‹ Œuvres choisiesChapitre 179 sur 454 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

LA TANTE. — Il n'a pas parlé.

JEANNETTE. — Il n'a pas parlé.

JEAN-LOUIS. — J'ai cru qu'il avoit parlé. (Tl Ut.) « Madame, pour répondre à l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire ».... Brr.... brr.... brr....

LOUISE. — Nous n'entendons pas.

JEAN-L9UIS. — Ah! c'est que tout ceci, ce sont des compliments, qui sont peut-être des secrets que Mme la duchesse ne veut pas qu'on sache. Brr.... brr.... brr....

LOUISE. -- Mais, mon père, ce n'est pas la peine que nous écoulions.

LA TANTE. — Sans doute.

JEAN-LOUIS. — Ah! m'y voilà, ce Madame, quant à ce qui regarde Alexandre Spinaski, soldat dans mon régiment, il n'est pas de bien que je ne doive en dire. » Que je ne doive en dire! a II a toutes les qualités qui font un bon soldat, sage, docile et brave. » Il n'entend pas qu'il est brave sur soi, c'est courageux qu'il veut dire.

LOUISE. —Après, mon père.

jEAN-LOUis. — « Il est vif, ardent.... Mais si trop d'ardeur le fait sortir des bornes, il y rentre aussitôt. » Il y rentre aussitôt? je ne sais pas trop ce que cela veut dire.

LOUISE. — Ensuite, mon père.

JEAN-LOuis. — a Je désire de tout mon cœur qu'il veuille rester avec moi : je le ferois officier dans mon régiment. »

LA TANTE. — Dans son régiment!

BERTRAND. — Daus SOU régiment!

LOUISE. — Ah ! je ne crois pas qu'il y reste.

jEAN-Louis. — Paix donc ! a. Mais comme ses six ans expirent dans quinze jours, je lui ferai expédier son congé. »

LOUISE.— Dans quinze jours?

LA TANTE. — Dans quinze jours?

JEAN-LOUis. — Dans quinze jours. « Je l'envoie, madame, à vos ordres, vous présenter mes respects, et vous remercier. Je lui ai recommandé de ne pas s'écarter, étant si près de l'ennemi et des frontières. Les ordres sont extrêmement rigoureux, et il faut qu'il rejoigne aujourd'hui ; car le roi- -jui dîne demain à deux lieues de votre château, passe ensuite au camp, et il faudra se mettre sous les armes. « Ah ! c'est que quand le roi passe (vous ne savez pas ça, vous autres), c'est que quand le roi passe, on se met sous les armes! Ah! c'est une belle chose que la guerre I

BERTRAND. — Oui , quand on en est revenu.

JEANNETTE. — Pourquoi est-ce que les garçons pleurent pour n'y pas aller?

jEAN-Louis. — Taisez-vous, ça ne vous regarde pas. (A Louise.) Or çà, ma fille, il faut faire ce que Mme la duchesse a dit : tu feras comme si tu étois la mariée; et toi tu seras le marié.

BERTRAND. — Ah! tant mieux.

JEAN-LOUIS. — Il V aura des musettes, des trompcltcs. des violons:

51 il croira que tu es mariée d'iiier. Et toi, (d Jeannette) tu lui viendras conter tout cela : tu feras comme si tu gardois tes moutons ici.

LA TANTE. — J'aurois mieux fait qu'elle.

reAN-LOuis. — Il vous connolt : il ne reconnoltroit pas sa tante !

LOUISE. — Ah, mon pèrel que je suis fâchée de tout cela : et si on me faisoit un pareil tour, cela me feroit bien de la peine.

JEAN-LOUIS. — Il en aura plus de plaisir après.

LA TANTE. — Et puis Cela lui apprendra de t'écrire qu'il désire te rencontrer sur la route, ne voir que toi, et repartir.

LOUISE. — Ce n'est pas tout à fait cela qu'il a écrit : mais quand cela JGioit, pourquoi l'en punir?

LA TANTE. — Enfin, c'est Mme la duchesse qui le veut: elle l'a élevé; elle s'intéresse à lui, que c'est une merveille.

LOUISE. — Un bel intérêt, à lui faire du chagrin 1

JEAji-LOuis. — Ce n'est que pour un moment.

LOUISE. — Il n'en croira rien ; car il n'y a pas six jcurs qu'il a reçu une lettre de moi.

JEAN-LOUIS. — Tant mieux, cela sera plus perfide.

LA TANTE. — Oui , Cela lui fera plus de peine.

JEAN-LOUIS. — Allez vous ajuster tous, vous n'avez pas trop de temps; U\ Jeannette) et toi, reste ici avec moi : voyons s\ tu feras bien ton rôle.

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