre jugement, de faire leur mérite d'une chose qui ne peut être excusée que par indulgence : s'ils n'étaient presque toujours grands, on ne leur permettrait pas d'être quelquefois vastes. Venons à l'examen de leurs ouvrages et de leurs actions ; donnons à chaque qualité les effets qui véritablement lui appartiennent : commençons par les ouvrages d'Aristote.
Sa Poétique en est un des plus achevés ; mais à quoi sont dus tant de préceptes judicieux, tant d'observations justes, qu'à la netteté de son jugement ? On ne dira pas que c'est à son esprit vaste. Dans sa Politique, qui réglerait encore aujourd'hui des législateurs, c'est comme sage, comme prudent, comme habile^ qu'il règle les diverses constitutions des États : ce ne fut jamais comme vaste. Personne n'est jamais entré si avant que lui dans le cœur de l'homme, comme on le peut voir dans sa Morale et dans sa PJiétorique, au chapitre des Passions; mais c'est comme pénétrant qu'il y est entré, comme un philosophe qui savait faire
1 Putru.
DE SAINT-ÊVREMOND.
de profondes réflexions, qui avait fort étudié ses propres mouvements, et fort observé ceux des autres. Ne fondez pas le mérite du vaste là-dessus ; il n'y eut jamais aucune part. Aristote avait proprement Y esprit vaste, dans la Physique, et c'est de là que sont venues toutes ses erreurs ; par là, il s'est perdu dans les principes, dans la matière première, dans les cieux, dans les astres et dans le reste de ses fausses opinions.
Pour Homère, il est merveilleux tant qu'il est purement humain : juste dans les caractères, naturel dans les passions, admirable à bien connaître, et à bien exprimer, ce qui dépend de notre nature. Quand son esprit vaste s'est étendu sur celle des dieux, il en a parlé si extravagamment, que Platon l'a chassé de sa république, comme un fou.
Sénèque a eu tort de traiter Alexandre d'un téméraire, qui devait sa grandeur à sa fortune. Plutarque me paraît avoir raison, lorsqu'il attribue ses conquêtes à sa vertu, plus qu'à son bonheur. En effet, considérez Alexandre, à son avènement à la couronne ; vous trouverez qu'il n'a pas eu moins de conduite que de courage, pour s'établir dans les États de son père. Le mépris que Ton faisait de la jeunesse du prince, porta ses sujets à remuer, et ses voisins à entreprendre : il punit des séditieux et assujettit des inquiets. Toutes choses étant pacifiées, il prit des mesures pour se faire élire général des Grecs contre les Perses ; et ses mesures furent si bien prises, qu'on n'en eût pas attendu de plus justes du politique le plus consommé. Il fut élu, il entreprit cette guerre ; il fit faire mille fautes aùx lieutenants de Darius, et à Darius lui-même, sans en faire aucune. Si la grandeur de son courage ne l'avait fait passer pour téméraire, par les périls où il s'exposait, sa conduite nous aurait laissé l'idée d'un prince prudent, d'un prince sage : je vous le dépeins grand et habile en tout ce qu'il a fait de beau. Vous le voulez vaste ; et c'est à ce vaste qu'il a dû tout ce qu'il a entrepris mal à propos.
Un désir de gloire que rien ne bornait, lui fit faire une guerre extravagante contre les Scythes. Une vanité démesurée lui persuada qu'il était fils de Jupiter. Le vaste s'étendit jusqu'à sa douleur, lorsque sa douleur le porta à sacrifier des nations entières aux mânes d'Ëphestion. Après qu'il eut conquis le grand
empire de Darius, il pouvait se contenter du monde que nous connaissons ; mais son esprit vaste forma le dessein de la conquête d'un autre. Comme vaste, il entreprit son expédition des Indes, où l'armée le voulut abandonner, où sa flotte faillit à se perdre; d'où il revint à Babylone triste, confus, incertain, se défiant des dieux et des hommes. Beaux effets deY esprit d'Alexandre!
Peu de princes ont eu Y esprit si vaste que Pyrrhus ; sa conversation avec Cynéas, cette conversation qui n'est ignorée de personne, le témoigne assez. Sa valeur, son expérience à la guerre, lui faisaient gagner des combats ; son esprit vaste qui embrassait toutes choses, ne lui permit pas de venir à bout d'aucune. C'était entreprise sur entreprise, guerre sur guerre ; nul fruit de la guerre. Vainqueur en Italie, vainqueur en Sicile, en Macédoine, vainqueur partout, nulle part bien établi ; sa fantaisie prévalant sur sa raison, par de nouveaux dessins chimériques qui l'empêchaient de tirer aucun a\antage des bons succès.
