ACTE III, SCÈNE X
RICHARD. — Des verres, des verres! Cette bouteille-là sera meilleure que l'autre; c'est une dernière, mais je ne pense guère la boire en meilleure compagnie. {Richard débouche la bouteille, verse' dans un verre qui est sur une assiette que tient Betsy, qui regarde en l'air, et' pense répandre.) Allons, Jenny, il faut boire à la santé de monsieur. Vas- tu répandre, toi? laisse ça là.
JENNY. — Vous savez que je ne bois pas de vin.
RICHARD. — Il y a bien autre chose à quoi il faut s'habituer. Étesvous toujours obligé d'être à la cour?
LE ROI. — Oui.
RICHARD. — Toujours, toujours?
LE ROI. — Oui, toujours.
RICHARD. — Toujours : mais vous devez vous ennuyer I
LE ROI. — Pourquoi?
RICHARD. — Ma foi, que sais-je? c'est qu'on s'ennuie aisément ae ce qu'on est obligé de faire. Il est vrai qu'on dit que le roi est bon , et qu'il y a du plaisir à le servir.
LE ROI. — Oui, certainement, il est bon,
RICHARD. — Buvons à sa santé. {Richard choque avec le roi, et fait un petit clin d'œil à Jenny.)
LE ROI. — Ah! je le veux bien. A la santé du roi'
JENNY. — Holà , donc ! A votre santé , monsieur !
LE ROI. — Je vous remercie.
RICHARD, en repoussant son verre. — Je ne conçois pas comment u-n roi peut être bon.
LE ROI. — Pourquoi donc?
RICHARD. — C'est qu'il y a des gens qui ont quelquefois intérêt qu'il ne le soit pas.
LE ROI. — Votre réflexion.... m'étonne. Mais à la cour il y a d'honnêtes gens....
RICHARD. — Vous, par exemple; mais il y a aussi des milords Lurewel. Savez-vous, monsieur, que pour connoître la vérité, il faut aller au-devant d'elle, et qu'un roi ne peut guère faire le premier pas?
LE ROI. — Soyez persuadé, Richard, qu'un roi qui sait aimer a des amis fidèles, et des ministres sûrs.
RICHARD. — Cela doit être. Mais..,.
LE ROI. — Mais, Richard, vous me surprenez toujours; qui peut vous en avoir tant appris?
RICHARD. — Vraiment , c'est une de vos idées à la cour de croire qu'on ne pense que là! et je parie que c'est la vôtre.
LE ROI. — Vous n'avez pas dessein de me flatter.
RICHARD. — Moi, monsieur! je ne flatte que ceux que je méprise.
LE ROI. — Il seroit bien terrible.... Je serois bien fâché, Richard, que tout le monde pensât comme vous.
RICHARD. — Hé! pourquoi donc, monsieur?
LE ROI. — Mais vous n'avez pas répondu à ma question : qui peut vous en avoir tant appris?
niciuRD. — Ma foi , j'ai un peu couru , j'ai vu. Tenez, nous pailions d'un roi; j'ai vu ce qu'un roi n'est pas toujours à portée de voir. LE ROI. — Quoi?
RICHARD. — Des hommes.