SCÈNE III, — LE ROI, RICHARD
RICHARD. — J'ai entendu quelqu'un.
LE ROI. — J'entends parler.
RICHARD. — Qui va U\?
LE ROI. — Moi.
RICHARD. — Qui vous?
LE ROI . fièrement. — Moi , vous dis-je.
RICHARD. — Qui moi, moi? Vous ne vous appelez pas Moi , peut-être? D'où venez-vous? où allez- vous? qui êtes-vous?
LE ROI. — Je vous assure que voilà des questions auxquelles je ne suis pas fait. Qui êtes-vous vous-même?
RICHARD. — Comment, qui je suis? c'est moi qui vous interroge.
LE ROI. — Répondez-moi. Qui êtes-vous?
RICHARD. — Apprenez que je suis inspecteur des gardes de la forêt, et que c'est de l'autorité du roi.
LE ROI. — Je dois la respecter. Hé bien! je vous dirai l'ami....
RICHARD. — Oh! l'ami, l'ami, je ne veux point d'ami que je ne le connoisse : c'est comme ce milord Lurewel.
LE ROI. — Répondez-moi. Vous êtes inspecteur des gardes de la forêt?
RICHARD. — Oui.
LE ROI. — Et moi je suis.... de la suite du roi.
RICHARD. — Jo m'en suis douté à votre mot d'ami.... ces courtis(\.,6.... ce n'est pas que je sois fâché ; mais si vous êtes de la suite du roi , où est votre cheval?
LE ROI. — Je l'ai laissé mort à quelques pas d'ici.
RICHARD. — Cela pourroit bien être ; j'en ai trouvé un ici près. Vous êtes en bottes; et que tenez-vous là?
LE ROI. — C'est mon épée sur laquelle je suis tombé, et qui me paroît faussée.
RICHARD. — Eh! où comptez-vous aller comme cela?
LE ROI. — Mais! je vous prierai de me conduire à Chéroud.
RICHARD. — Moi! cette nuit, du temps qu'il a fait, à trois grandes mortelles lieues, dans les sables, aux risques de nous casser le cou le long des roches de Virai! Tenez, je vous crois honnSte homme, malgré votre mot d'ami.
LE ROI. — Vous me faites bien de la grâce.
RICHARD. — Mais il y a bien des gens à qui ce seroit la faire.... Je ne dis pas cela pour vous. Enfin j'ai ma ferme à ur quart de lieue .d'ici; 'c n'ai pas mangé de la journée, parce que j'ai eu du chagrin; vous
avez peut-être faim aussi : acceptez un mauvais souper donné de bon cœur. (Pendant ce temps-là Lurewel et un lord passent dans le fond du théâtre en tâtonnant; le lord crie : Lurewel?) J'ai entendu.... non..,. Enfin pendant que nous souperons, on vous ciiercliera un cheval; et si vous ne voulez pas attendre le jour, Rustaut, Rustaut qui est un de nos gardes, vous mettra dans la route.
LE ROI. — Vous ne me conduirez donc pas vous-même?
RICHARD. — oh ! quand ce seroit le roi , je ne le pourrois pas.
LE ROI. — En ce cas je n'ai rien à dire.
RICHARD. — La raison est bien simple. Il y a un tas de coquins qui rôdent pour tuer des biches, je ne peux pas quitter mon poste; et Jenny m'attend,
LE ROI, — Et comment vous appelez- vous?
RICHARD. — Richard, pour vous servir.
LE ROI. — Hé bien! monsieur Richard..,,
RICHARD. — Oh ! point de monsieur.
LE ROI. — Hé bien , Richard! j'accepte votre souper avec plaisir,
RICHARD. — Bon cela. Prenons par ici. Tenez, voilà mon bâton, il vous aidera à marcher dans les sables; donnez-moi votre épée qui peut vous faire tomber.
LE ROI, à part. — Allons donc sous la conduite de mon connétable.
RICHARD. — Savez- vous si le roi chassera encore demain?
LE ROI. — Non certainement,
RICHARD, — Tant pis
VE ROI, - Pourquoi?
CËNE IV. — LUREWEL , UN COURTISAN.
LE COURTISAN, — Lurewel, Lurewel, oii es-tu?
LUREWEL. — Me voilà..
LE COURTISAN. — Donne-moi la main , et ne nous quittons pas.
LUREWEL, — Ma foi , mon cher ami , tu es l'homme de la cour avec lequel j'aime le mieux être égaré, puisqu'il falloit l'être.
LE COURTISAN. — Vraiment?
LUREWELL. — Ah! d'honneur..,. Diable soit de la racine, je me suis estropié. Ma foi , arrêtons ici un instant.
LE COURTISAN, — Je suis excédé,
LUREWEL. — Voilà une sotte chasse,
LE COURTISAN, — Aussl le roi l'a voulu,
lUREWEL. — Le roi est certainement aussi embarrassé que nous.
LE COURTISAN. — Moi , quï comptois jouer ce soir.
LUREWEL, — Et moi, la plus jolie petite fille du monde, la charmante Jenny.,.! Tu ne connois pas cela?
LE COURTISAN. — D'où veux-tu que je la connoisse?
LUREWEL. — Je l'ai fait enlever.
LE COURTISAN. — Enlever.
LUREWEL. — Oui, c'est le plus court. Elle fait la sotte, mais je l'ai laissée en de bonnes mains.