On parle de Catilina, comme d'un homme détectable : on eût dit la même chose de César, s'il avait été aussi malheureux, dans son entreprise, que Catilina le fut dans la sienne. Il est certain que Catilina avait d'aussi grandes qualités que nul autre des Romains ; la naissance, la bonne mine, le courage, la force du corps, la vigueur de l'esprit : nobili génère natus, magna vi et anima et corporis, etc. Il fut lieutenant de Sylla, comme Pompée; d'une maison beaucoup plus illustre que ce dernier, mais de moindre autorité dans le parti. Après la mort de Sylla, il aspira aux emplois que l'autre sut obtenir ; et, si rien n'était trop grand pour le crédit de Pompée, rien n'était assez élevé pour l'ambition de Catilina. L'impossible ne lui paraissait qu'extraordinaire, l'extraordinaire lui semblait commun et facile : Vastus animus immoler ata, incredibilia, nimis altacupiebat1.
Et par là vous voyez le rapport qu'il y a d'un esprit vaste aux choses démesurées. Les gens de bien condamnent son crime, les politiques blâment son entreprise, comme mal conçue ; car tous ceux qui ont voulu opprimer la république, excepté lui, ont eu pour eux la faveur du peuple, ou l'appui des légions. Catilina
1 Sa'lusle, CatiL, § V
n'avait ni l'un ni l'autre de ces secours; son industrie et son courage lui tinrent lieu de toutes choses, dans une affaire si grande et si difficile. 11 se fit lui-même une armée de soldats ramassés, qui n'avaient presque ni armes, ni subsistance ; et ces troupes combattirent avec autant d'opiniâtreté, que jamais troupes aient combattu. Chaque soldat avait l'audace de Catilina, dans le combat; Catilina, la capacité d'un grand capitaine, la hardiesse du soldat le plus résolu et le plus brave : jamais homme ne mourut avec une fierté si noble. Il est difficile au plus homme de bien qui lira cette bataille, d'être fort pour la république contre lui : impossible de ne pas oublier son crime, pour plaindre son malheur. Il eût pu acquérir sûrement une grande autorilé, selon les lois.
Cet ambitieux, si vaste dans ses projets, aspira toujours à la puissance, et se porta, à la fin, à cette conspiration funeste qui le perdit.
Qui fut plus grand, plus habile que César? Quelle adresse, quelle industrie n'eut-il pas pour renvoyer une multitude innombrable de Suisses, qui cherchaient à s'établir dans les Gaules ? 11 eut besoin d'autant de prudence que de valeur, pour défaire et chasser loin de lui les Allemands : il eut une dextérité admirable à ménager les Gaulois, se prévalant de leurs jalousies particulières, pour les assujettir les uns par les autres. Quelque chose de vaste, qui se mêlait dans* son esprit avec ses belles qualités, lui fit abandonner ses mesures ordinaires, pour entreprendre l'expédition d'Angleterre : expédition chimérique, vaine pour sa réputation, et tout à fait inutile pour ses intérêts. Que de machines n'a-t-il pas employées, pour lever les obstacles qui s'opposaient au dessein de sa domination ! Il ruina le crédit de tous les gens de bien, qui pouvaient soutenir la république : il fit bannir Cicéron par Clodius qui venait de coucher avec sa femme ; il donna tant de dégoût à Catulus et à Lucullus, qu'ils abandonnèrent les affaires ; il rendit la probité de Caton odieuse, la grandeur de Pompée suspecte; il souleva le peuple contre ceux qui protégeaient la liberté. Voilà ce qu'a fait César contre les défenseurs de l'État ; voici ce qu'il fit avec ceux qui lui aidèrent à le renverser. Son inclination pour les factieux se découvrit, à la conjuration de Catilina : il fut des amis de Catilina, et complice secret de son
crime ; îl chercha l'amitié de Cloclius, homme violent et téméraire ; il se lia avec Crassus, plus riche que bon citoyen ; il se servit de Pompée, pour acquérir du crédit. Dès qu'on songea à donner des bornes à son autorité, et à prévenir l'établissement de sa puissance, il n'oublia rien pour ruiner Pompée ; il mit Antoine dans ses intérêts ; il gagna Curion et Dolabella ; il s'attacha Hirtius, Oppius, Balbus, et tout autant qu'il put de gens inquiets, audacieux, entreprenants, capables de travailler, sous lui, à la ruine de la république.
