SCENE X. — JEAN-LOUIS, ALEXIS
JEAN-LOUIS. — J'ai été bien surpris de te savoir en prison : mais on m'a dit que c'est peu de chose. Est-ce que tu t'appelles Montauciel ? C'est ton nom de guerre apparemment. On m'a dit : «Voyez M. Montauciel, il est là.» Mais que je t'embrasse , mon garçon, mon gendre, mon cher ami : Mme la duchesse te fera sortir d'ici. Mais tu es triste : je parie que je devine pourquoi tu es ici.
ALEXIS. — Je ne le crois pas.
JEAN-LOuis. — Si, si. Quand on revient de l'armée, quelque aventure, quelque boisson, quelque fille dans une auberge.... Mais on t'a vu le long du village, et puis on ne t'a plus vu. On vouloit te jouer un tour; mais ton aventure en a empêché. Conte-moi ça, conte-moi ça, lu le peux : j'ai servi, je sais ce que c'est qu'un soldat. Ne vas-tu pas être mon gendre? et je n'en dirai rien à Louise. Et puis une misère, quelques coups, quelques tapes.
ALEXIS. — Jean-Louis , promets-moi que tu feras tout ce que je te dirai.
JEAN-LOUIS. — Oui , à moins que ce ne soit trop difficile.
ALEXIS. — Non.... Nous allons déjeuner, toi, ta fille, et mof
jEAN-Louis. — Cela est aisé; ensuite?
ALEXIS. — Jeté prie, je te supplie d'emme»ier ta fille aussitôt après; vous partirez ensemble , nous nous quitterons.... nous nous quitterons. Je lui dirai.... que je suis forcé de rejoindre.
JEAN-LOUIS. — Je le sais : le roi arrive au camp.
ALEXIS. — Vous vous en retournerez, vous vous en retournerez au village; et toi, dans deux jours tu reviendras ici : tu demanderas un soldat nommé Montauciel ; il te remettra une lettre pour toi ; et pour moi, je n'y serai plus.
JEAN-LOUIS. — Non, tu seras au camp; mais dans quinze jours tu auras ton congé.
ALEXIS. — Auras-tu assez de force sur ton esprit pour ne rien faire paroître devant ta fille de ce que je vais te dire?
JEAN-LOUIS. — Sans doute.
ALEXIS. — Je crains qu'elle ne rentre.
JEAN-LOUIS. — Non, non.
ALEXIS. — Hier, cette noce....
JEAN-LOUIS. — C'est moi qui ai conduit cela.
ALEXIS. — Le désespoir m'a pris....
JEAN-LOUIS. — Bon, bon, tant mieux; j'en étois sûr.
ALEXIS. — Et dans ma fureur....
JEAN-LOUIS. — Tu as été furieux? ah, que c'est bon !