SCÈNE XII. — COLAS, ROSE
COLAS, par la lucarne. — Rose, Rose? Elle n'y est pas.
rosi:, cachée sous la rampe de l'escalier. — Ahl cela me fait peine.
COLAS. — Rose, voilà un bouquet. Elle n'y est pas! je vais le jeter à sa place, elle le trouvera. (Il jette le bouquet, qui tombe par terre.) Ah, ciel! le voilà par terre, elle peut marcher dessus. Si je pouvois descendre : ah ! je descendrai bien. (Il accroche son chapeau au linteau de la lucarne , son chapeau tombe en dehors.) Bon ! voilà mon chapeau tombé : qu'importe? (Il descend, ramasse le bouquet, le met sur la table, sur la chaise, à la quenouille, à son côté. Pendant la ritournelle, Rose a l'air très -embarrassée, et se montre de temps en temps.)
ARIETTE
C'est ici que Rose respire, Ici se rassemblent mes vœux :
Si j'étois maître d'un empire, Je le donnerois pour ces lieux.
Ah, Rosel que l'on est heureux, Lorsqu'on soupire, Et lorsqu'on est deux!
Ce lin Fut pressé de sa main 1 Sa bouche Touche Si joliment.
Tant joliment!
Cette quenouille Elle la mouille En la filant.
Que je la baise !
Et cette chaise!
Ici tout est charmaat.
Q'est ici , etc.
Bouquet joli, Que j'ai cueilli Pour elle, Si de ma belle Vous êtes accueilli ; Si ma main Sur son sein Vous pose, Dites-lui : « Rose, Charmante Rose, Votre amant n'ose, Il n'ose, il n'ose.
Il ne peut exprimer Comme il sait vous aimer. »
Ah, Rose! que l'on est heureux, Lorsqu'on soupire, et lorsqu'on est deux!
A la fin de la ritournelle, Colas cherche à sortir par la lucarne. Rose montio du dépit de ce qu'il s'en va; lorsqu'il est près de sortir, elle prend une pelote de laine, elle la lui jette. Il la voit, et descend.)
COLAS. — Te voilà! te voilà! Ah, Rose! quoi? te voilai
ROSE. — Va-t'en, va-t'en.
COLAS. — Dis-moi donc...
ROSE. — Non , sors vite.
COLAS. — Pourquoi te cacher?
ROSE. — Va-t'en, je t'en prie : mon père....
COLAS. — Ne crains rien. Laisse-moi....
ROSE. — Non, je t'en prie; je ne t'écoute pas.
COLAS. — J'étois à la ville.
ROSE. — Ah! que je suis malheureuse de m'être montrée!
COLAS. — Qu'un seul mot.
ROSE. — Eh bien! quoi?
COLAS. — Pour quelle raison, dis-moi?
ROSE. —Ah! je t'en prie, je te le demande à genoux, sors vite. Ace soir, à ce soir.
COLAS. — Je t'obéis. Ah, quelle cruauté!
ROSE. — Oui, oui, va-t'en. (Colas remonte sur la table, sur la cheville; et prêt à passer par la lucarne, il la regarde pendant la ritouV' nelle, et il redescend,
DUO
M'aimes-tu? ah, comme je t'aime! M'aimes-tu? ah, comme je t'aime!
Je n'ai qu'un désir.... Je n'ai qu'un plaisir;
De l'être de même. Je dis : « Elle m'aime. »
Le jour, la nuit Le jour, la nuit,
Ton image me suit : Ton image me suit :
Je te vois là, là; ah, comme je Je te vois là, là; ah, comme je
t'aime ! t'aime !
Es-tu comme moi? Es-tu comme moi?
Quand je pense à toi , Quand je pense à toi ,
Adieu mon ouvrage : Adieu mon ouvrage :
Je n'ai nul souci, Je n'ai nul souci
Je suis sans courage. De mon labourage,
Et je reste ainsi. Et je reste ainsi.
M'aimes-tu , etc. M'aimes-tu , etc.
ROSE. — 0, ciel! voilà mon père, je l'entends. Vite, sauve-toi. COLAS. — Ah! que j'aurai bientôt.... A ce soir. ROSE. — Vite.... mon pore.... ah, ciel! (Colas a beau sehdter, il est forcé de rester sur la cheville, parce que la lucarne s'est refermée.)