Des mesures si fines, si artificieuses ; des moyens si cachés et si délicats ; une conduite si étudiée, en toutes choses ; tant de dissimulation, tant de secret, ne peuvent s'attribuer à un esprit vaste : ses fautes, ses malheurs, sa ruine, sa mort, ne doivent s'imputer qu'à cet esprit. Ce fut cet esprit qui l'empêcha d'assujettir Rome, comme il le pouvait, ou de la gouverner comme il l'eût dû ; c'est ce qui lui donna fantaisie de faire la guerre aux Parthes, quand il fallait s'assurer mieux des Romains. Dans un Etat incertain , où les Romains n'étaient ni citoyens, ni sujets, où César n'était ni magistrat ni tyran, où il violait toutes les lois de la république et ne savait pas établir les siennes : confus, égaré, dissipé, dans les vastes idées de sa grandeur, ne sachant régler ni ses pensées, ni ses affaires, il offensait le sénat et se fiait à des sénateurs ; il s'abandonnait à des infidèles, à des ingrats, qui, préférant la liberté à toutes les vertus, aimèrent mieux assassiner un ami, un bienfaiteur, que d'avoir un maître. Louez, messieurs, louez Y esprit vaste ; il a coûté à César l'empire et la vie.
Bautru, qui était un assez bon juge du mérite des grands hommes, avait coutume de préférer Charles-Quint, à tout ce qu'il y avait eu de plus grand, dans l'Europe, depuis les Romains. Je ne veux pas décider, mais je pourrais croire que son esprit, son courage, son activité, sa vigueur, sa magnanimité, sa coiv fiance, l'ont rendu plus estimable qu'aucun prince de son temps. Lorsqu'il prit le gouvernement de ses États, il trouva l'Espagne révoltée contre le cardinal Ximénès, qui en avait la régence. L'humeur austère, et les manières dures de ce cardinal, étaient insupportables aux Espagnols. Charles fut obligé de venir en
DE SAIM-ÉVREMOND.
Espagne; et les affaires étant passées des mains de Ximénès dans les siennes, tous les grands se mirent dans leur devoir, et toutes les villes rentrèrent bientôt dans l'obéissance.
Charles-Quint fut plus habile, ou plus heureux que François Ier, dans leur concurrence pour l'Empire. François se trouvait plus riche et plus puissant ; Charles l'emporta par sa fortune, ou par la supériorité de son génie. Le gain de la bataille de Pavie, et la prise de Rome, laissèrent prisonniers, entre ses mains, un roi de France et un pape : triomphe qui a passé tous ceux des Romains. La grande ligue de Smalcalcle fut ruinée par sa conduite et par sa valeur. Il changea toute la face des affaires d'Allemagne ; transféra l'électorat de Saxe d'une branche à une autre : de F rédéric vaincu et dépouillé, à Maurice qui avait suivi le parti du victorieux. La religion même fut soumise à la victoire, et elle reçut de la volonté de l'Empereur, le fameux intérim 1 dont on parlera toujours. Mais cet esprit vaste embrassa trop de choses pour en régler aucune. Il ne fit pas réflexion qu'il pouvait plus par autrui que par lui-même; et dans le temps qu'il croyait avoir assujetti Rome et l'Empire, Maurice tournant contre lui les armées qu'il semblait commander pour son service, faillit à le surprendre à Inspruck, l'obligea de se sauver en chemise, et de se retirer en toute diligence à Villach.
Il est certain que Charles-Quint avait de grandes qualités, et qu'il a fait de très-grandes choses ; mais cet esprit vaste dont on le loue, lui a fait faire beaucoup de foutes et lui a causé bien des malheurs. C'est à cet esprit que sont dues de funestes entreprises en Afrique ; c'est à lui que sont dus divers desseins, aussi mal conçus que mal suivis ; à lui que sont dus ces voyages, de nations en nations, où il entrait moins d'intérêt que de fantaisie. C'est cet esprit vaste qui l'a fait nommer chevalier errant par les Espagnols, et qui a donné le prétexte aux mal affectionnés, de l'estimer plus grand voyageur que grand conquérant. Admirez, messieurs, admirez la vertu de cet esprit vaste : il tourne les
4 « C'était une espèce de règlement que Charles-Quint fit, en 1548, sur les articles de foi qu'il voulait qu'on crût généralement, en Allemagne, en attendant qu'un concile en eût décidé. » (Des Maizeaux.)
héros en chevaliers errants, et donne aux vertus héroïques l'air des aventures fabuleuses.
