‹ Œuvres choisiesChapitre 235 sur 454 · SCENE XV. — MATHURIN, ROSE, LA MÈRE BOBI, PIERRE, COLAS · texte numérisé non relu

SCENE XV. — MATHURIN, ROSE, LA MÈRE BOBI, PIERRE, COLAS

LA MÈRE BOBI regarde la lucarne. — Ah , ah ! oui , c'est là. COLAS, d'un air satisfait. — Bon! voilà la mère Bobi. La MÈRE BOBI. — Ah! les voilà tous.

MATHURIN. — Hé bien, maman, qu'est-ce que tu veux?

SCETfE XV. 181

LA MÈRE BOBi. — Ce cjuc je veux?

COLAS. — Oui, la mère. Donnez-moi le bras.

LA MÈRE BOBI. — Ne me touche pas. Ahl qu'on a bien raison de dire que c'est la négligence des pères qui dérange les enfants. A père négligent, enfant libertin; (regardant la fille) et qui perd mère, perd sagesse. J'ai vu, j'ai vu que les pères conduisoient les enfants; à présent ce sont les enfants qui conduisent les pères : aussi le ciel est ofTensé.

MATHURIN. — De quoi?

LA MÈRE BOBI. — De tOUt.

PIERRE. — Peut-être de vous entendre.

LA MÈRE BOBI. — Je ne parle pas de toi, Pierre Leroux, tu es trop sage.

ROSE. — Est-ce à moi, la mère?

LA MÈRE BOBI. — Oui, petite efTrontée. Si ta mère vivoit, comme je te ferois battre!

ROSE. — Mais vous êtes venue pour quelque chose?

LA MÈRE BOBI. — Oui, pour dire à ton père, pour dire à ton père qu'il y a plus d'aveugles que de clairvoyants. [Ils rient tous.) Ha, ha, ha!

MATHURIN. — Grande nouvelle! ha, ha, haï

LA MÈRE BOBI. — Ha, ha! ris, montre tes dents comme si tu voulois me mordre; il y a bien à rire pour toi. Tiens, si j'avois su ce que je sais; quand je t'ai nourrie, je t'aurois plutôt laissé mourir de faim.

COLAS. — Et moi, la mère, quand vous m'avez sevré?

LA MÈRE BOBI. — Tais-toi , petit drôle, petit misérable, qui seras maudit, j'en demande à Dieu pardon : ce n'est pas cela que je voulois dire.

ROSE. — Ah, la mère, vous maudissez 1

COLAS. — Ah, vous donnez des maudissons!

LA MÈRE BOBI. — C'est toi qui en es la cause. Tiens, avec mon bâton, je te.... je te....

COLAS, à Rose. — A ce soir : je m'en vas, car elle est folle.

PIERRE. — Tais-toi.

LA MÈRE BOBI. — Folle! follo! je vais te faire voir comme je suis folle. Reste, reste : fais-le rester, Pierre Leroux.

PIERRE. — Reste ici, puisqu'elle le veut.

COLAS. — Je ne demande pas mieux que de rester.

LA MÈRE BOBI. — Je le crois bien, petit coquin, tu ne demandes pas mieux.

MATHURIN. — Hé bien, que voulez-vous nous dire?

PIERRE. — A qui en voulez-vous ?

LA MÈRE BOBI. — Que VOUS devBZ rougir l'un et l'autre de ce que je veux dire.

PIERRE. — Oui, pour vous, de ce que vous ne le dites pas.

LA MÈRE EOBi. — Je ne le dirai que trop; mais je ne veux pas qu'on le batte.

MATHURIN. — Qui? dites donc.

PIERRE. — Allons donc.

LA MÈRE BOBi. — Comment, deux hommes de votre âge! car toi, Gilles-Nicolas Mathurin, tu es né.... sept de janvier de l'année....

MATHURIN. — Après, après; nous savons notre âge.

PIERRE. — Oui.

LA MÈRE BOBI. — Je t'ai tcnu, sans reproche, dans mon tablier. . MATHURIN. — Ensuite? dites, ou nous nous en allons

PIERRE. — Nous vous laissons là.

ROSE. — Je crains bien....

COLAS. — Elle va nous parler des aveugles.

LA MÈRE BOBI. — Tu voudrois bien que tout le monde le fût. Souffrir que ce petit scélérat et cette effrontée se parlent à la fenêtre tant que la nuit durel

ROSE. — Ah, comme c'est faux!

COLAS. — Ah, peut-on mentir!...

COLAS ET ROSE. — C'est faux, c'est faux.

ROSE. — Oui, c'est faux : mon père sait bien que je me couche en même temps que lui.

COLAS. — Je couche dans la chambre de mon père.

LA MÈRE BOBI. — Oui ; et tu te lèves et tu descends par la fenêtre du grenier, par la poulie : on t'a vu, tout le village le sait.

ROSE. — Peut-on dire des choses comme ça?

COLAS. — Si je savois ceux qui l'ont dit, ils auroient affaire à moi.

LA MÈRE BOBI. — C'est moi . c'est moi qui le dis : voyons si j'aurai affaire à toi.

COLAS. — Si vous radotez.

PIERRE. — Tais-toi, encore un coup.

LA MÈRE BOBI. — Je radotel Tiens, je n'aurois pas tout dit; mais je vais tout dire.

COLAS. — Je vous en défie.

ROSE. — Oh, ciel! pourquoi la défier?

LA MÈRE BOBI. — Ne le battez pas toujours. Comment, tout à l'heure, tu n'as pas frappé à cette porte ?

COLAS. — Il faut bien frapper pour entrer.

LA MÈRE BOBI. — Pour entrer! que n'entrois-tu? que n'entrois-tu ? tu n'as pas fait le tour de la maison? tu n'as pas sauté dans la petite ruelle? tu n'as pas fourré tes pieds l'un après l'autre par les trous de la muraille? tu n'as pas enjambé par-dessus le mur, et sauté dans mon jardin?

COLAS. — Non, non, non.

LA MÈRE BOBI. — Non ! nou ! Comment, je ne t'ai pas vu monter sur mon figuier? la branche a cassé! ah, ciel.... Mais rien ne le corrige; il s'est relevé comme un furieux. Comment, tu ne t'es pas relevé comme un furieux! tu n'as pas monté sur mon noyer, et passé par la .ucarne? Tiens, la voilà pour me démentir

COLAS. — Non, non, c'est faux.

LA MÈRE BOBI. — Ah! raco de satan, tu me démens.

COLAS. — Oui . je vous déman».

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