SCKNE XIII. - MATHURIN, ROSE, COLAS
MATHORIN.
ARIETTE
Ah, ah! quelle douleur Pour le cœur D'une fiile, Qui sèche, qui grille De voir son amant !
Ah, c'est un grand tourment!
Quel Age a donc la pauvre enfant?
Seize ans, seize ans bientôt.
Eh tôt, tôt, tôt.
Qu'on la marie.
Ah, papal je vous prie.
Ou c'est fait de ma vie.
La pauvre petite en mourra.
Ah, ah! quelle douleur! etc.
(rendant la ritournelle, Mathurin ramasse la pelote de laine que Rose avoii
jetée à son amant.)
ROSE, à part. — Que je suis en peine ! Comment va-t-il sortir de là?
MATHURIN. — Elle a bien du soin ! comment auroit-elle soin d'un ménage? elle n'a pas seulement soin d'une pelote de laine.... (Elle la prend d'un geste rude.) Je te.... Ah, tu boudes? tu as de l'humeur.... Tu ne dis mot : ah, tu es curieuse! Ah! tu écoutes.... Qu'est-ce que tu as entendu? Rien, oui, rien.... «Je te donnerai ma fille, je te donnerai mon fils : » nous t'avions bien vue, nous nous moquions de toi. Et sais-tu ce dont tu es cause? c'est qu'à l'instant il a ordonné {il hdilïe par degrés) , ha, ha! il a ordonné à son fils de partir pour trois ans pour la province; et c'est vrai, car je l'ai vu monter à cheval : il ne s'y tient pas mal. Ah! tu es curieuse! ah, tu boudes, tu ne dis mot! Oui, hein? ah. tu boudes! ah, c'est cruel! Ah, quelle douleur I Ha, ha, ha! tout cela m'ennuie, tout cela me donne envie de dormir. Oui, on va la marier, une paresseuse, qui n'est capable de rien.
ROSE. — Mon père....
MATHORIN. — Une vaniteuse, qui ne songe qu'à se mirer.
ROSE. — Mais, mon père....
MATHDRiN. — Sans soin, sans amitié, sans vigilance.
ROSE. — Pouvez-vous dire que je....
MATHURIN. — Qui laisse traîner jusqu'à sa laine. (Elle sourit d'un rire amer.) Boire, manger, dormir, et faire ses quatre repas, voilà ce qu'il lui faut.
ROSE. — Pouvez-vous me faire quelque reproche ?
MATHURIN. — Qui n'a que l'amour en tête, qui n'aime que son Colas. Seulement le nom de Colas m'en dégoùteroit. Colas! Colas! un libertin, un vagabond, qui est amoureux de toutes les filles, qui en conte
SÉDAIWK. 12
à toutes celles qu'il voit.... mais il est parti. S'amouracher d'un gatçon! et de qui encore? Si je le trouve ici.... Mais il est parti. Hi, hi, ha, ha, que je l'y trouve! Allons, chante : veux-tu chanter?
ROSE, faisant une poupée à sa quenouille. — Je vais chanter.
MATHURiN. — Si, si, sl , si je m'endors, tu me réveilleras, entendstu? tu me réveilleras dans une heure. Tiens, son diable d'arc, s'il vient le rechercher, tu le lui donneras.
ROSE. — Mon père, que n'allez-vous sur votre lit?
MATHURiN. — Je, je, je ne veux pas dormir : chante, chante.
ROSE. — Mais si vous dormez ?
MATHURIN. — J'entendrai bien si tu ne chantes pas.
ROSE. — S'il pouvoit s'endormir!
CHANSON
Il étoit un oiseau gris
Comme un' souris, Qui pour loger ses petits Fit un p'tit Nid.
Sitôt qu'ils sont tous éclos,
Bien à propos, Us vont chantant nuit et jour Au bois d'amour :
ot Aimez, aimez-moi,
Mon petit roi ; Donne-moi ta foi.
Je suis à toi. s Ab, ah! r'montez vos jambes, car on les vx
Quand ces oiseaux vont chantants.
Dès le printemps, La violette a plus d'odeur,
Plus de fraîcheur ; Le papillon vole mieux
Dedans les deux, Et Jeann'ton dit nuit et jour
Au bois d'amour :
<r Aimez, aimez-moi,
Mon petit roi. »
Ah, ah! r'montez vos jambes, car on les voi.
Ces oiseaux ont tant chanté
Pendant l'été, Que leur gosier et leur bec
Est tout à sec; Mais nous savons leurs chansons,
Et nos garçons S'en vont chantant nuit et jour