Je pourrais faire voir que cet esprit vaste fut cause de toutes les disgrâces du dernier duc de Bourgogne, aussi bien que de celles de Charles-Emmanuel, duc de Savoie ; mais j'ai impatience de venir au cardinal de Richelieu, pour démêler en sa personne, les différents effets du grand et du vaste.
On peut dire du cardinal de Richelieu, que c'était un fort grand génie ; et comme grand, il apporta des avantages extraordinaires à notre Élat ; mais, commeM^ (ce qu'il était quelquefois), il nous a menés bien près de notre ruine. Entrant dans le ministère, il trouva que la France était gouvernée par l'esprit de Rome et par celui de Madrid. Nos ministres recevaient toutes les impressions que M. de Marquemont1 leur donnait ; le pape inspirait toutes choses à cet ambassadeur ; les Espagnols, toutes choses au pape. Le roi, jaloux de la grandeur de son État, autant qu'un roi le peut être, avait intention d'en suivre les intérêts : les artifices de ceux qui gouvernaient lui laissaient suivre ceux des étrangers ; et si le cardinal de Richelieu ne se fût rendu maître des conseils, le prince, naturellement ennemi de l'Espagne et de l'Italie; eût été bon Espagnol et bon Italien, malgré toute son aversion. Je veux rapporter une chose peu connue, mais trèsvéritable. M. de Marquemont écrivit une grande lettre au cardinal de Richelieu sur les affaires de la Valteline ; et pour se rendre nécessaire auprès du nouveau ministre, il l'instruisit avec soin des mesures délicates qu'il fallait tenir, lorsqu'on avait affaire aux Italiens et aux Espagnols. Pour réponse, le cardinal de Richelieu lui écrivit quatre lignes, dont voici le sens :
« Le roi a changé de conseil, et le conseil de maxime. On « envoyera une armée dans la Valteline, qui rendra le pape plus (( facile, et nous fera avoir raison des Espagnols. »
M. de Marquemont fut fort surpris de la sécheresse de cette lettre, et plus encore du nouvel esprit qui allait régner dans le ministère. Comme il était habile homme, il changea le plan de sa conduite, et demanda pardon au ministre d'avoir été assez pré-
1 Denis-Simon de Marquemont, archevêque de Lyon, alors ambassadeur de France, ensuite élevé au cardinalat. Mort en 1626, à Rome,
somptueux, pour vouloir donner des lumières, lorsqu'il en devait recevoir : avouant l'erreur où il avait été, d'avoir cru qu'on pouvait réduire les Espagnols à un traité raisonnable, par la seule négociation. M. de Senecterre a dit souvent que cette petite lettre du cardinal de Richelieu à M. de Marquemont a été la première chose qui a fait comprendre le dessein qu'avait le cardinal d'abaisser la puissance d'Espagne, et de rendre à noire nation la supériorité qu'elle avait perdue.
Mais, pour entreprendre au dehors, il fallait être assuré du dedans; et le parti huguenot était si considérable, en France, qu'il semblait faire un autre État dans l'État : cela n'empêcha pas Richelieu de le réduire. Comme on avait fait la guerre assez malheureusement, durant le ministère du connétable de Luynes, il fallut faire un plan tout nouveau; et ce plan produisit des effets aussi heureux, que l'autre avait eu des succès peu favora" bles. On ne doutait point que la Rochelle ne fût l'âme du parti. C'est là que se faisaient les délibérations, que les desseins se formaient, que les intérêts de cent et cent villes venaient à s'unir; et c'était de là qu'un corps composé de tant de parties séparées recevait la chaleur et le mouvement. Il n'y avait donc qu'à prendre la Rochelle : la Rochelle tombant, faisait tomber tout. Mais, lorsqu'on venait à considérer la force de cette place ; lorsque l'on songeait au monde qui la défendrait, et au zèle de tous ces peuples ; quand on considérait la facilité qu'il y avait à la secourir, qu'on voyait la mer toute libre, et par là les portes ouvertes aux étrangers : alors on croyait imprenable ce qui n'avait jamais été pris. Il n'y avait qu'un cardinal de Richelieu qui n'eût pas désespéré de le pouvoir prendre. 11 espéra, et ses espérances lui firent former le dessein de ce grand siège. Dans la délibération, toutes les difficultés furent levées; dans l'exécution, toutes vaincues. On se souviendra éternellement de cette digue fameuse, de ce grand ouvrage de l'art, qui fit violence à la nature, qui donna de nouvelles bornes à l'Océan. On se souviendra toujours de l'opiniàtrcté des assiégés, et de la constance des assiégeants. Que servirait un plus long discours? On prit la Rochelle; et à peine se fut-elle rendue, que l'on fit une grande entreprise au dehors.
