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Oeuvres choisies

La vie de Sédaine est simple comme ses compositions, et elle est touchante comme elles. Il naquit à Paris le 4 juillet 1719. Un de ses oncles se chargea de l'élever; mais quand cet oncle mourut, son protégé n'avait que seize ans. Sédaine perdit son père quelques années après, et se trouva le seul soutien de sa famille. Il n'avait aucune ressource, son éducation était incomplète; il se souvint que son père avait éià architecte, et, descendant plusieurs degrés d^ns la même profession, il apprit le métier de tailleur de pierres. Il n'abandonna pas pour cela ses études interrompues et sa passion pour la lecture. Buron, architecte, pour lequel il travaillait, le surprit un jour un livre à la main; c'était pour ce temps-là une singularité, et elle fit la fortune de Sédaine, car Buron l'interrogea, se prit de goût pour lui , l'admit parmi ses élèves et finit par le prendre pour associé. Ce Buron, qui nous donna peut-être Sédaine, est l'aïeul de David, le peintre des Horaces. Le nouvel architecte fréquenta les poètes, et, devenu poète lui-même, il publia un recueil de poésies légères, où se montrent déjà ses deux qualités dominantes, la sensibilité et le naturel. Ce recueil fut remarqué, et la pièce qui commence par ce vers :

Ah! mon habit, que je vous remercie!

obtint un vérita-ble succès. Au siècle dernier, on faisait difficilement sa fortune par les lettres, nous ne différons pas en cela de nos pères; mais si les lettres sérieuses continuent à être pauvres, le théâtre est devenu une mine d'or pour les habiles. C'est Beaumarchais, si je ne me trompe, qui a enseigné aux auteurs dramatiques l'art de se faire bien payer par lesdirecteurs de spectacle ; je laisse à d'autres le soin de décider s'il a rendu, en le faisant, un grand service à la comédie. Les auteurs aujourd'hui ont des directeurs et des éditeurs : ils avaient des protecteurs au dix-septième siècle; au dix-huitième, ils eurent des amis. Les poésies légères de Sédaine lui valurent- un ami, qui lui rendit une seconde fois le même service que Buron. Buron avait fait du tailleur de pierres un architecte; Lecomte fit de l'architecte un auteur. Ce Lecomte n'était pas un grand seigneur à l'hospitalité fastueuse; c'était un ancien magistrat, passionné pour les lettres, et qui reçut Sédaine comme un frère. A partir de ce moment, délivré de tout souci, Sédaine se livra au théâtre. Il débuta par des opéras-comiques. C'était un art alors; le musicien suivait le poète; les spectateurs s'intéressaient autant à la pièce qu'à la musique, et la musique y gagnait peut-être, car elle s'associait à des œuvres charmantes, au lieu d'habiller, comme aujourd'hui, des mannequins grotesques. Sédaine, qui n'était pas novateur et qui ne songeait qu'à bien faire en faisant ce qu'avaient fait

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