SCÈNE IL — ALEXIS, LA TANTE, BERTRAND, JEANNETTE
LA TANTK. — Ah, mon cher Alexis! je suis au désespoir....
ALEXIS.— Bonjour, ma tante, bonjour.
LA TANTE. — Je te demande pardon : c'est nous, c'est moi qui suis la cause de tout ça.
BERTRAND. — C'est moi qui étois le marié.
JEANNETTE. — J'ai vouIu VOUS le dire : n'est-il pas vrai que vous m'avez dit que vous me tueriez?
ALEXIS. —Ne parlons plus de cela, c'est un malheur. Où est Louise ? cl pourquoi son père n'est-il pas ici?
LA TANTE. — Ah, son père! son père! le voilà qui arrive dans le village. Il étoit en pleurs, il se jette par terre, il se frappoit la tête; il ne veut pas se relever : nous sommes tous à gémir : si on pouvoit te .•acheter avec de l'argent, nous donnerions tout, jusqu'à nos hardes.
BERTRAND. — Tiens moi je donnerois toutce que j'ai.
152 LE DESERTEUR.
ALEXIS -- Et Mma la duchesse sait-elle cela? LA TANTE — Nous y avons tous couru; elle n'est pas au chflteau. BERTRAND. — Ah, au château! la belle noce qu'elle te préparoit. ALEXIS. — Et Louise, l'avez-vous vue?
LA TANTE. — Non.
BERTRAND. — On ne sait oii elle est.
ALEXIS. — Quoi, personne.... quoi, personne n'est avec elle? Ah! il lui sera arrivé quelque malheur.
JEANNETTE. — Non , je l'ai vue courir : je l'ai appelée; elle ne m'a pas répondu.
ALEXIS. — Ah, ma tante! consolez-la, ne la quittez pas : vous ne pouvez plus me rendre aucun service, vous perdez votre neveu....
LA TANTE. — Je te perds! ah, quel malheur!
ALEXIS. — Qu'elle soit votre nièce, je vous en prie. Elle devoit l'être.
LA TANTE. — Je te le promets.
ALEXIS. — Hé! comment a-t-elle pu consentir à ce cruel badinage?
LA TANTE.— Elle nc le vouloit pas; elle s'écrioit : « Moi , à sa place, j'en mourrois. » Mais Mme la duchesse l'avoit ordonné, et son père et moi nous l'y avons forcée.
JEANNETTE. — Et puis elle disoit comme ça : « Il ne le croira pas, il ne le croira pas. »
ALEXIS. — C'est vrai , je ne devois pas le croire.
BERTRAND. — Oui, oui, c'est bien vrai, tu ne devois pas le croire.
ALEXIS.— Partez, ma tante, partez; tâchez de m'envoyer Jean-Louis. Si Louise... si Loiïise veut me voir encore, venez avec elle, et ne la quittez pas.
LA TANTE. — Oui , mon cher Alexis. *
ALEXIS. — Promettez - le-moi.
LA TANTE. — Je te le jure.... Ah, ciel! ''
JEANNETTE, à Bertrand à part.— Est-ce q>ié c'est pour aujourd'hui?
BERTRAND, à part. — On dit que c'est pour quatre heures.
ALEXIS. — Adieu, ma tante; adieu, Bertrand; adieu, la jeune enfant. De qui est-elle fille?
LA TANTE. — De Simounoau.
ALEXIS. — Quoi ! cette petite fille que j'ai vue.... Elle est bien grandie. Bien des amitiés à ton père, je t'en prie. Adieu, ma tante.
LA TANTE. — Adieu, mon cher Alexis.
BERTRAND. — Adieu donc.