ACTE III, SCENE D. T
MARGOT. — Je VOUS suis bien obligée.
LUCILE
Air : Le jardinier de ma mère.
Que tant de bonté m'étonne!
Que son caractère est doux!
MARGOT
Oui, je veux vous rendre heureux tous.
LUCILE
Certes, madame est bien bonne.
MARGOT
Mademoiselle, entre nous, Dites, pour qui me prenez-vous?
LUCILE
Pour qui? moi, vous méconnoltre!
Aurois-je pu le paroltre?
Par un air moins circonspect, Ai-je eu le malheur peut-être De vous manquer de respect?
MARGOT. — Non, bien au contraire; mais c'est que...
LUCILE. — Madame....
MARGOT. — Rien , rien.
LUCILE. — Ferai-je approcher la toilette?
MARGOT. — Apportez la toilette. {Des laquais entrent et apportent une toilette.) (A part.) Elle me prend pour la marquise, le devin a fait que je suis marquise : trédame ! que je suis aise ! des laquais ! Oh ! j'ai de grands laquais 1 [Elle les lorgne.)
LUCILE. — Quel bonnet veut mettre madame? Le cabriolet, le rhinocéros'? Le chocolat est prêt.
MARGOT. — Mettez-moi le chocolat, le chocolat. (Le maître d'hôtel entre et présente le chocolat.) Qu'est-ce que ça?
LUCILE. — Votre chocolat : est-ce que madame ne veut pas déjeuner!
MARGOT
Air : Ne v'Ià-t-il pas que j'aime.
Comme il est noir! en v'ià beaucoup.
LUCILE
Madame, c'est la dose.
MARGOT , après en avoir goûté.
Fi donc I je n'en veux point du tout : Ah, la mauvaise chose!
Oonnez-moi plutôt du pain et du cidre, un demi-septie.. LE MAtTRE d'hôtel. — Du viu seroit meilleur. MARGOT. — Oui, mon cher monsieur, oui, du vin, si vous en avez. Frisez-moi, ma bonne amie.
1 Coiffures du temps. (Éd.)
80 LE DIABLE A yiTATRE.
LuciLK. — Je n'ai pas de papier, si madame veut lire en attendant. . MARGOT. — En voilà, en voilà. {Elle déchire les feuillets d'un îiiif.' LUGiLE. — Quoi, madame! vous déchirez ce poëme que vous estimcv. tant.
MARGOT. — Ce poëme ! Non , c'est du papier.