Le duché de Mantoue étant échu par succession au duc de
Nevers, la France s'y voulut établir, et l'Espagne assembla une armée pour l'en empêcher. L'Empereur, sous prétexte de ses droits, mais en effet pour servir l'Espagne, fit passer des troupes en Italie ; et le duc de Savoie, qui était entré dans les intérêts de la maison d'Autriche, nous devait arrêter, au passage des montagnes, pour donner loisir aux Espagnols et aux Allemands d'exécuter leurs desseins. Tant d'oppositions furent inutiles : le Pasde-Suse fut forcé, l'armée de l'Empereur se perdit, Spinola mourut de regret de n'avoir pas pris Casai, et le duc de Neveis, reconnu duc de Mantoue, demeura paisible possesseur de son Etat.
Tandis que l'armée de l'Empereur se ruinait en Italie, on fit entrer le roi de Suède en Allemagne, où il gagna des batailles, prit des villes, étendit ses conquêtes depuis la mer Baltique jusqu'au Rhin : il devenait trop puissant pour nous, lorsqu'il fut tué; sa mort laissa les Suédois trop faibles, pour nos intérêts. Ce fut là le chef-d'œuvre du ministère du cardinal de Piichelieu. Il retint des troupes qui voulaient repasser en Suède ; il fortifia les bonnes intentions d'une jeune reine mal établie, et s'assura si bien du général Banier, que la guerre se fit sous le nouveau règne, avec la même vigueur qu'elle s'était faite sous ce grand roi. Quand le duc de Weimar, et le maréchal de Horn, eurent perdu la bataille de Nordlingue, le cardinal de Richelieu redoubla les secours, fit passer de grandes armées en Allemagne, arrêta le progrès des Impériaux, et donna moyen aux Suédois de rétablir leurs affaires dans l'Empire.
Voilà ce qu'a fait le cardinal de Richelieu, comme grand, comme magnanime, comme sage, comme ferme. Voyons ce qu'il a fait, par son esprit vaste.
La prison de l'électeur de Trêves nous fournit le sujet, ou le prétexte, de déclarer la guerre aux Espagnols; et ce dessein était digne de la grande âme du cardinal de Richelieu : mais cet esprit vaste qu'on lui a donné, se perdit dans l'étendue de ses projets. Il prit de si fausses mesures pour le dehors, et donna un si méchant ordre au dedans, que nos affaires vraisemblablement en devaient être ruinées. Le cardinal se mit en tête le dessein le plus chimérique que l'on ait jamais vu ; c'était d'attaquer la
Flandre par derrière, et lui ôter toute la communication qu'elle pouvait avoir avec l'Allemagne, par le moyen de la Meuse.
11 s'imagina qu'il prendrait Bruxelles, et ferait tombar les Pays-Bas en même temps. Pour cet effet, il envoya une armée de trente-cinq mille hommes joindre celle du prince d'Orange, dans le Brabant. Mais au lieu d'enfermer la Flandre entre la Meuse et la Somme, il enferma notre armée entre les places de la Flandre et celles de la Meuse; en sorte qu'il ne venait ni vivres, ni munitions, dans notre camp ; et sans exagération, la misère y fut si grande, qu'après avoir levé le siège de Louvain, soutenu par de simples écoliers, les officiers et les soldats revinrent en France, non pas en corps comme des troupes, mais séparés, et demandant par aumône leur subsistance, comme des pèlerins. Voici ce que produisit Y esprit vaste du cardinal, par le projet chimérique de la jonction de deux armées.
