SCENE I. — LOUISE
ariette.
Peut-on affliger ce qu'on aime?
Pourquoi chercher
A le fâcher?
Peut-on affliger ce qu'on aime?
C'est bien en vouloir à soi-même Je l'aime, et pour toute ma vie :
(A cet instant son père entre.) Et vous voulez que cette perfidie....
Ah! mon père, je ne saurois • A sa place , moi , j'en mourrois.
132 Le déserteur.
Peut-on affliger ce qu'on aime?
C'est bien en vouloir à soi-même.
SCÈNE II. — JEAN-LOUIS, LOUISE, JEANNETTE, LA TANTE. BERTRAND. {Il a une baguette à la main, dont il niaise.)
JEAN-LOUIS. — Je le veux, je le veux. Hé bien!
LOUISE, à part. — Ab, ciel!
LA TANTE. — On l'a vu , on l'a vu.
BERTRAND. — Il étolt de l'autre côté de l'eau.
LOUISE. — Vous l'avez vu. Et comment avez-vous fait?
BERTRAND. — En regardant.
LOUISE, en levant les épaules de pitié. — En regardant!
LA TANTE. — J'ai VU l'instant qu'il alloit se jeter à la nage : ma/s son havre-sac, son épée, tout cela l'embarrassoit. Il fait le tour.
LOUISE. — Il a bien fait.
JEAN-LOUIS. — Il a bien fait.
JEANNETTE. — Il a bien fait.
BERTRAND. — Oui , oui , il a bien fait.
JEAN-Lcuis. — Or çà, Louise, il faut que tu fasses ce qu'a recommandé ÎVIme la duchesse.
LOUISE. — Quelle fantaisie!
jEAN-Louis. — Elle le veut; et voilà la lettre.
LOUISE. — Vous ne voulez pas nous la lire?
JEAN-LOUIS. — Si, si , si , je vais vous la lire : mais il faut bien m'écouter, et ne pas m'interrompre , comme vous faites les soirs, quand je lis de mon gros livre.
LOUISE. — Lisez donc, mon pure.
jEAN-LOuis. — Or çà, écoutez. Mettons-nous là.
LOUISE. — Ah, mon père! mettons-nous plutôt sous cet orme.
jEAN-LOUis. — Où tu voudras, je le veux bien. Mettez-vous là, vous, Marguerite, et toi ensuite. Passe là, Jeannette, et toi près de moi; tu y es la plus intéressée. (Quand ils sont tous assis, il tire sa lettre.) Or (.à, écoutez-vous?
LOUISE. — Oui.
LA TANTE. — Oui.
JEANNETTE. — Oui.
HERTRAND. — Ah! qUO OUI.
JEAN-LOUIS. — Vous écoutez tous?
LOUISE. — Tous.
LA TANTE. — ToUS.
JEANNETTE. — ToUS.
BERTRAND. — Oui , tOUS , tOUS.
JEAN-LOUIS. — Ce n'est pas là la lettre que Mme la duchesse a écrite à cet officier; c'est la réponse de l'officier à Mme la duchesse. Tais-toi, loi.
BERTRAND. — Hé mais, je n'ai pas parlé.
LOUISE. — H n'a pas parlé.