La seconde campagne, ce même esprit dissipé en ses idées prit moins démesures encore. Les ennemis forcèrent M. le comte de Soissons, qui défendait le passage de Bray, avec un corps peu considérable. La Somme passée, ils se rendirent maîtres de la campagne, prirent nos villes, qu'ils trouvèrent dépourvues de toutes choses ; portèrent la désolation jusqu'à Compiègne, et la frayeur jusque dans Paris. Belle louange pour le cardinal de Richelieu, d'avoir été vaste dans ses projets !
Cette même qualité, que Messieurs de l'Académie font tant valoir, ne lui fit pas faire moins de fautes à la campagne d'Aire. Il entreprit un grand siège en Flandre, au même temps que M. le comte entrait en Champagne, avec une armée. A peine eûmes-nous pris Aire, que le maréchal de laMeilleraye fut poussé, et la ville assiégée par les ennemis. Que si M. le comte n'eût pas été tué, après avoir gagné la bataille de Sedan i, on pouvait s'attendre au plus grand désordre du monde, dans la disposition où étaient les esprits.
Si Messieurs de l'Académie avaient connu particulièrement M. de Turenne, ils auraient pu voir que Y esprit vaste du cardinal de Richelieu n'avait aucune recommandation auprès de lui
1 Louis de Bourbon, comte de Soissons, tué à la bataille de la Marfée près Sedan, en 1C41.
Ce grand général admirait cent qualités de ce grand ministre ; mais il ne pouvait souffrir le vaste dont il est loué. C'est ce qui lui a fait dire que « le cardinal Mazarin était plus sage que le caret dinal de Richelieu ; que les desseins du cardinal Mazarin étaient <i justes et réguliers ; ceux du cardinal de Richelieu plus grands « et moins concertés, pour venir d'une imagination qui avait trop « d'étendue. »
Voilà, messieurs, une partie des raisons que j'avais à vous dire, contre le Vaste. Si je ne me suis pas soumis au jugement que vous avez donné en faveur de madame Mazarin, c'est que j'ai trouvé, dans vos écrits, une censure du Vaste, beaucoup plus forte que celle qu'on verra dans ce discours. En effet, messieurs, vous avez donné des bornes si justes à vos esprits, que vous semblez condamner vous-mêmes le mot que vous défendez l.
1 « Dans un ancien manuscrit de M. de Saint-Évremond, au lieu de celte dernière période : En effet, messieurs, vous avez donné des bornes si justes à vos esprits, etc. ; on trouve quelques traits fort vifs, contre Messieurs de l'Académie française, que M. de Saint-Évremond jugea à propos de supprimer lorsqu'il communiqua cette pièce à ses amis. Cependant j'ai cru que le lecteur ne serait pas fâché de voir ce morceau. Le voici :
« En effet, messieurs, Iravailleriez-vous depuis quarante ans à retrancher huit ou dix mots de notre langue, sans la juste aversion que vous avez conçue contre Y esprit vaste ?
« Ceux qui ont le plus de réputation, parmi vous, ont vieilli sur des traductions : faisant métier proprement d'assujettir leur sens à celui des autres. Y a-t-il rien de si opposé à Y esprit vaste?
« Si vous laissier agir votre génie dans toute son étendue, vous pourriez faire des historiens dignes de la grandeur de notre État. Cependant, messieurs, vous vous contentez d'écrire quelque relation polie ou quelque petite Nouvelle galante. N'est-ce pas prendre toutes les précautions possibles contre le vaste?
« Quelques-uns imitent Horace servilement; quelques autres veulent accommoder les ouvrages des Grecs et des Latins à notre goût, et personne n'oserait s'abandonner à son imagination. Tant on a peur de ce vaste, où la justesse de vos règles serait mal gardée 1
« Je ne m'alarme donc point, messieurs, du jugement que vous venez de donner. Ce que vous écrivez dément ce que vous dites. Vos ouvrages, monuments éternels de votre haine contre le vaste, ruinent votre décision.
« Dans la vérité, messieurs, tout ce que vous faites est si judicieusement borné, qu'un homme de bon sens ne vous accusera jamais d'avoir donné une approbation sincère à Y esprit vaste.
ce Si quelqu'un a pu le faire avec fondement, ç'a été M. Patru ; lui, qui sur les plus petits sujets du monde, sur des sujets de gradués, de curés, de
DE SÂINT-ÈVREMOND.